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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 23:00

          Je m’étais bien jurée, pour des raisons éthiques, de ne pas y aller…

        J’avais, a priori, un jugement “contre”…

        Et puis, la France avait interdit cette manifestation…

        Mais à force d’entendre se déchaîner les polémiques ou résonner les cris d’admiration, ne voulant pas demeurer “en dehors de mon siècle”, je m’y suis résolue.

        A quoi ? me direz-vous.

        A aller voir à Istanbul l’exposition Body Worlds, du sulfureux docteur Von Hagens et de son associée Angelina Whalley. Evénement conspué en France, encensé dans d'autres pays.

    

       « Vérité au-deça des Pyrénées, erreur au-delà » disait déjà notre Blaise national.

      

hagens 001Prospectus de l'exposition

        

      Pour mémoire, je vous rappelle que le professeur Gunther Von Hagens a inventé en 1977 le procédé de la "plastination", consistant à  "remplacer les fluides et graisses de corps morts par des résines et élastomères", ce qui permet de conserver indéfiniment les cadavres et de leur faire adopter des postures inattendues.

 

      Si elle n'a pas eu longtemps droit de cité en France, l'exposition jouit à Istanbul d'un phénoménal succès : on y voit des groupes d’élèves de l’école primaire accompagnés de leur institutrice, des familles entières, des autobus d’enfants ayant effectué deux cents kilomètres le dimanche sous la houlette de leur professeur pour venir découvrir ce que dissimule notre peau ! ( en ce qui me concerne, je ne peux imaginer qu'un enfant voie cela...) Une façon différente de considérer la mort, peut-être.

 

        Dès l’entrée, la couleur est donnée. Vous découvrez, sur écran géant, le visage “vivant” de ceux et celles que vous allez retrouver écorchés. Vous voulez reculer et vous enfuir. Seriez-vous masochiste ? Ou un vilain voyeur ? Ou un personnage morbide animé par de basses pulsions ? Mais vous continuez parce que vous vouler voir. Ou plutôt, faire sauter le dernier tabou : découvrir ce que seuls les médecins et les chirurgiens avaient le droit de regarder et que l’on cachait soigneusement à nous autres, les  “néophytes” ou les “âmes sensibles : l’intérieur de notre corps !

hagens

        Ai-je été choquée, révoltée ? Pas vraiment. Horrifiée ? Oui, le lendemain.

        Perturbée ? Oui ! 

        A-t-on le droit de faire “ça” ?

       De prendre des cadavres, de les plonger dans la résine, de les transformer en écorchés auxquels on a voulu donner des poses artistiques et de les exposer ?

         On peut objecter que les Egyptiens fabriquaient déjà des momies.

        Alors, quelle différence ?

        Voyons, répondra-t-on, ils effectuaient ces pratiques pour des raisons religieuses !

        Certes, mais  Von Hagens agit au nom de la science.

        Si on n'est pas choqué de voir des momies dans un musée sous prétexte que ces corps ont 2000 ans, pourquoi condamner ceci et pas cela ...

        Oui mais le respect et la décence...

        J’avoue mon impuissance à trancher ce débat philosophique et éthique.

 

 

        Ce que j’ai retenu de cette exposition ?

        Pour la première fois de ma vie, j’ai pu découvrir ce qui se cache à l’intérieur de notre corps.

       En effet, on se doit de reconnaître que la présentation est extrêmement pédagogique, elle ne se contente pas de montrer, elle vous donne des conseils d’hygiène, de nutrition. Précisons que Von Hagens y fait l’éloge de la vieillesse. Il nous rappelle que Kant a donné naissance à ses œuvres majeures entre 60 et 80 ans, que Goethe a écrit la seconde partie de Faust à 82 ans. Il cherche à nous convaincre que nous pouvons vivre heureux longtemps à condition de suivre certains préceptes de santé, de continuer à créer et à se sentir utile. Mais aussi que la  mort fait partie de la vie.

 

        Vous pouvez y voir chacun de nos organes présenté en deux versions, en bonne santé ou malade, comprendre ce que cachent les mots “ulcère”, “cancer”, découvrir  un cerveau rongé par l’Alzheimer, suivre toute l’évolution du fœtus, depuis la conception jusqu’à la naissance, voir  “de visu” toutes les grandes opérations de os réalisées sur les humains, assister en direct, grâce à une vidéo “interne” à une crise cardiaque. J’imagine que pour les étudiants en médecine ou les médecins, cette exposition a une valeur irremplaçable.

        En ce qui me concerne, je n’y ai donc pas vu des « œuvres d’art » mais plutôt une incroyable leçon d’anatomie. Avouons cependant que j’ai eu du mal à dormir la nuit suivante et que ces images terribles ne se sont pas encore effacées de mon imagination…

 

 

        Que dire des corps que Von Hagens présente dans des poses "artistiques" ? Pour ne citer que quelques exemples frappants :

     -Un joueur de basket en train de rattraper sa balle en plein vol (étude des muscles).

     - Un peintre avec sa palette (étude des tendons).

     - Une femme agenouillée, en train de lâcher deux oiseaux (étude du système veineux).

     -Un cavalier coupé  longitudinalement en trois parties, portant à la main son cerveau et

chevauchant  un cheval cabré.

 

site mix.epicfu.comPhoto du site İnternet mix-epicfu.com

 

     -Un danseur sur les pointes, tous ses muscles s’envolant en éventail., reposant simplement sur le bout  des orteils ( on se demande quel calcul a du être fait pour qu’il demeure en équilibre.)

     -Une girafe !!!

    -Un homme brandissant au bout du bras toute sa peau comme une draperie ( la statue qui m’a personnellement, le plus choqué et que je trouve la plus révulsante...)

     

        Von Hagens précise que chaque corps a demandé 1500 heures de travail, le cheval trois ans…

        Selon lui, chaque intérieur est unique, il n’y en a pas deux semblables !

        A la fin, pour clôturer votre promenade, on vous propose un film de 6 minutes montrant visiblement de façon très “expurgée “ le procédé de la « plastination ». On en sort avec un sentiment d’urgence : le moment est venu de fuir à tout prix sinon, on va avoir la nausée !

         Mon avis : ce travail présente un intérêt pédagogique certain. Du jamais vu pour la plupart d’entre nous. Il est vrai que le choc visuel provoqué par ces écorchés de plastique vous fait oublier qu’il s’agit de vrais cadavres. Mais ils le sont, pourtant. Est-ce un film d'horreur ? Réflexion faite, je préfère ne pas imaginer ce qui se passe dans l’atelier du docteur Von Hagens. Bref, je n’aimerais pas l’avoir comme médecin de famille… 

 

 


 

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Articles Essais Commémorations Istanbul Body Worlds L'Istanbul de Gisèle

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2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

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2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

2015 : Parution février: Sultane Gurdju Soleil du Lion, Dynasties de Turquie médiévale II.

 

 

 

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