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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 03:46

Au XVIIIe siècle, la robe de chambre, vêtement d’intérieur confortable et décontracté, semble être la tenue préférée de nombreux philosophes. C’est le cas de Denis Diderot, qui adopte une robe de chambre bleue qu’il revêt durant les longues heures de travail acharné nécessaire à l’Encyclopédie, de 1747 à 1765.

Seulement voilà ! En 1767, le peintre Van Loo peint Denis revêtu de sa tenue fétiche mais ce dernier n’aime pas le portrait ; il ne se trouve pas l’air d’un philosophe  mais celui “d’une vieille coquette qui fait encore l’aimable !” 

  Van-Loo.gif

Diderot par Van Loo

 “Que diront mes petits-enfants, lorsqu’ils viendront à comparer mes tristes ouvrages avec ce riant, mignon, efféminé, vieux coquet-là ? » s’écrie-t-il.

Sur ces entrefaites, Madame Geoffrin, la célèbre salonnière qui a aidé au financement de l’Encyclopédie et participé à la diffusion des idées des Lumières en recevant  tous les lundis les intellectuels de l’époque dans son hôtel de la rue Saint-Honoré...

1755-salon-Geoffrin.jpg

... fait remplacer un jour, en l’absence de Denis,  tous les vieux meubles du philosophe par du mobilier moderne et surtout, met à la poubelle sa vieille robe de chambre bleue pour lui substituer une luxueuse robe de chambre en soie écarlate !  

Pour ne pas être impoli, Diderot la revêt. Mais il ne cessera de se pleurer sa vieille robe de chambre usée, à qui, rétrospectivement, il trouve toutes les vertus.

 Fragonard-1769.jpg

Diderot par Fragonard en 1769

Sa  nostalgie devient si forte qu’en 1772, il écrit un petit essai intitulé

Regrets sur ma vieille robe de chambre ou avis à ceux qui ont plus de goût que de fortune

 

Il en regrette le confort :

 

Pourquoi ne l'avoir pas gardée ? Elle était faite à moi ; j'étais fait à elle. Elle moulait tous les plis de mon corps sans le gêner ; j'étais pittoresque et beau. L'autre, raide, empesée, me mannequine…

Il la trouvait si pratique pour effacer la poussière des livres  ou essuyer les taches d’encre !

Un livre était-il couvert de poussière, un de ses pans s’offrait à l’essuyer. L’encre épaissie refusait-elle de couler de ma plume, elle présentait le flanc. On y voyait tracés en longues raies noires les fréquents services qu’elle m’avait rendus.

Il trouve que dans la nouvelle, trop somptueuse, il n’a plus l’air d’un écrivain :

Ces longues raies annonçaient le littérateur, l'écrivain, l'homme qui travaille. A présent, j'ai l'air d'un riche fainéant ; on ne sait qui je suis.

diderot2.jpgEnfin, il est convaincu que sa vieille robe de chambre était en harmonie avec son décor :

Ma vieille robe de chambre était une avec les autres guenilles qui m'environnaient…

Alors que le luxe de la nouvelle et de ses meubles neufs détone avec son caractère :

Tout est désaccordé. Plus d'ensemble, plus d'unité, plus de beauté.

1772

En 1772, peint par Levizky, Denis porte désormais la robe de chambre écarlate.

Ah, Denis, quelle  coquetterie dans ton refus de la coquetterie !

 

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Littérature pour le lycée Littérature Diderot Robe de chambre de Diderot

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  • La Trilogie d'Istanbul : Fenêtres d’Istanbul, Grimoire d’Istanbul, Secrets d’Istanbul. La Sultane Mahpéri, Mes Istamboulines, Janus Istanbul (avec Erol Köseoglu).
Contributions : Un roman turc de Claude Farrère, Le Jardin fermé, Un Drame à Constantinople...
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Livres de Gisèle Durero-Köseoglu

2003 : La Trilogie d’Istanbul I,  Fenêtres d’Istanbul.

2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

2012 : Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, livre et CD d’Erol Köseoglu.

2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

2015 : Parution février: Sultane Gurdju Soleil du Lion, Dynasties de Turquie médiévale II.

 

 

 

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