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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 21:08

Fille d’un couple ruiné par la Révolution, Marceline Desbordes-Valmore (1786. 1859) semble née sous une triste étoile. Elle perd sa mère à dix-sept ans lors d’un voyage en Guadeloupe. De retour en France, la chance lui sourit un peu, elle devient comédienne et chanteuse  à dix-sept ans et joue dans de nombreuses pièces, à Douai, sa ville natale mais aussi à Paris.

Marceline

L’année de ses vingt-deux ans, la rencontre avec l’écrivain Henri de Latouche bouleverse sa vie. Car si leur première liaison ne dure que deux ans, ce sera en réalité pendant trente ans qu’ils entretiendront une relation passionnée et chaotique, que même le mariage de Marceline avec le comédien Valmore ne parviendra pas à faire cesser. Les souffrances occasionnées par cet amour malheureux constitueront la principale source d’inspiration des poèmes de Marceline.  LatoucheToute sa vie, Marceline connaîtra des drames : après avoir perdu l’enfant qu’elle avait eu avec Latouche, elle a la douleur de voir en disparaître trois sur les quatre autres nés de son mariage avec Valmore. Pauvre Marceline !

3.jpg

En 1819, elle publie son premier recueil, Elégies et romances puis le recueil Les Pleurs en 1833 ; ceux qui considèrent à cette époque qu’il est incorrect pour une femme de devenir écrivain la surnomment méchamment « Notre-Dame des pleurs » ; Marceline expliquera d’ailleurs dans un roman autobiographique, L’Atelier d’un peintre, les difficultés rencontrées, dans la société du XIXe, par une femme souhaitant mener une carrière littéraire ou artistique. En dépit de ses détracteurs, nombre de ses contemporains reconnaissent son talent lyrique, le roi Louis-Philippe lui accorde une pension et  ses admirateurs ne se comptent plus.

1833.jpg

 Poème : « Qu'en avez-vous fait ? »

Vous aviez mon cœur,
Moi, j'avais le vôtre :
Un cœur pour un cœur ;
Bonheur pour bonheur !

Le vôtre est rendu,
Je n'en ai plus d'autre,
Le vôtre est rendu,
Le mien est perdu !

La feuille et la fleur
Et le fruit lui-même,
La feuille et la fleur,
L'encens, la couleur :

Qu'en avez-vous fait,
Mon maître suprême ?
Qu'en avez-vous fait,
De ce doux bienfait ?


Comme un pauvre enfant
Quitté par sa mère,
Comme un pauvre enfant
Que rien ne défend,

Vous me laissez là,
Dans ma vie amère ;
Vous me laissez là,
Et Dieu voit cela !

Savez-vous qu'un jour
L'homme est seul au monde ?
Savez-vous qu'un jour
Il revoit l'amour ?

Vous appellerez,
Sans qu'on vous réponde ;
Vous appellerez,
Et vous songerez !...

Vous viendrez rêvant
Sonner à ma porte;
Ami comme avant,
Vous viendrez rêvant.

Et l'on vous dira :
" Personne !... elle est morte. "
On vous le dira ;
Mais qui vous plaindra ?

2

Finalement, loin d’être découragée par les attaques des misogynes, Marceline décide d’abandonner le théâtre pour se consacrer entièrement à l’écriture et publie Pauvres Fleurs en 1839.

Douai-statue.jpg

CARTE POSTALE représentant la statue de Marceline à Douai

Pour ceux et celles qui croiraient que Marceline est un auteur mineur du Romantisme, sachez que les grands écrivains du XIXe  l’ont beaucoup admirée ; Balzac ne cesse de vanter la beauté de ses textes, Verlaine lui trouve du « génie » et lui emprunte le vers de 11 syllabes, qu’elle est la première à utiliser à cause de sa musicalité, Baudelaire et Sainte-Beuve louent sa sensibilité et son talent de poétesse. De plus, nombre de ses poèmes ont été mis en musique par de prestigieux musiciens : Saint-Saëns compose sur le poème « Le Soir », Rossini sur « Le Saule pleureur ». Et en 1928, Stefan Zweig lui consacre carrément un livre entier, appelé Marceline Desbordes-Valmore.

Theatre-de_Douai-plafond.jpg

Fresque représentant Marceline au plafond du théâtre de Douai

En 1997, Julien Clerc lui a rendu hommage en mettant en musique, sous le titre « Les Séparés », son poème « N’écris pas ». (Lien vers la vidéo de Julien Clerc link)

  Ah, Marceline, l’émotion de tes vers a résisté aux oubliettes du temps !

Drolling.jpg

Portrait de Marceline par Drolling

Poème : N’écris pas 

N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteindre.

Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau.

J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre,

Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau.

N’écris pas ! 

 

N’écris pas. N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes.

Ne demande qu’à Dieu… qu’à toi, si je t’aimais !

Au fond de ton absence écouter que tu n’aimes,

C’est entendre le ciel sans y monter jamais.

N’écris pas ! 

 

N’écris pas. Je te crains ; j’ai peur de ma mémoire ;

Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.

Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.

Une chère écriture est un portrait vivant.

N’écris pas !  

 

N’écris pas ces deux mots que je n’ose plus lire :

Il semble que ta voix les répand sur mon cœur ;

Que je les vois brûler à travers ton sourire ;

Il semble qu’un baiser les empreint sur mon cœur.

 

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Littérature pour le lycée Littérature Marceline Desbordes-Valmore

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2003 : La Trilogie d’Istanbul I,  Fenêtres d’Istanbul.

2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

2012 : Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, livre et CD d’Erol Köseoglu.

2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

2015 : Parution février: Sultane Gurdju Soleil du Lion, Dynasties de Turquie médiévale II.

 

 

 

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