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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 10:28

Sacrée précieuse ! 14 ans pour dire “oui” !

 Les Précieuses s’y connaissaient dans l’art de se faire désirer par leurs amoureux ! Pour séduire sa belle, comme l’indique la Carte de Tendre,  représentant de façon allégorique les étapes de l’amour selon la Préciosité, il fallait passer par les villages de « Joli-Vers… Billet-Galant… Billets-Doux… » Gare aux impatients faisant preuve de précipitation pour parvenir aux « derniers engagements » ! C’était la noyade garantie dans le « Lac d’Indifférence » !

 

Tendre.png

Un des exemples les plus célèbres de l’histoire de la galanterie précieuse fut l’entreprise de séduction menée par le Duc de Montausier pour se faire aimer de Julie d’Angennes.

Qui était donc la belle Julie ?

Julie.jpg

  Elle passait pour une des plus belles femmes de l'époque... Mais il faut ajouter que  son charme le plus évident était son esprit...

  La fille  aînée de Catherine de Vivonne, Marquise de Rambouillet, célèbre salonnière et du Marquis de Rambouillet. Catherine « l’Incomparable Arthénice » et sa fille Julie, «Princesse Julie », animent un salon où se rencontrent tous les gens à la mode de l’époque : Voiture, Benserade, Chapelain, Vaugelas, Segrais, Richelieu, Rotrou, Scudéry, Corneille, Condé, Madame de Lafayette, Mademoiselle de Scudéry, Madame de Sévigné…

Ce n’est que lorsqu’on fréquente la « Chambre bleue », où Catherine de Vivonne, telle une déesse, trône sur son lit d’apparat et qu’on a passé des heures assis dans sa « ruelle » (le tour de son lit) » que l’on peut se targuer de mériter l’étiquette de « Précieux » ou de « Précieuse » !

Ruelle.jpg

Elevée dans l’atmosphère des Salons, fleuron des réunions de sa mère, Julie s’y connaissait donc en matière de subtilités amoureuses ! On la disait belle, spirituelle, cultivée. Ses soupirants ne se comptaient pas. Le roi de Suède Gustave-Adolphe, aurait, sans jamais l’avoir vue, entretenu avec elle une correspondance passionnée ;  le poète Vincent Voiture était si épris d’elle qu’un jour, il ne put se retenir de lui embrasser le bras, ce qui déclencha la fureur de la belle…

Voiture.png

Le poète Vincent Voiture

Qui eut donc les faveurs de cette femme savante peu pressée de se marier ? Le duc Charles de Montausier !

  Selon le critique Jules Tellier, le Grand Siècle a vu en Charles le modèle le plus accompli de « l'honnête homme ».  Mais il faut préciser que Charles de Montausier était un monsieur de mœurs si sévères qu’on l’avait surnommé « fagot d’orties » !  C’était donc là où le bât blessait : Charles n’était ni amusant... ni attirant !

Charles.jpg

Effectivement, on comprend mieux les hésitations de Julie en voyant le portrait de Charles...

La seule fantaisie de sa vie fut donc de tomber amoureux,  en 1631, d’une femme qui n’était pas faite pour lui !

Julie ne se décide pas. Elle, si coquette, si mondaine, la reine des Salons, se marier à un « bonnet de nuit » ? On a murmuré à l’époque que Charles et Julie avaient servi de modèle à Molière pour l’Alceste et la Célimène de son Misanthrope… 

 Julie en Julie d'Angennes portant le costume du personnage de l'Astrée, d'Honoré Durfé.

Pour décider Julie à l’épouser, Charles va lui offrir un merveilleux cadeau :

  Le plus extraordinaire livre de l’époque, un recueil de 62 poèmes sur des fleurs dont chacune représente une des qualités de Julie.

Guirlande1

  Réédition moderne du livre

Charles compose en personne 16 madrigaux mais fait appel aux amis de Julie pour écrire les autres et charge Nicolas Robert, célèbre peintre spécialiste des dessins de botanique, de réaliser les illustrations. Un matin de 1641, le jour de la Sainte-Julie, (soit dix ans quand même après les premiers battements de son cœur…) il enferme le précieux manuscrit, à la reliure de maroquin rouge ornée des initiales « J » et « C » enlacées, dans un sac de soie et le fait porter à son égérie pour son réveil.

Guirlande 4

Bon, l’effet en fut-il admirable ? Il ne fallut plus que 4 ans à Julie pour se décider à l’épouser ! Il se marient enfin en 1645, elle a 38 ans et lui 35. A force d’attendre…  

Guirlande 5

Un exemple de poème de La Guirlande de Julie, le madrigal "LaTulipe" :

Permettez-moi, belle Julie,
De mêler mes vives couleurs
À celles de ces rares fleurs
Dont votre tête est embellie :
Je porte le nom glorieux
Qu’on doit donner à vos beaux yeux...Guirlande 2

 

 

 Sources : Présentation d’Olivier Barrot, La Guirlande de Julie

La Guirlande de Julie, préface de Irène Frain, Ed. Laffont et Bibliothèque nationale

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Littérature pour le lycée

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2003 : La Trilogie d’Istanbul I,  Fenêtres d’Istanbul.

2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

2012 : Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, livre et CD d’Erol Köseoglu.

2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

2015 : Parution février: Sultane Gurdju Soleil du Lion, Dynasties de Turquie médiévale II.

 

 

 

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