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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 22:00

 

Je dédie cet article à Nina de Couleurs d’Istanbul, née le même jour que Mevlânâ et à Nat du Bretzel au Simit, passionnée par les derviches tourneurs…

 

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Carte postale Keskin Color, 1980

      

      Je n’oublierai jamais la première fois où je me rendis à Konya, au début de mon installation en Turquie. A cette époque, je ne savais presque rien de Mevlânâ, sauf qu’il était le fondateur de l’ordre des Derviches Tourneurs. Mais lorsque je fus entrée dans le mausolée, j’ai été si impressionnée par l’atmosphère qui s’en dégageait que j’ai tout de suite éprouvé le besoin de mieux connaître ce poète et philosophe.

 

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      Je me suis alors plongée dans la lecture  du Mesnevi et du Divan-ı Kebir et depuis, je n’ai jamais cessé de les lire.

 

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  Carte postale Keskin Color, Istanbul, 1980

 

      Si on me demandait ce que la lecture de Mevlânâ a apporté à ma vie, la première réponse serait : il m’a émerveillé par sa tolérance. Au XIIIe siècle où, dans le reste du monde, on se battait souvent au nom de la religion, il n’hésite pas à prêcher l’amour et le respect de l’autre, quel qu’il soit. D’ailleurs, sa citation la plus célèbre, que l’on trouve reproduite dans une infinité de livres n’est-elle pas : « Viens, viens, viens ! Qui que tu sois, viens ! Que tu sois infidèle, idolâtre, païen, viens ! Notre confrérie n’est pas la confrérie du désespoir. Même si tu as renié cent fois ta parole, viens quand même… »

   

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    Photo de 1903

 

      Je pourrais aussi ajouter que c’est grâce à lui que j’ai écrit un roman historique sur les Seldjoukides d’Anatolie. Car lorsque j’eus découvert la personnalité de Mevlânâ, j’ai appris aussi que son père, le Sultan des Savants Behaeddin Veled, était arrivé à Konya sous le règne d’Alaeddin Keykubad, ce qui m’a conduite à m’intéresser aussi à ce souverain et à son épouse. Le sujet m’a tellement passionnée que je lui ai alors consacré huit ans de ma vie pour pouvoir écrire mon roman La Sultane Mahpéri, (Editions GiTa Yayinlari, 2004). Pendant toutes les années de l’écriture de ce livre, je peux dire que j’ai vécu nuit et jour mentalement en compagnie de Behaeddin Veled, de  Mevlânâ, d’Alaeddin Keykubad et de la sultane Mahpéri. Leur présence dans ma vie était si forte que je me souviens d’avoir fait un lapsus assez comique un jour en disant à mon époux : « Nous sommes invités à dîner demain soir chez Alaeddin Keykubad » !

 

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      Aujourd’hui, parmi les démonstrations qui me font le plus rêver se trouve toujours le « Sema », la cérémonie de danse sacrée des Derviches Tourneurs, à laquelle je suis souvent allée assister.  La magie des vastes robes blanches appelées « tennure », symbolisant la pureté et le linceul et tournant comme des ailes d’oiseaux, la plainte mélancolique du ney ne cessent de m’envoûter. 

 

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   Carte postale de 1903

 

       Je finirai en vous faisant partager un petit récit tiré de mon roman La Sultane Mahpéri ( Lien vers le roman sur Amazon.fr link  

  Alaeddin lui emboîta le pas, ils s´éloignèrent du palais et prirent dans l´obscurité la route du moulin à eau placé au bord de la rivière.

 La roue à aube dressait sa silhouette ronde dans la clarté de la pleine lune. Le Sultan crut discerner une forme dans le bassin. Avançant de quelques pas, quelle ne fut pas sa surprise de découvrir Mevlânâ, assis jusqu´aux épaules dans l´eau glaciale, la tête arrosée en cadence par l´eau que déversaient les palettes.

— Voilà deux jours que notre Maître se mortifie de la sorte. O mon Sultan, intervenez, la maigreur de notre Cheikh ne lui permettra pas de survivre longtemps à l´épreuve qu´il s´est imposé !

— Saint Pôle,  s’écria le Sultan, en cette saison, l´eau froide est dangereuse et votre corps est excessivement délicat et maigre.

— Tout cela est vrai pour les hommes froids, cria-t-il en surgissant hors de l´eau.

Secouant sa robe mouillée, il se mit à frapper du pied en cadence, puis, tendant sa main droite vers le ciel, il commença à tourner sur lui-même, effectuant une sorte de danse giratoire.

Stupéfait, le Sultan contemplait le Saint virevoltant, sa jupe blanche s´envolant peu à peu en décrivant de larges cercles. Il se sentait si proche de Mevlânâ qu´il sentait son coeur s´épanouir. Alors, le Cheikh  s´immobilisa.

— Sultan Alaeddin, « lorsque la lumière divine entre dans le cœur, celui-ci s´ouvre et s’élargit, et le signe en est qu´il s´éloigne du monde et penche vers la vie future. Il prépare ses bagages pour le voyage avant que la mort ne survienne, il divorce d´avec le monde avant que celui-ci ne divorce d´avec lui. »[1] Article paru en turc dans le Journal HT Hayat 

 La Sultane Mahpéri

 Ancienne édition du roman

 

 

 

 

 

Lien vers La Sultane Mahpéri sur Amazon.fr link

Ataturquie.fr link

En Turquie, Editions GiTa  link

Lien vers le site Gisèle, Ecrivain français d’Istanbul link
 

 

 

[1] D’ après Aflâkî

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Articles Essais Commémorations Mevlana Histoire de la Turquie La Sultane Mahpéri

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Livres de Gisèle Durero-Köseoglu

2003 : La Trilogie d’Istanbul I,  Fenêtres d’Istanbul.

2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

2012 : Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, livre et CD d’Erol Köseoglu.

2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

2015 : Parution février: Sultane Gurdju Soleil du Lion, Dynasties de Turquie médiévale II.

 

 

 

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