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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 17:23

Ce matin, au Lycée Saint Joseph, des lycéens de plusieurs écoles francophones ont eu la chance de rencontrer Eric-Emmanuel Schmitt, venu à Istanbul à l’occasion de la Foire du livre. L’entretien fut d’ailleurs si passionnant que tous ont regretté qu’il ne puisse durer plus longtemps.

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C’est avec une grande affabilité que celui qui se dit « un écrivain heureux » a répondu à une multitude de questions. Bien modestement, je tenterai ici de présenter ce que je considère comme les temps forts de cette rencontre. Précisons qu’il ne s’agit pas aucunement d’un compte rendu exhaustif mais plutôt de ce que personnellement, j’ai retenu des paroles de ce grand créateur.

 Le but d’un livre

L’important n’est pas le livre en lui-même mais ce que le livre crée chez le lecteur. Eric-Emmanuel Schmitt refuse « l’art pour l’art. » Il pense, comme Diderot, que le livre est comme une graine. L’important est ce qui va germer après chez le lecteur, lorsque la graine a été semée.

« Le vrai sérieux n’a pas toujours l’apparence du sérieux. »

Eric-Emmanuel Schmitt précise qu’il écrit pour le plus large public possible. Au début, il y avait en lui ce qu’il nomme « une tension entre le populaire et l’intellectuel » car il désirait être lu par les intellectuels mais aussi par ceux qui n’avaient pas fait d’études.

Il ne voulait pas que ses amis cultivés le renient mais il souhaitait pouvoir être lu pas sa grand-mère. « Il ne fallait pas écrire pour des intellectuels mais il fallait que les intellectuels  apprécient mes livres. » En héritier du XVIIIe siècle, (« Je suis un écrivain du XVIIIe siècle égaré au XXe.»), il précise qu’on n’est pas forcé d’être ennuyeux pour dire des choses sérieuses. Il constate que dans le monde entier, lors des représentations de ses pièces de théâtre, c’est au même moment que les gens rient ou sont émus, « ce qui prouve que c’est l’humanisme qui est important. »

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Le choix de formes littéraires variées

« C’est l’envie qui règle ma vie… Ma vie est réglée par le désir… Quand je vais au théâtre, j’ai envie d’écrire une pièce de théâtre… »

La religion

Elevé dans une famille athée puis élève de Derrida, Eric-Emmanuel Schmitt a longtemps été athée. Mais avec le temps, partant du principe qu’une grande partie de l’humanité vit encore selon des préceptes religieux, que les religions constituent « un effort pour essayer de comprendre le réel », il  a donc porté sur elles, non pas un regard de religieux mais d’humaniste. « Aucune religion n’est vraie sauf pour celui qui la pratique », ajoute-t-il. « Puisque aucune religion n’est vraie mais qu’elles constituent toutes des aspirations à la vérité », il a décidé de s’y intéresser. C’est ce qui l’a poussé à écrire Le Cycle de l’Invisible, composé de cinq romans : Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la dame en rose, L'Enfant de Noé, Le Sumo qui ne voulait pas grossir.  Il ajoute que lorsqu’il  s’intéresse aux religions, ce n’est pas Dieu qu’il recherche mais l’homme.

Il pense de plus  que l’œuvre littéraire de fiction peut jouer un plus grand rôle dans la lutte en faveur de la tolérance religieuse que la philosophie ou la politique. Car le lecteur va s’attacher à un personnage d’une religion différente et  retrouver ainsi des valeurs qui ne sont pas celles d’une religion propre mais appartiennent à une sagesse universelle. Le but d’Eric-Emmanuel Schmitt est de « créer de la tolérance par la fiction ».

 A un élève qui lui demande de préciser la différence entre philosophie et religion, Eric-Emmanuel Schmitt répond qu’elles sont antithétiques, puisque la religion repose sur un corpus de croyances alors que le propre de la philosophie est de ne pas croire à la révélation mais à la raison. « La philosophie s’est construite contre la religion. » Mais le philosophe peut se rendre compte qu’il ne peut pas tout expliquer par la raison et porter alors un regard humaniste sur la religion. « Il faut aborder notre monde avec des idéaux élaborés au Siècle des Lumières. » 

Etre soi-même

Enfant, Eric-Emmanuel Schmitt dévorait tous les livres de la série des Arsène Lupin ; à l’âge de onze ans, quand il en eut fini tous les tomes, il décida d’écrire un volume de plus pour continuer à faire vivre son héros.

Plus tard, il a rêvé d’une carrière dans la musique mais a renoncé à ce projet en se rendant compte que c’était pour la littérature qu’il avait du talent.

Son conseil :  Nietzsche disait : « Deviens ce que tu es ». 

« Il faut accepter d’être celui que l’on est mais pas à cô.  Il ne faut pas rêver pour soi hors de soi.»

 Eric-Emmanuel Schmitt a expliqué que ses lecteurs avaient tendance à lui dire « Merci ! » plutôt que « Bravo ! »

Eh bien, nous, c’est en même temps « Merci ! » et « Bravo ! » que nous lui disons…

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle Littérature Littérature pour le lycée Eric-Emmanuel Schmitt

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  • : Gisèle Durero-Koseoglu, écrivaine d’Istanbul
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  • La Trilogie d'Istanbul : Fenêtres d’Istanbul, Grimoire d’Istanbul, Secrets d’Istanbul. La Sultane Mahpéri, Mes Istamboulines, Janus Istanbul (avec Erol Köseoglu).
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Livres de Gisèle Durero-Köseoglu

2003 : La Trilogie d’Istanbul I,  Fenêtres d’Istanbul.

2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

2012 : Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, livre et CD d’Erol Köseoglu.

2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

2015 : Parution février: Sultane Gurdju Soleil du Lion, Dynasties de Turquie médiévale II.

 

 

 

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