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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 23:41

Samedi 12 mars s’est tenu, au Café Cezayir, à Beyoğlu, un très intéressant café littéraire consacré à quelques écrivaines ottomanes francophones de la fin du XIXème et du XXème siècles.

Ce café, organisé par Kaan Yazıcıoğlu, en partenariat avec l’Université de Galatasaray, l’Institut français et le Café Cezayir, était animé par Seza Yılancıoğlu, Maître de conférences à l’Université de Galatasaray.

 Je ferai ici un bref compte-rendu de ce que Seza Yılancıoğlu nous a dit sur ces femmes dont plusieurs avaient choisi le français ou la culture française comme  vecteur de leur émancipation.

 

STP65119

  Café Cezayir, Beyoğlu, Galatasaray

 

Tout d’abord, Madame Yılancıoğlu a rappelé que la situation de la francophonie en Turquie n’est pas à confondre avec celle d’autres pays francophones dans la mesure où  le français n’est pas une langue imposée par une colonisation ; ce sont les Ottomans qui choisissent volontairement le modèle français symbolisant alors le monde moderne et la liberté.

 

STP65117.JPG  Monsieur Kaan Yazıcıoğlu et Madame Seza Yılancıoğlu

 

Si de nombreux échanges culturels avaient été réalisés à partir du Tanzimat entre la France et l’Empire ottoman, c’est dans la seconde partie du XIXème siècle, après la Guerre de Crimée (1853-1856)  que les relations s’intensifient, avec la création en 1868 du lycée impérial Mekteb-i Sultani ( qui deviendra, en 1924, Lycée de Galatasaray) , destiné à assurer à des jeunes de toutes origines une éducation de haut niveau, avec un programme de cours calqué sur les lycées français. De plus, à partir de 1888, de nombreuses écoles francophones tenues par des Frères et des Sœurs sont crées pour dispenser un enseignement en français. 

 

STP65115.JPG Madame Seza Yılancıoğlu

 

La diffusion de la culture et de la littérature française va donc entraîner l’apparition d’intellectuels francophones, férus de littérature française, dont plusieurs, d’ailleurs, vont écrire sur la condition des femmes ottomanes. Et aussi de femmes écrivaines, pionnières dans un univers où la gent féminine est encore cantonnée à la vie domestique ; elles vont revendiquer le droit à l’éducation, remettre en question le mariage polygame et tenter de concilier le modèle occidental avec leur culture orientale.

JOURNAL-OTTOMAN.jpgPhoto d'une revue féminine ottomane

 Fatma Aliye, (1862.1936), première romancière ottomane

 Fille d’Ahmet Cevdet Pacha, elle reçoit dès son plus jeune âge, grâce à son père, une éducation soignée.  Polyglotte, passionnée de littérature française, elle commence sa carrière littéraire en traduisant Les Sept Péchés Capitaux d’Eugène Sue, en 1897, et Volonté, de Georges Ohnet, en 1890.  Elle signe ses traductions du pseudonyme « Une femme ». En 1892, elle ose publier sous son propre nom le roman Muhadarat et en 1899, Udi, fortement influencé par l’œuvre de George Sand Indiana, où elle raconte le mariage malheureux d’une femme nommée Rabia.

fatmaaliye Fatma Aliye

 

         Fatma Aliye est aussi célèbre pour avoir fondé Le Journal des Femmes (Kadınlara Mahsus Gazete), qui s’est fait l’écho, entre 1895 et 1908, du désir d’émancipation et des revendications des femmes turques.

  Fatma Aliye 2

  Şair Nigar (1856.1918), poétesse ottomane

 Fille de Osman Pacha, pensionnaire chez Madame Garaud, où elle apprend le français, le grec et l’allemand (elle parle un peu aussi l’arménien, l’italien, le persan, l’arabe et le hongrois !), très cultivée, passionnée de littérature française, poétesse dès l’enfance, elle voit son univers s’effondrer le jour de sa treizième année où on la marie à un jeune homme inconnu, qui lui fera subir plus tard ses infidélités. Alors, pour se consoler, Nigar lit les poèmes des auteurs français exprimant leur « mal du siècle », -elle traduira en ottoman le fameux « Rappelle-toi », de Musset-, et surtout, écrit pour confier à la feuille blanche sa mélancolie. Elle publiera ainsi deux grands recueils des Plaintes (Efsus  et Efsus II), à forte teneur autobiographique, qu’elle ose d’abord signer de son propre nom puis qu'elle publiera ensuite sous le pseudonyme de « Cœur mis à nu ».

nigar    La poétesse Nigar         

 

            Son exceptionnel courage lui permettra de rompre son mariage malheureux et de s’installer seule. Elle tiendra salon tous les mardis à Nişantaşı et y recevra une partie des intellectuels de l’époque pour parler de littérature en français. Une de ses caractéristiques est d’avoir voulu s’inspirer de la culture française mais sans renoncer à son identité turque.

Nigar 2

Latife Hanım (1898.1975), épouse d’Atatürk de 1923 à 1925

Cultivée, polyglotte, ayant étudié le droit à la Sorbonne, elle incarne à son époque la femme turque moderne. Il est certain qu’elle a exercé, en tant que juriste et par ses idées féministes,  une forte influence sur le fondateur de la République turque, dont un des premiers actes politiques a été de donner des droits aux femmes turques.

  ataturk-Latife.jpg

Halide Edip Adıvar (1884.1964), célèbre romancière turque. 

Elle se fait connaître en participant à la Guerre d’Indépendance aux côtés de Mustafa Kemal, futur Atatürk. Elle est l’auteur de vingt et un romans, de quatre recueils de nouvelles, de deux pièces de théâtre et de nombreux autres écrits publiés dans des journaux, qu’elle fait éditer sous son vrai nom.

 

Halide-Edip-Ad-var-2.jpg 

                

              Quand les Anglais occupent Istanbul en mars 1920, elle est avec Mustapha Kemal sur la liste des condamnés à mort par contumace. Elle racontera ses souvenirs de la Guerre d’Indépendance dans ses premiers romans, comme La chemise de feu (1922) ou Douleur au cœur  (1924).

Halide edip 1

Mais après la Guerre d’Indépendance, sa mésentente avec Atatürk la fera s’exiler quatre ans en Angleterre puis dix ans en France. En 1936, elle publie en anglais son plus célèbre roman, Rue de l’épicerie aux mouches. Après son retour en Turquie en 1939, elle travaillera dans le département d’anglais de l’Université d’Istanbul et racontera ses souvenirs dans le livre  La Maison aux glycines. Avocate des droits de la femme, Halide Edip Adivar est la plus célèbre des intellectuelles turques de cette période.

 Sıdıka Külür (1910.1986), romancière turque écrivant en français.

Sa biographie est peu connue mais elle a publié, en 1968, Les Amoureux du Bosphore, roman  autobiographique contenant de nombreuses de références à la littérature française et racontant une histoire d’amour contrarié. Son récit offre une intéressante vision des problèmes des femmes dans les années cinquante.

 

Certaines de ces écrivaines n’ont été redécouvertes que dans les années 1980, grâce à leurs descendant(e)s qui ont fait rééditer leurs livres.

Merci à Madame Seza Yılancıoğlu pour avoir redonné la parole à ces femmes parfois un peu oubliées dont les œuvres constituent un témoignage précieux sur l’évolution de la condition féminine en Turquie.

  STP65118.JPGVitraux du Café Cezayir

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle Histoire de la Turquie

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2003 : La Trilogie d’Istanbul I,  Fenêtres d’Istanbul.

2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

2012 : Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, livre et CD d’Erol Köseoglu.

2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

2015 : Parution février: Sultane Gurdju Soleil du Lion, Dynasties de Turquie médiévale II.

 

 

 

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