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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 19:16

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Lorsque j’étais enfant, une de mes distractions favorites, quand nous partions nous promener en voiture, était de  regarder les maisons.

A cette époque, la ville de Cannes comportait encore un nombre impressionnant de manoirs et châteaux entourés de jardins, que je détaillais avec passion car ils incarnaient les témoignages concrets des époques révolues dont l’histoire me passionnait déjà. Hélas, à partir des années 1970, à cause de l’avidité de certains, les maisons de légende ont disparu une à une, les arbres centenaires ont été coupés  pour édifier de hideux immeubles qui ne feront plus jamais rêver personne.

Il en fut de même à Istanbul où le vingtième siècle, au nom du profit,  a joué le funeste fossoyeur des merveilles du passé.

 

vue de Nişantas

Ancienne vue de Nişantaşı, 1900

 

Comment imaginer aujourd’hui que les collines de Nişantaşı et de Teşvikiye étaient couvertes de palais et de manoirs ?

 

 

crte-de-Nisantas.jpg

 

Carte réalisée en 1924 par Jacques Pervititch et représentant les demeures de Ferikoy et Nişantaşı

 

k_MeReK_sureyyapasa1.jpgKonak de Süreyya Pacha, Photo du site Wowturkey

 

Rappelons brièvement que lorsque le sultan Abdülmecit quitte Topkapı pour s’installer au palais de Dolmabahçe, les dignitaires du palais commencent à édifier des "konak" à Nişantaşı pour se rapprocher du sultan. De plus, en octroyant aux étrangers, à l’époque du Tanzimat, le droit de s’installer dans le quartier, le padischah donne naissance à Teşvikiye et en symbolise la création par la pose des deux pierres, que l’on peut encore voir aujourd’hui devant le poste de police et au carrefour de Teşvikiye Caddesi et de Valikonağı. La popularité des quartiers de Nişantaşı et de Teşvikiye augmentera encore avec l’installation d’Abdülhamid à Yıldız. C’est pour cela que jusqu’aux années trente, ils demeureront célèbres pour leurs luxueux “konak” de bois.

Comme un enquêteur, je me suis lancée sur la piste de ces demeures. Et j’ai eu la chance de trouver sur le site Wowturkey d’anciennes photographies de ces merveilles qui ont fait jadis la gloire de notre quartier.

 

Quels étaient donc les plus célèbres de ces "konak" ?

           Deux d’entre eux méritent une attention particulière car ce sont les seuls qui ont résisté aux ravages du temps et subsistent aujourd’hui.

 

  Le palais du ministre Sait Pacha ( Sadrazam Sait Paşa Konağı)

 

  Il fut édifié au XIXème siècle par Sait Pacha, qui fut durant de longues années un des plus importants ministres du sultan Abdülhamit II. Renommé pour son intelligence fine et son amour de l’intrigue, Sait Pacha est aussi célèbre pour avoir fait édifier sur la place d’Izmir la tour de l’horloge, dont l'horloge  a été offerte à Abdülhamit pour les 25 ans de son règne par l’empereur allemand Guillaume II et pour avoir soumis au sultan un projet de pont sur le Bosphore imaginé par un architecte italien.

 

 

STP64943.JPG

Le konak de Sait Paşa aujourd'hui ( Sait Paşa Konağı), devenu Académie de mode d'Istanbul

( Istanbul Moda Akademisi)

 

 

Ayşe Osmanoglu, une des filles d’Abdülhamid, précise dans ses souvenirs, Mon père le sultan Abdülhamid, que Sait Pacha était si cultivé que le sultan le surnommait « la bibliothèque ambulante ». Par contre, son avarice était telle, en dépit de la fabuleuse rente mensuelle versée par le sultan, qu’il n’hésitait pas à se présenter au palais dans des habits sales et élimés et emportait volontiers les vieux habits des petites sultanes pour vêtir ses propres filles. Son épouse ne put jamais porter la couronne de brillants offerte par Abdülhamid parce que Sait Pacha l’avait enfermée dans un coffre-fort !

Détruit par un incendie en 1988 puis somptueusement restauré, le konak de Sait Pacha abrite aujourd’hui l’Académie de mode d’Istanbul (Istanbul Moda Akademisi).

 

Le konak du Pacha Echref ( Eşref Paşa Konağı)

 

          Le konak du Pacha Echref (1820-1907), fut construit par Echref Pacha, célèbre pour avoir été maire d’Izmir jusqu’en 1907 et y avoir fait édifier l’hôpital de lutte contre la peste qui porte encore son nom. Restauré en 1995, le konak renferme aujourd’hui  la plus importante salle de vente aux enchères de la ville, Antik Palace.

 

STP65064.JPG

                   Le konak de Echref Pacha aujourd'hui, devenu Antik Palace. 

  images-e-ref-pa-a.jpg

Le Pacha Echref

 

Et puis il ya tous les autres, ceux qui ont disparu et dont ne subsistent que les photos décolorées et les fantômes…

 

 

 

Le palais de la Sultane Valide ( Valide Sarayı ou Maçka Sarayı)

 

 

Il fut édifié en 1850 pour la sultane Perestu, (son poétique prénom signifait en persan « l’hirondelle »), mère adoptive du sultan Abdülhamid II. Comme le jeune homme, qui avait perdu Tirimujgan, sa mère biologique, à dix ans, aimait beaucoup Perestu, elle devint Sultane Valide lors de l’accession au trône d’Abdülhamitd en 1876. D’après Ayşe Osmanoglu, Perestu était une Circassienne d’une exceptionnelle beauté, appréciée de tout le palais pour sa douceur et sa gentillesse. Elle aima d’autant plus Abdülhamid qu’elle n’avait pas pu avoir d’enfant. Ses tenues sont demeurées célèbres : elle portait souvent une robe constituée de quatre jupes superposées, une toque de dentelle blanche ornée de broches en émeraude et des souliers de daim blanc.

 

Valide Sarayı

 

Le palais de la Sultane Valide, photo du site Wowturkey

 

 

Elle aimait beaucoup son palais de Maçka, construit à l’origine par le sultan Abdülaziz mais ne pouvait s’y rendre autant qu’elle le souhaitait car Abdülhamid exigeait qu’elle reste tout le temps après de lui. Elle parvenait parfois à s’y rendre en cachette le vendredi après la cérémonie du Selamlık mais dès que le sultan se rendait compte de son absence, il envoyait une calèche pour la ramener. Le jour où elle sentait que la mort approchait, Perestu s’échappa car elle voulait mourir à Maçka. Ce palais qu’elle aimait tant fut détruit en 1920.

 

Le manoir du prince héritier Mehmet Selim Efendi ( Şehzade Mehmet Selim Efendi Konaği), fils ainé du sultan Abdülhamit II.

 

Il se trouvait au croisement de Teşvikiye Caddesi et Hüsrev Gerede, à l’emplacement où fut édifié ensuite Narmanlı Apartimanı. Je n’en ai pas trouvé de photo mais les témoignages de l’époque disent que c’était un somptueux palais.

 

Şehzade Mehmet Selim Efendi

 

    Mehmet Selim Efendi était le second enfant et le premier fils d’Abdülhamid. Né en 1870 à Dolmabahçe, il a donné au sultan Abdülhamid son premier petit-enfant en 1888, Nemika Sultan. Après la chute de l’empire, Mehmet Selim Efendi a vécu en exil à Bayrouth puis été enterré à Damas dans le jardin de la mosquée du Sultan Selim, où reposent de nombreux membres de la dynastie ottomane morts après 1923.

 

Le palais de la sultane Şadiye ou Palais de Nişantaşı (Nişantaşı Sarayı)

 

             Il a été construit en 1878 et donné plus tard en cadeau à Şadiye Sultan, neuvième enfant et cinquième fille d’Abdülhamid, née en 1886 de la sultane Emsalinur, au palais de Yıldiz. Partie en exil à Salonique avec son père, Şadiye obtient en 1910 l’autorisation de retourner à Istanbul pour se marier avec Ahmet Fahir Bey. Elle s’installe dans son palais de Nişantaşı qu’elle décore à son goût et y retrouve un train de vie princier. Elle y reçoit tous les lundis et passe son temps libre à jouer du piano. L’été, elle se rend dans son manoir de Erenkoy.

 

Sadiye-sultan.jpg

Palais de la sultane Şadiye photo Wowturkey

 

Devenue veuve, elle se remarie avec un diplomate, Reşat Halis Bey et vit à l’étranger, en particulier à Paris. En 1963, la revue Hayat lui propose de réaliser un reportage sur son passé. Ce sera le matériau d’un livre intitulé La vie au harem sous le règne d’Abdülhamid. (II.Abdülhamid Devrnde Harem Hayatı) Quant au merveilleux palais de Nişantaşi, il fut détruit en 1920, deux ans après la mort d’Abdülhamid.

 

Sadiye-Sultan--2-.jpgLa sultane Şadiye

 

Le palais de Ahmed Reşid Pacha (Ahmed Reşid Bey Konagı)

 

Ce palais, édifié en 1869 et détruit en 1939, fut la demeure de Ahmet Reşit Rey (1870-1956), haut fonctionnaire ottoman, père du compositeur Cemal Reşit Rey. Ahmed Reşid Pacha fut pendant quatorze ans le secrétaire d’Abdülhamid II et a aussi occupé de hautes fonctions dans plusieurs pays étrangers, jusqu’à sa démission au Traité de Sèvres, date après laquelle il abandonne la politique et se consacre à la littérature en exerçant le métier de professeur au Lycée de Galatasaray. Ahmed Reşid Pacha est l’auteur de nombreuses études littéraires, en particulier sur la littérature française et il a publié plusieurs œuvres littéraires sous le pseudonyme de Nazım.

 

Ahmed-re-it-bey-konag-.jpgPalais de Ahmed Reşid Pacha, photo Wowturkey

 

Le palais du Pacha Reşid Mümtaz (Reşid Mümtaz Paşa Konağı)

 

Edifié en 1860, il fut construit pour le pacha Reşid Mümtaz, ministre des Affaires intérieures sous Abdülhamid II puis maire d’Istanbul entre 1906 et 1908. Ce fut un incendie qui, en 1940, fit disparaître ce somptueux édifice, qui avait abrité, dans les années 1930, le lycée de Şişli terakki.

 

residmumtazpasa

 

Palais du Pacha Reşid Mümtaz, photo Wowturkey

 

Le palais du Pacha Halil Rıfat Paşa (H alil Rıfat Paşa konağı)

 

             Le Pacha Halil Rıfat (1827-1901) est un haut fonctionnaire ottoman, qui après avoir occupé la fonction de préfet de Sivas et d’Izmir devint pendant six ans ministre du sultan Abdülhamid II. Il est connu pour avoir fait tracer des centaines de kilomètres de routes. Son merveilleux palais, édifié en 1895, abrita dans les années 1930 le lycée de Şişli Terakki,

avant d’être détruit en une seule nuit en 1944.

 

  Halil-R-fat-Pa-a-Kona--.jpg

 

Konak de Pacha Halil Rıfat, photo Wowturkey

 

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Pacha Halil Rıfat

 

 

Penser que toutes ces demeures de légende ont disparu procure une effroyable nostalgie.

Orhan Pamuk l’appelle, dans Istanbul, Souvenir et Ville, « la tristesse des palais de pachas qu’on détruit… »

 

 

 

 

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle Histoire de la Turquie nisantasi Orhan Pamuk

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2003 : La Trilogie d’Istanbul I,  Fenêtres d’Istanbul.

2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

2012 : Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, livre et CD d’Erol Köseoglu.

2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

2015 : Parution février: Sultane Gurdju Soleil du Lion, Dynasties de Turquie médiévale II.

 

 

 

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