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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 22:00

Hier, 24 août, jour célébrant le huitième anniversaire de son installation en Turquie, mon amie Nathalie Ritzmann m’a proposé de me faire découvrir, au cimetière de Topkapi, la tombe d’Aziyadé (voir les articles à ce sujet sur le blog Du Bretzel au simit).

 

1La tombe est celle de droite, au fond

 

Cela faisait bien longtemps que je souhaitais effectuer un pèlerinage littéraire sur cet endroit magique mais le temps passait et mon emploi du temps très chargé ne me laissait guère le temps de passer des heures à arpenter le vieux cimetière à la recherche d'un tombeau. Aussi est-ce avec joie que j’ai accepté la proposition de Nathalie, dont j'avais lu avec émotion l'article, au mois de juillet.

    juin-2011-3752-copy-1.jpg

Nathalie

 

L’épitaphe, apposée par les amis de Loti, est certes plus récente que la tombe. Voilà sa traduction :  

Ici repose la Circassienne Hatice, fille de Abdullah Efendi, héroïne du roman Aziyadé (1879), du romancier français Pierre Loti. Paix à son âme. 23 octobre 1880.

  3-copie-1.JPG

 

Un moment d'émotion : Nathalie a apporté une rose rouge séchée qu'elle dépose sur la tombe.

 

juin-2011 0296

 

               La fameuse stèle... L’originale a été dérobée par Loti lors de son second voyage, en octobre 1887 et placée dans sa maison de Rochefort. Celle-ci est la copie qu'il fit réaliser.

 

juin-2011-0297.JPG

 

 Merci,  Nathalie, de m'avoir conduite sur ce lieu vibrant de souvenirs littéraires...

 

 

En 2006, mes élèves de Première S avaient, à ma demande,  rédigé collectivement un texte exprimant les affres de Loti lorsqu’il quitte Istanbul avec la stèle d’Aziyadé dissimulée dans la cale du bateau. Voilà leur création d'alors :

 

Jamais je n’eus cette sensation de deuil à mes départs de Stamboul. Le cœur lourd, je regarde s’éloigner cette ville sainte où repose Aziyadé.

Dès mon arrivée au port de la ville, j’avais commencé cette recherche intense de mon  âme sœur. J’étais encore animé par l’idée de la revoir, de la toucher, de croiser son regard mais le désespoir a vite remplacé ce sentiment de certitude. Aziyadé demeurait introuvable.

Il me fallait redécouvrir son sourire. Hélas, il s’est éteint, n’attendant point mon retour tardif.  Car Aziyadé était morte ! Je ne trouvai que sa tombe.


Loti-sur-la-tombe-d-Aziyade.jpg

Loti sur la tombe d'Aziyadé

Ce fut pour moi une journée inoubliable. Je lui parlai du fond de mon cœur mais pouvait-elle m’entendre ?

Après la désillusion causée cette découverte,  j’aurais voulu me recueillir dans cette ville où des instants inoubliables comme marqués au fer rouge, avaient  été vécus.

Je ne crois ni aux miracles ni à la malchance. C’était mon destin, voilà tout. Maintenant, je revois son visage. Ses yeux un peu étirés et noirs lui donnaient un air grave et un peu triste mais que son sourire effaçait aussitôt

Je relus une dernière fois  les lettres que l’on s’était écrites et je commençai à rêver de ces instants fabuleux. Dès lors, le regret de n’être pas rentré plus tôt me brulait l’esprit.  Je retournais entre mes doigts l’amulette qu’elle m’avait offerte, je la touchais encore et encore, ce seul symbole de mes souvenirs.

Je me rappelais son sourire en touchant ce talisman d’orient. Je me rappelais la nuit où elle l’avait attaché à mon cou avec ses belles mains.

  portrait-d-Aziyade.jpg

Portrait d'Aziyadé

Je l’aurais emmenée avec moi à travers le monde. Au lieu de cela, je n’emporte qu’une stèle volée misérablement. J e n’ai pas pu lutter contre cet étrange et soudain désir. Je l’ai remplacée par une copie absolument identique.  Cette pierre tombale, je la poserai chez moi, en France. Je me recueillerai auprès d’elle lorsque les souvenirs et la douleur engendrés par l’absence seront trop cruels.

 

poche.jpg

 

Je retire l’amulette autour de mon cou, la jette dans les abimes de la mer et repars pour la France Même si cette petite fille n’est plus en vie, je suis sûr  que de là-haut, son âme veille en paix.

Et maintenant, dans ce bateau de retour, je regarde cet endroit miraculeux qui me déchire le cœur.

Avant, l’amour pour moi, c’était être heureux. Aujourd’hui, c’est la tristesse, les yeux pleins de larmes et un cœur brisé.

Tous les destins s’effacent comme le sillon de mon navire Quelques uns sombrent dans l’oubli le plus profond, comme ensevelis par ces eaux tumultueuses aux reflets argentés. Le vent semble vouloir me chasser du Bosphore. Il souffle avec une douce vigueur dans nos voiles. Je suis habillé en turc. Peut-être est-ce mon vêtement factice que la bourrasque veut arracher et rendre à sa terre natale? O vent, laisse-moi cette dernière consolation d’être lié à Stamboul !

 

p-ERRE-Loti.jpg

Maintenant tout est fini. Mes rêves sont anéantis et mon délai s’est écoulé. Il s’est enfui aussi vite que ce sable que j’ai cueilli au pied de sa tombe, dans mon humble et pieux recueillement et que j’ai clos dans un sablier.

Le bateau s’éloigne, la ville devient de plus en plus petite, les prières des mosquées de plus en plus lointaines.

Et les vagues frappant le navire semblaient murmurer son nom: Aziyadé

 

aziyade-couverture.jpg

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle

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2003 : La Trilogie d’Istanbul I,  Fenêtres d’Istanbul.

2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

2012 : Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, livre et CD d’Erol Köseoglu.

2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

2015 : Parution février: Sultane Gurdju Soleil du Lion, Dynasties de Turquie médiévale II.

 

 

 

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