Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 23:00

Cet article est en ligne sur le Petit Journal d'Istanbul link

 

Lorsque je me promène dans le Sud de la France, il y a un endroit où j’aime particulièrement me rendre, car il me fait rêver, c’est le village de Tamaris, édifié par un pacha ottoman hors du commun, Michel Pacha.

Michel ? Un pacha turc ?

 

mecidiye-michel-pacha.jpg

 

Qui était donc Michel Pacha ?

 

Marius Michel, un marin français à la carrière fulgurante.

Capitaine au long cours sur les paquebots-poste reliant Marseille au Proche-Orient, il fut, dès l’âge de trente-cinq ans, nommé Commandant, pour sa conduite héroïque lors du sauvetage des passagers d’un navire naufragé. En effet, à cette époque, la mer, dénuée de balisage, était dangereuse. Et Marius Michel n’avait qu’une idée en tête : comment rendre plus sûres les routes maritimes ? Ne fallait-il pas les parsemer de phares ? Mais quel pays disposait d’assez d’argent pour mener à bien une œuvre aussi gigantesque ?

Ce fut un nouveau naufrage, lors de la guerre de Crimée, qui permit à son projet de prendre corps. Marius Michel porta secours au navire français Henri IV, échoué sur une côte déserte. En l’absence de phares, seul son dévouement exemplaire permit de réussir la mission. Alors, il parvint à faire soumettre à Napoléon III un projet de construction de phares. Et l’impossible se réalisa : Napoléon III convainquit le sultan Abdülmecid de l’aider à réaliser cette entreprise.

 

Directeur des phares et balises de l’Empire ottoman

 

Quant à Marius Michel, alors âgé de trente-six, il eut l’honneur, en 1855, d’être nommé « Directeur des phares et balises de l’Empire ottoman » et il s’établit à Istanbul.

 

STP65120.JPG

        Maison de Michel Pacha, aujourd'hui restaurant "Cezayir"

 

Sa mission : construire des phares. En association avec un armateur bordelais du nom de Camille Collas, Michel emprunta de gigantesques sommes d’argent, qu’il remboursa en prélevant une taxe aux navires pénétrant dans les ports.  

 n

                                    Phare de Fanaraki (Fenerbahce)

 

Ce fut ainsi que les rives de la Mer Noire, de la Marmara, de la Méditerranée et de l’Egée se parèrent de cent onze phares blancs. Et aussi que Marius put édifier sa prodigieuse fortune ! 

 

b.jpg

    Phare de Ahir Kapı

 

                  Michel devient pacha

  

Le sultan Abdülhamid II lui confia alors un nouveau projet cyclopéen : construire  à Istanbul un port moderne, avec d’immenses quais.

 

Image--52--copie-2.jpg

   Avant la construction des quais, les « échelles » (du turc « iskele ») ou jetées sur pilotis.

 

Marius fonda la Société des quais, des docks et entrepôts de Constantinople et mena à bien tous les travaux du port. En 1879,  le sultan le gratifia du grade suprême, celui de Pacha de l’Empire Ottoman. Marius Michel devint Michel Pacha, décoré du grand cordon de l’Ordre de la Mecidiye puis de l’Ordre de l’Osmaniye.  

 

mecidiye

 

Un français Pacha chez les Turcs, cela fit couler de l’encre, à Paris comme à Istanbul ; les journalistes ne tarissaient pas d’éloges sur le destin du mousse devenu Pacha.

  

Recréer le Bosphore à Tamaris

 

Sa mission terminée, Michel Pacha regagna définitivement la France. Mais la fortune  colossale qu’il avait édifiée à Istanbul lui permit, dans sa vieillesse, de concrétiser son rêve : reconstituer un « Petit Bosphore » dans la baie de Tamaris, près de Toulon.

 

f.JPG

 

 La réalisation de sa folie, sur les quatre cents hectares qu’il avait achetés, dura une vingtaine d’années et demanda un travail de titan. Il fit creuser les terres pour combler les marécages, construire une digue et aménager une corniche où serpentait la route côtière.

Sur la colline, il se fit édifier le grandiose château du Manteau, avec une tour à l’ottomane.

 

 

Image--54--copie-3.jpg

 

Image--53--copie-2.jpg

 

Autour, s’étendait un gigantesque parc planté d’arbres exotiques, avec des serres chauffées où s’épanouissaient bananiers, orangers et ananas et un moulin à vent activant les sept puits et citernes souterraines destinés à l’arrosage du domaine. Et pour effectuer ses promenades nocturnes en mer, Michel Pacha utilisait un caïque gainé de velours et de soie ramené d’Istanbul.

Au bas de son domaine, il fit construire un casino en forme de mosquée et soixante-dix villas en style oriental.

 

t-copie-1.jpg

  k-copie-1.jpg

casino.JPG

 

Par exemple, la villa « Les Mimosas », évoque un kiosque d’Arnavutköy, « L’Orientale », avec sa tour en forme de phare, ressemble à un manoir de Büyükada.

 

orientale.JPG

 

« Le Chalet » fait penser à la demeure de Tevfik Fikret à Rumeli Hisarı.

 

s.jpg

 

Michel Pacha fit aussi édifier un « Institut de biologie marine », à l’architecture inspirée de celle du palais de Çiragan.

 

institut.JPG

  

 Il installa même des « vapeurs » pour effectuer l’aller-retour entre Tamaris à Toulon.

 

d.jpg

  Document Internet

             

          Une villégiature à la mode

  

 A peine les travaux avaient-ils pris fin que les riches estivants européens commencèrent à déferler vers cette nouvelle station balnéaire. Ce qu’ils venaient chercher à Tamaris, c’était un air de l’ailleurs, un dépaysement absolu que leur procuraient ce décor inspiré du Bosphore.

 

c.JPG

 

Les artistes s’y pressaient pour y trouver l’inspiration, Camille Saint-Saëns vint y composer de la musique, Gabrielle d’Annunzio, ses romans, Auguste Renoir, ses tableaux. Les frères Lumière eux-mêmes installèrent leur laboratoire dans la villa  « L’Orientale ».

 

m.JPG

 

            Les tragiques revers de l’Histoire

 

Ce que Michel Pacha ne pouvait soupçonner, c’est que son paradis oriental de Tamaris disparaîtrait dans les vicissitudes de l’histoire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Nazis occupèrent le Château dont ils pillèrent les richesses. Les arbres furent coupés, le Casino rasé. Puis, la plupart des édifices et des villas disparurent lors du bombardement de 1944. Le Château fut si endommagé qu’il fut plus tard complètement rasé. Il n’en subsiste aujourd’hui que le portail d’entrée, surmonté de ses deux lions de pierre.

 

y.jpg

 

g.JPG

 

             Que reste-t-il aujourd’hui de Michel Pacha ?

 

Après avoir échangé quelques paroles avec des habitants du lieu, je me suis rendue compte avec stupéfaction que peu de personnes, à Tamaris, connaissent l’histoire de Michel Pacha. Il n’en demeure pas moins qu’en dépit de la disparition de la plupart des édifices, le village de Tamaris a su conserver une beauté surannée, hors des modes et du temps et constitue un lieu magique pour les rêveurs du passé.

 

l.JPG

 

En ce qui me concerne, si j’ai consacré plusieurs articles de mon blog et un des quatre chapitres de mon livre Secrets d’Istanbul (2010) au personnage de Michel Pacha, c’est que je le considère comme un extraordinaire héros de roman.

 

Couverture Secrets d'Istanbul

 

 Mais je regrette que plus rien, ni musée, ni plaque de rue, ne commémore le nom de cet insolite pacha qui voulut réaliser en France un Bosphore en miniature…

 

11.JPG

  Sand.JPG

Citation de George Sand sur Tamaris

 

 

Sources en fançais pour cet article :

— Le site Internet de Marius Autran, Images de la vie seynoise d’antan (1988)

Nathalie Bertrand, Tamaris entre Orient et Occident, Actes Sud, 2003.

Connaissance des Arts, Hors-série n.307, Tamaris, le rêve de Michel Pacha, 2007.

Jean-Pierre Renan, Marius Michel Pacha,1819-1907, Le Bâtisseur, L’Harmattan, 2006.

— Jacques Thobie, L’Administration des phares dans l’Empire ottoman et la société Collas et Michel (1860-1960, L’Harmattan, 2004.

 

 

Je dédicacerai mes livres au Salon du livre d’Istanbul le samedi 17 et le  mercredi 21 novembre de  13h à 17h, Tüyap Kitap Fuarı, stand des Editions GiTa, Salon 2, 602 C.

 

La pièce de théâtre musical Janus Istanbul, livre avec  CD de musiques et chansons de  Erol Köseoglu, sera lundi en librairie en turc sous le titre Janus Istanbul’da. 

       Pour écouter une chanson de Janus Istanbul en français :

        La Ballade de la différence Janus Istanbullink

 

                                                       janus_on2-1-.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Lien vers Amazon.fr link

janus-03--2-.jpg                                                                cd-on-kapak-retouch.jpg

Partager cet article

Repost 0
Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle Michel Pacha Bosphore yalis

Présentation

  • : Gisèle Durero-Koseoglu, écrivaine d’Istanbul
  • Gisèle Durero-Koseoglu, écrivaine d’Istanbul
  • : Bienvenue sur le blog de Gisèle, écrivaine vivant à Istanbul. Complément du site www.giseleistanbul.com, ce blog est destiné à faire partager, par des articles, reportages, extraits de romans ou autres types de textes, mon amour de la ville d’Istanbul, de la Turquie ou d'ailleurs...
  • Contact

Gisèle Durero-Koseoglu Blog 1

  • Gisèle Durero-Koseoglu Blog 2
  • La Trilogie d'Istanbul : Fenêtres d’Istanbul, Grimoire d’Istanbul, Secrets d’Istanbul. La Sultane Mahpéri, Mes Istamboulines, Janus Istanbul (avec Erol Köseoglu).
Contributions : Un roman turc de Claude Farrère, Le Jardin fermé, Un Drame à Constantinople...
  • La Trilogie d'Istanbul : Fenêtres d’Istanbul, Grimoire d’Istanbul, Secrets d’Istanbul. La Sultane Mahpéri, Mes Istamboulines, Janus Istanbul (avec Erol Köseoglu). Contributions : Un roman turc de Claude Farrère, Le Jardin fermé, Un Drame à Constantinople...

Livres de Gisèle Durero-Köseoglu

2003 : La Trilogie d’Istanbul I,  Fenêtres d’Istanbul.

2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

2012 : Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, livre et CD d’Erol Köseoglu.

2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

2015 : Parution février: Sultane Gurdju Soleil du Lion, Dynasties de Turquie médiévale II.

 

 

 

Recherche

Pages + Türkçe Sayfaları