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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 23:00

             Cet article est en ligne sur le Petit Journal d'Istanbul link

Je les adore.  Qui ? Me demanderez-vous. Les beaux messieurs et belles dames ottomanes, figés pour l’éternité sur les clichés de jadis !   

Car de célèbres photographes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle ont consacré des heures à les faire poser, à attendre patiemment que le cliché prenne, parfois, à les "coloriser", pour les rendre éternels... 

 8 - Copie 

Mais au fait, qui étaient donc ces artistes qui nous ont laissé de riches témoignages sur les dernières années de l’Empire ottoman ?

Dans la foulée des étrangers qui, comme James Robertson, ouvrirent les premiers studios de Beyoglu, les pionniers de la photographie ottomane furent généralement des minoritaires d’origine grecque ou arménienne, la représentation humaine étant prohibée dans l’Islam.

Le premier d’entre eux, Vasilaki, dit « Basile », Kargopoulo, s’installe en 1850, au numéro 311 de la Grande rue de Péra. Rapidement, il devient célèbre par ses vues d’Istanbul et ses portraits d’étrangers en costume turc. Devenu «  Photographe du sultan » Abdülhamid, il réalisera d’ailleurs une fameuse série de portraits de la famille impériale et des dignitaires de l’état.

 

Image (16) 

Portrait d’une belle jeune fille photographiée par Kargopoulo vers 1880

 

Ce fut ensuite Pascal Sebah qui ouvre, en 1857, dans la rue Postacilar, un studio nommé « El Chark ». Il démocratise la photo appelée « Carte de visite », collée sur un épais carton. En 1873, il participe à la réalisation du livre Les Costumes populaires de la Turquie, que Osman Hamdi Bey va présenter à l’Exposition de Vienne, puis, crée une succursale au Caire.

  SAM 0613

         Tombe de Pascal Sebah à Şişli, Istanbul

 

  Lorsqu’après sa mort, son fils Jean s’associe avec le français Polycarpe Joaillier, le studio, qui a pris le nom de « Sebah & Joaillier », deviendra un des plus célèbres du monde oriental. Nommés « Photographes de la cour Royale de Prusse », Sebah & Joaillier  rachètent même, en 1899, l’atelier des Frères Abdullah. Ils travaillent pour plaire aux touristes, en réalisant des clichés illustrant souvent les fantasmes orientalistes de l’époque, en particulier des femmes en costume turc, qui serviront de base à une multitude de cartes postales ayant circulé en Europe à la fin du XIXe siècle.  

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Photographie de Sebah & Joaillier, en 1893

 

Quant aux frères Abdullah, Kevork, Vitchen et Hovsep, installés en 1858, la renommée de leurs photos, souvent considérées comme les plus vivantes de cette époque, ne cesse de croître, si bien qu’elles seront à l’honneur lors de la première Exposition Internationale turque, et aussi à Paris, pour l’Exposition de 1867, à laquelle se rend le sultan Abdülaziz.    abdullah-photo-2.jpg

  Photographie des Frères Abdullah vers 1880

 

Le titre glorieux de « Photographes du Sultan », orné du monogramme du souverain, est apposé à l’arrière de leurs « cartes de visite », qui représentent tous les personnages célèbres.

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    Dos d’une photo « Carte de visite » des frères Abdullah avant 1870, ils sont encore « Photographes du Sultan »

 

Mais en 1870, après la défaite des Ottomans contre les Russes, leur portrait du Grand Duc Nicolas suscite la colère du sultan, qui leur retire leur privilège, leur interdit d’utiliser sa « tugra » et ordonnera même de détruire dans l’atelier tous les portraits de la famille impériale. Ce châtiment va marquer la fin de la prospérité des Frères Abdullah qui, après une installation au Caire, se voient dans l’obligation, en 1899, de vendre leur studio à la firme Sebah & Joaillier.

C’est qu’un nouveau facteur est apparu, la concurrence. Par exemple, celle de Boğos Tarkulyan, connu sous le pseudonyme de « Phébus Efendi », qui, excellent peintre, est le premier à coloriser ses clichés, devient « Photographe du sultan » d’Abdülhamid II et immortalise les membres de la famille impériale. Il réalise aussi de nombreux portraits d’enfants avec des jouets, comme un cheval à bascule ou une bicyclette. Sa notoriété perdurera à l’époque de la République, lorsqu’il réalise de nombreux portraits d’Atatürk, en particulier celui figurant sur les premiers billets républicains.

    Image--12-.jpg

Photo d’enfant réalisée par Phébus vers 1890

 

 Ou de Nicolas Andriomenos, qui, après avoir été l’apprenti des Frères Abdullah, s’installe à Beyazit en 1860 et donne des cours au prince Vahdettin Efendi.

   Andriomenos.jpg  

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Ou des trois Frères Gülmez, Artin, Yervant et Kirkor, qui s’établissent à côté du Théâtre Concordia, remportent la médaille de l’Exposition de Florence en 1887 et un prix à l’exposition de Chicago en 1893, avec leurs photos des petits métiers de la rue et leur album de vues panoramiques de la Corne d’Or, du Bosphore et de la Tour de Galata, avant que leur studio ne soit rebaptisé « Apollon ».

 

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    Photographie du studio Apollon vers 1905

 

Notons aussi qu’après 1860, les premiers musulmans à s’intéresser à la photographie sont les militaires, qui installent des ateliers dans certaines écoles de l’armée, par exemple dans celle de Harbiye.

Quant au plus grand collectionneur de la fin du XIXe siècle, il n’est autre que le sultan Abdülhamid II en personne, qui, passionné de photos, et voulant monter aux pays étrangers le modernisme des villes de l’Empire ottoman, fit réaliser entre 1880 et 1893, par tous les grands artistes de cette époque, environ 36000 clichés conservées dans les huit cents albums de la célèbre « Collection de Yildiz », dont certains, reliés en cuir rouge, furent envoyés en 1893 à la bibliothèque du Congrès, à Washington.

 

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Carte postale représentant les princes impériaux en 1900, d'après un cliché de Bogos Tarkulyan  

 

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Carte postale du Cheval du Sultan, réalisée d’après un cliché des Frères Abdullah

   

Tous les passionnés de vieilles photos, précieux documents aux appellations obsolètes comme « papier salé », « tirage albuminé », « photogravure », « cartes de visite », « photochrome », « photo cabinet », pourront consulter avec plaisir les merveilleux livres de Bahattin Öztuncay (en anglais), en particulier, Les Photographes de Dersaadet, ceux de Engin Özendes, consacrés aux Frères Abdullah ou à Sebah &Joaillier. Ou celui de Catherine Pinguet, Istanbul, photographes et sultans 1840-1900, qui vient de paraître en France, illustré par les photographies inédites de la collection de Pierre de Gigord. Sans oublier de se rendre au Musée de Péra, où se déroule jusqu’en avril une exposition appelée « De Constantinople à Istanbul ».

Car les anciennes photographies,  sésames pour voyager dans  une époque révolue, ne  nous ouvrent-elles pas aussi la porte du rêve ?

Cet article est aujourd'hui en lien sur le Petit Journal d'Istanbul : link

Merci au Petit Journal

 

Phebus 2

 

Lisez la pièce de théâtre musical JANUS ISTANBUL, de Gisèle Durero-Köseoglu,

 le livre que vous pouvez lire en écoutant la musique !

JANUS ISTANBUL, livre avec CD :  musique et interprétation des chansons, Erol Köseoglu.

Sortie de la version en turc en mai 2012

Janus Istanbul

 

 

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle Arméniens Histoire de la Turquie

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Contributions : Un roman turc de Claude Farrère, Le Jardin fermé, Un Drame à Constantinople...
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Livres de Gisèle Durero-Köseoglu

2003 : La Trilogie d’Istanbul I,  Fenêtres d’Istanbul.

2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

2012 : Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, livre et CD d’Erol Köseoglu.

2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

2015 : Parution février: Sultane Gurdju Soleil du Lion, Dynasties de Turquie médiévale II.

 

 

 

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