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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 22:00

 

Article paru dans le journal de La Passerelle franco-turque n. 59, avril 2011.

 

Je n’oublierai jamais ma stupeur, lorsque, un jour de 1983, la première année de mon installation à Istanbul, sortant du Lycée Saint-Michel où je travaillais alors, j’assiste à un spectacle qui attire mon attention  : une femme d’une quarantaine d’années se jette sur un grand gaillard de quinze ans, le serre passionnément contre son cœur, l’embrasse sur les deux joues avec fougue, lui arrange amoureusement sa cravate et finit par s’en aller avec lui bras dessus bras dessous.

Etais-je en train d’assister au tournage d’une scène pathétique  caractéristique des films turcs de cette époque ? Que nenni ! Je venais juste de voir une mère turque retrouvant son fils à la sortie de l’école !

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Caricature d’une mère turque réalisée par Erdil Yaşaroğlu sur le site kamikaze.net. Le pingouin dit à son ami : « C’est mère qui m’a  fait mettre ce pull de peur que je ne prenne froid » Et l’autre répond : «  Ah ! Ces mères ! »

 

Car en ce qui concerne le syndrome de la mère, la mère turque n’a rien à envier aux mères juives ni à celles d’Afrique du Nord…

 

Mère de garçon :

 

- Au supermarché, il se roule par terre car elle n’a pas voulu lui acheter une babiole ; elle lui dit : « Allez, calme-toi, je te l’achèterai demain », puis, croisant par hasard votre regard de désapprobation, elle se dépêche de vous expliquer la situation : «  Il a mal dormi cette nuit, c’est pour cela qu’il est si énervé ! »

 

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-Elle lui répète chaque jour qu’il est beau.

- Quand il entre à l’école primaire, elle abandonne son travail pour pouvoir « s’occuper de lui. »

- Elle s’assoit avec lui tous les soirs pour lui faire faire ses devoirs et réciter ses leçons. Avec le temps, c’est elle qui fait tous les devoirs. Et qui prépare le cartable pour le lendemain.

- Elle lui a fait passer des tests de QI quand il était petit, on a établi qu’il était surdoué, c’est pour cela que ça se passe si mal à l’école,  ses professeurs ne le comprennent pas…

- Elle dépense des fortunes pour lui faire donner des cours particuliers dans toutes les matières où il n’a pas la moyenne.

-Quand il part à l’école le matin, elle lui fait « coucou » de la fenêtre.

 

-Elle ramasse tous les vêtements qu’il a laissés traîner par terre en se déshabillant, lui fait son lit, passe des heures à lui préparer les plats qu’il aime, range sa chambre, trie ses affaires…

-Elle lui téléphone toutes les demi-heures en dehors des horaires de classe pour savoir où il est.

- Quand il a l’âge de sortir le soir, elle lui installe à manger sur la table de la cuisine, pour le cas où il aurait faim en rentrant. Puis, elle attend son retour et ne dort pas jusqu’à ce qu’elle entende le bruit de la clé dans la porte d’entrée.

-Elle trouve toutes ses petites copines malpolies, idiotes ou complexées.

 

 

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Encore une caricature de Erdil Yaşaroğlu pour Kamikaze.com.

Le poussin demande à la poule : Maman, qu’est-ce que tu fais ? J’ai quel âge, enfin ! » Et elle répond : « Tais-toi, pour moi, tu resteras toujours un œuf ! »

 Il a l’air de s’y connaître, cet Erdil, en fait de mère…

 

Mère de fille :

 

- Elle ne lui achète que des objets et habits roses ou blancs.

 

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-Elle lui fait donner des cours de danse. « Ça le rendra si gracieuse ! » Si elle n’en a pas les moyens, elle rêve de lui en faire donner.

-Lors de la première année de maternelle, elle fête ses quatre ans en invitant toutes les copines de toutes les classes et fait confectionner un immense gâteau en forme de poupée Barbie ou de sirène. Les dix ans, ce sera au restaurant, les quinze ans, dans le salon de réception d’un grand hôtel et en robe du soir.

 

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 Célèbre gâteau en forme de Barbie proposé par plusieurs pâtisseries turques dans des versions différentes, photographie Internet.

 

- Elle dépense plus pour la garde-robe de la fillette que pour la sienne.

- Elle l’emmène chez le coiffeur à dix ans et la fait épiler à douze.

-Elle rêve que sa fille devienne chanteuse ou actrice.

-Elle souhaite que sa fille étudie en faculté de médecine ou d’ingénierie. Pour devenir docteur ou ingénieur ? Non, pour dénicher un mari médecin ou ingénieur.

-Elle la laisse sortir le soir librement. Puis, quand elle apprend que sa fille fréquente depuis plus de trois mois le même garçon, elle lui interdit soudain les promenades nocturnes : « On ne peut quand même pas te laisser sortir la nuit sans savoir avec qui, il n’a qu’à venir te chercher à la maison. »

-Elle exige pour accepter le mariage que le fiancé prépare un logement et le meuble de fond en comble.

-Elle préfère que ce logement soit placé dans la même rue que la sienne, au plus loin dans la rue parallèle.

-Elle ne peut pas imaginer un dimanche sans voir sa fille.

 

J’arrête là cette liste mais vous savez comme moi qu’elle pourrait s’allonger et s’allonger encore…

 

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Caricature d’une mère turque sur le site Kahkaha.com. L’oiselle demande à l’oisillon : «  Ça te plaît ? C’est moi qui l’ai confectionné. »  

 

Le pire, dans toute cette histoire, c’est que le syndrome est contagieux.

Car, à vrai dire, cela fait tant d’années que j’habite à Istanbul que… (déjà que je venais d’une famille franco-italienne très méditerranéenne, descendant de Tendasques, Piémontais et Génois, ce qui implique une forte hérédité en ce qui concerne le rôle de la « Mama » ! ) … je…je… me suis reconnue dans certaines (certaines, seulement  !)  de  mes vilaines petites caricatures !

 

 

Enfin, avis à la jeunesse !

Ce sont ces trop aimantes mères-là qui deviendront vos belles-mères !

Alors, même si vous êtes sorti(e) major de Polytechnique ou de l’Université du Bosphore, vous avez intérêt à apprendre dare-dare, en fonction de votre sexe, soit à confectionner des farcis soit à choisir le cadeau idoine pour belle-maman!

 

Carte mere

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Articles, Essais, Commémorations
3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 19:44

 

Alexandre Dumas nous racontait, dans son roman La Tulipe noire, comment le héros Cornélius, qui aurait dû lutter pour reconquérir le pouvoir perdu par sa famille, préférait, indifférent à la politique et victime de la « tulipomanie », consacrer toute son énergie à la fabrication d’une tulipe noire !

 

Catalogue-Meilland.jpgPhoto du catalogue horticole Meilland

 

Dans le langage des fleurs, la tulipe symbolise la déclaration d’amour ; blanche, il s’agit d’un amour platonique ; jaune, d’une question posée à la personne aimée ; rouge, d’un aveu d’amour fou. Et noire, me direz-vous ? Elle représente la souffrance !

C’est donc ce symbole que j’ai choisi pour exprimer mon chagrin du jour !

 

CENSURE

 

STP61438.JPGTulipes du Parc de Yıldız

 

 

Guirlande-5.jpgCouverture du livre La Guirlande de Julie, Robert Laffont


Je terminerai sur une note moins grave. Le duc de Montausier , très épris de Julie d'Angennes,  surnommée dans les Salons de la Préciosité « l’incomparable Julie », fit réaliser pour sa belle, à partir de 1638, La Guirlande de Julie, un livre de poèmes calligraphiés à la main et illustrés de belles planches sur vélin.

 

Guirlande1.jpg

Couverture du livre La Guirlande de Julie, réédition chez Robert Laffon en 1991

 

La particularité de cette merveille ? Chaque fleur vante une des qualités de Julie !

Voici donc deux madrigaux où la tulipe personnifiée fait l’éloge de Julie :

 

 

Guirlande-3-copie-2.jpg

 

 La Tulipe flamboyante 

 

Permettez-moi, belle Julie,

De mêler mes vives couleurs

À celles de ces rares fleurs

Dont votre tête est embellie :

Je porte le nom glorieux

Qu’on doit donner à vos beaux yeux

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 La Tulipe, au soleil 

 

Bel Astre à qui je dois mon être et ma beauté,
            Ajoute l'immortalité
            A l'éclat non pareil dont je suis embellie,
            Empêche que le Temps n'efface mes couleurs :
            Pour trône donne-moi le beau front de Julie
            Et si cet heureux sort à ma gloire s'allie,
            Je serai la Reine des Fleurs.

 

 

Guirlande-4.jpgIllustration du livre La Guirlande de Julie, Robert Laffont

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 23:00

Dans le langage des colonialistes du dix-neuvième siècle, le qualificatif « Bon pour l’Orient » désigna tout d’abord avec mépris les diplômes obtenus dans les pays de l’Empire ottoman ; avec le temps, l’étiquette s’appliqua à toute marchandise jugée défectueuse selon les normes européennes mais pouvant être venue avec profit en Orient. « Bon pour l’Orient » devint synonyme de « au rabais ».

A la fin du vingtième siècle, de nombreuses Françaises venues se marier en Turquie étaient jugées par leurs compatriotes, sans que cela ne soit jamais formulé, « Bonnes pour l’Orient ».  photo-Sebah.jpg

 

Citons une anecdote dont une de mes amies fut bien involontairement l’héroïne.

Elle avait une directrice française. Un jour, les toilettes étant bouchées, cette dame déboule comme une furie en salle de réunion où ne se trouvent par hasard que quatre femmes.

—  Les toilettes sont encore bouchées ! Hurle-t-elle. Un homme de service y a trouvé une culotte de femme ! Je vous avertis, si ça se reproduit, je fais verrouiller les cabinets et vous ne pourrez plus y aller !

Le fou rire prit mon amie.

— Vous croyez vraiment qu’une de nous quatre est allée jeter son slip dans les cabinets ?

— Vous dites cela, vous, Madame, crie-t-elle, mais je vous ai vu sortir des toilettes juste au moment où elles ont été bouchées !

Est-il besoin de commentaires ?

Pour la petite histoire, pendant au moins cinq années, chaque fois que les toilettes de son entreprise ne fonctionnaient plus, les collègues de travail de mon amie se gondolaient de rire : « Alors, c’est toi qui a encore sévi ? »

 

Souvenir-de-Constantinople--Editeur-R.---K.L-copie-1.jpg

Revenons à nos moutons. A l’exception des chanceuses qui sont arrivées dans le pays avec un diplôme « en béton », les Françaises à Istanbul ont dû manger de la vache enragée. Cherchaient-elles un travail ? Elles devaient se considérer chanceuses qu’on voulût bien leur en offrir. Aussi, de nombreuses d’entre elles ont-elles été employées à la portion congrue, c'est-à-dire avec un salaire au rabais et surtout sans sécurité sociale ni retraite. Non, me direz-vous, cela est impossible ! Eh bien si ! « Nous ne sommes pas en France, la loi française ne s’applique pas ! Vous n’êtes pas dans une firme turque, la loi turque ne s’applique pas ! » C’est dans ce vide juridique sévissant jusqu’aux années 2000 que de nombreuses d’entre elles ont survécu pendant des décennies. Avec un beau dilemme : accepter ou mourir de faim.

J’ai vu de mes yeux une Française dont les dents se déchaussaient et qui, n’ayant ni protection sociale ni subsides, n’a jamais pu se les faire soigner. Non, ce n’est pas du Victor Hugo, c’était en 2003 !

Je connais une femme qui a travaillé trente années à Istanbul mais dont seulement quinze années seront comptabilisées pour la retraite. Est-ce que cela se passait avant 1895, date à laquelle les employeurs français ont eu l’obligation de verser des cotisations pour l’assurance vieillesse de leurs employés ? Non, ces jours-ci !

 

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Je ne parle pas ici des petites impertinentes qui s’avisent de peindre, composer de la musique, écrire, faire du théâtre ou s’adonner à toute autre forme de création. Cherchent-elles une salle pour exposer, une salle pour représenter leur création ? Ah bon ? Vous vivez ici ? Notre programme est plein. Nous n’accueillons que les artistes venus de France !

Aujourd’hui, je remarque que les jeunes Françaises débarquées à Istanbul ont pris le taureau par les cornes et n’hésitent pas à se lancer. Création d’entreprises, commerce, activités artistiques, nombreuses sont celles qui « réussissent » en Turquie et même de façon brillante. Elles changent les mots du dictionnaire.

« Bonnes pour l’Orient » ? Non ! Vous avez mal entendu, c’était « Bonnes, en Orient  » !

  

            Ce texte est constitué d'éléments empruntés au chapitre « Bonnes pour l’Orient » de mon récit autobiographique Trois décennies à Istanbul (Titre provisoire), dont la parution est prévue en 2013 pour le trentième anniversaire de mon installation en Turquie…

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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 13:26

Le quotidien turc Hürriyet du 1 janvier 2011 a publié un supplément auquel aucune femme ne peut rester insensible : un ensemble de photos et de textes destinés à attirer l’attention sur les discriminations ou les violences dont sont victimes certaines femmes en Turquie ou dans le reste du monde.

L’originalité de ce reportage a été, dans les photographies, d’échanger les rôles et de mettre des hommes là où on voit d’habitude des femmes. Au premier abord, on aurait envie de rire. Mais en réfléchissant, de pleurer...

Car beaucoup de ces photos sont tragiques. Je ne ferai aucun commentaire, elles sont assez parlantes, hélas !

Au nom de l'humanisme, au nom des femmes du monde entier et surtout au nom de celles qui n’ont pas eu l’opportunité de faire des études, de se marier selon leurs vœux, d’accéder à l’indépendance économique, de vivre dignement et librement, tout mon respect aux organisateurs, journalistes, photographes, modèles, qui ont réalisé ce supplément, en particulier Vuslat Doğan Sabancı, İskender Baydar, Şermin Terzi, Sebati Karakurt, Sedat Sungur…

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Tr Özet : 1 Ocak 2011, Hürriyet Gazetesi çok çarpıcı bir ek bize sundu: Zordur kadın olmak!

 Bu yazılardan ve fotoğraflardan çok etkilendim. Özelliği? Resimlerde, kadın yerine, erkek kullanıldı.

Yorum yazmayacağım, fotolar “konuşuyor” maalesef.

Ilk önce gülmek istedim, sonra, ağlamak...

Hümanizim adına, tüm kadınlar adına, bu ek yapanlara saygımı ve tebriklerimi iletmek istiyorum, özellikle Vuslat Doğan Sabancı, İskender Baydar, Şermin Terzi, Sebati Karakurt, Sedat Sungur…

 

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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 16:52

Que 2011 nous amène

La joie pour ceux qui sont dans la peine

Du pain pour ceux qui ont faim

De l’amour pour les orphelins

La fin de la misère

Et la paix sur la terre

 

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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 14:54

 

 

Pourquoi fête-t-on Noël le 25 décembre ?


Sol invictusAu IIIème siècle, l’empereur Aurélien décida de créer une fête qui permettrait d’harmoniser les coutumes de l’empire romain, très différentes selon les régions. Ce fut ainsi qu’il institua le 25 décembre, date du solstice d’hiver selon le calendrier Julien, la fête de Sol Invictus ou Soleil invaincu, jour de naissance du soleil ou Dies Natalis Solis. 

Après la christianisation de l’Empire romain, les Pères de l’Eglise, constatant que la majorité des populations continuaient Photo Internet                                        à commémorer le jour de Sol İnvictus prirent donc la décision  de fixer le 25 décembre le jour le la naissance du Christ. Dies Natalis devint “Natale” ou “Noël”…    
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Et qu’en-est-il du Jour de l’An  ?

Dans l’Antiquité, le calendrier romain fixait le Jour de l’An au mois de mars mais lorsque Jules César adopta le calendrier Julien, il déplaça la fête au 1er janvier, qui devint la fête de Janus, dieu à deux visages symbolisant le passé et l’avenir. Cependant, la date du Jour de l’An variait souvent en fonction des coutumes locales et il fallut attendre 1564 pour que Charles IX rende obligatoire le 1 janvier comme point de départ de la nouvelle année. Puis, en 1582, lorsque le pape Grégoire imposa le calendrier grégorien, la date du 1er janvier devint définitivement celle du Jour de l’An dans les pays occidentaux.  

     Ange Noel (2)

 

Le 31 décembre, 365ème jour du calendrier grégorien, porte aussi le nom de la Saint Sylvestre. Mais qui était donc Sylvestre ? Trente-troisième pape, il a vécu sous le règne de Constantin. La Légende dorée, de Jacques de Voragine, raconte que l’empereur Constantin, malade de la lèpre, fut miraculeusement guéri par le baptême que lui aurait administré Sylvestre en l’immergeant complètement dans un bassin, ce qui l’aurait convaincu de propager le christianisme dans l’Empire romain…

 

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Pourquoi s’embrasse-t-on en Europe sous le gui ?

     gui

 

Parce que, comme l’explique Pline le Jeune, les Celtes ramassaient sur les chênes avec une faucille d’or cette plante, qui, ne se fanant pas, symbolisait pour eux l’immortalité.

S’embrasser sous le gui équivaut donc à se souhaiter une longue vie…

En Provence, on considérait autrefois que les fêtes de Noel commençaient le 4 décembre, le jour de la Sainte Barbe pour se finir à l’Epiphanie, le 6 janvier.

 

cpa fait mainCarte postale de 1913 de fabrication artisanale

 

Je terminerai par ce dicton provençal :

« A l'an que ven ! Se sian pas mai, que siguen pas men ! »

« A l'an qui vient ! Si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins ! »

 

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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 23:00

Tout en me prétendant peu superstitieuse, j’avais déjà été un peu incommodée par l’idée de prendre l’avion le samedi 13… Mon inquiétude redouble lorsque je lis le numéro du vol : 1813. Et c’est carrément la panique qui s’installe quand l‘hôtesse du comptoir m’annonce le numéro de la porte de ma salle d’embarquement : 213 ! Mais non, je suis un esprit fort, je ne me laisserai pas tourmenter par de stupides superstitions ! N’empêche… Une phrase résonne soudain dans ma tête :”Il ne faut pas négliger les signes.” C’est ce que me répète souvent une de mes amies, partisane du New Age. La partie rationnelle de mon cerveau  se moque de mes craintes :”Tu ne vas pas croire à ces idioties !” Mais la partie sensible n’arrête pas de lancer des signaux d’alerte. Et si c’était un signe ? Le signe que je dois renoncer, que je ne dois pas monter dans cet avion ? Mais enfin, nous sommes au début du XXIème siècle ! Il y a bien longtemps que les philosophes des Lumières nous ont convaincu de l’ineptie des croyances irrationnelles ! Oui, mais, la lutte continue dans mes pensées.

 

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L’avion a décollé, mon esprit en éveil guette tous les bruits pouvant être considérés comme anormaux. Le train d’atterrissage n’a-t-il pas eu des difficultés à se replier ? Le moteur n’est-il pas en train de forcer anormalement ? Je regarde les hôtesses. Elles paraissent souriantes et détendues. Elles qui connaissent tous les bruits de l’avion… Quand même… je ne peux m’empêcher de penser à des choses funèbres. Ai-je bien laissé mes affaires en ordre ? Embrassé suffisamment ceux que j’aime ? Je passe même en revue le détail de mes obsèques. Je me souviens tout à coup de l’histoire de quelqu’un qui n’avait pas cru aux signes, avait fait des pieds et des mains pour prendre un avion qui avait fini par s’écraser…

 

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Arrive le repas. Un gin tonic semble avoir eu raison de ma panique. Je regarde sereinement à travers le hublot la mer de nuages qui moutonnent. “Attention, me murmure la vilaine petite voix, l’avion n’a pas encore atterri à Nice.”

 

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L’avion finit par se poser. Quand il coupe ses moteurs, “ouf”, ce n’était pas pour cette fois... Quel voyage ! Et tout ça pour un petit chiffre !

Pourtant, je vous l’ai déjà dit, je ne suis pas superstitieuse ! Enfin, heureusement qu’on n’était pas un vendredi…

 

 

Site Gisèle Ecrivain français d’Istanbul link


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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 22:00

Famille saucisson

 

         La famille saucisson se situe, dans les méandres de la psychologie, entre la curiosité bienveillante et le préjugé tenace. Le jour où vous lui aviez annoncé que vous étiez tombée amoureuse d’un Turc, sa première réaction avait été de vous demander avec un regard affolé si vous aviez vu « Midnight Express.» Puis, lors du premier repas avec votre prétendant, elle lui avait généreusement garni l’assiette de saucisson et rempli le verre de Bordeaux pour espionner ses habitudes alimentaires. Ouf ! premier examen réussi, il avait mangé du cochon, on allait quand même pouvoir s’entendre ! De temps en temps quand même, Famille, qui avait dévoré « Jamais sans ma fille » et mélangeait un peu les pays, sombrait dans le doute : « Tu es sûre qu’il n’a pas déjà une ou deux femmes, tu es sûre qu’il ne va pas t’enfermer ? » Les années passant, Famille s’est muée en antenne de l’Agence France Presse. Elle suit avec passion le moindre fait divers de Turquie : « Oui, tu sais, cet homme qui a tué sa fille parce que... Comment, tu n’es pas au courant ? » Elle se pose aussi en spécialiste des Affaires d’Orient. Pas une réunion sans qu’elle ne vous explique par le menu les problèmes socio-économiques de la Turquie, la polémique du foulard et ne vous abreuve de conseils pour sortir le pays de l’ornière : « Vous devriez faire ceci, faire cela… » Car, oui, ce « Vous », c’est la Turquie toute entière, que vous représentez, désormais !

 

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        Parfois, elle vient vous rendre visite à Istanbul. A l’aéroport, elle contemple avec suspicion votre manteau noir : « C’est l’influence du voile ? » Elle compte le nombre des filles à foulard dans la rue et vous lance des regards compatissants.

 

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         Au restaurant, elle prend un air dégoûté devant votre verre de yoghourt battu dans de l’eau  et vous fait remarquer que si vous mangez des pâtisseries orientales,  vous allez devenir grasse comme une odalisque. Bref, son imaginaire est demeuré figé à « La Nuit du Sérail. »

 

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        Lorsque la famille française arrive, vous invitez votre belle-famille turque. Vos nièces stambouliotes, brushées et manucurées de frais, vêtues de blouses à la dernière mode et juchées sur des talons de douze centimètres, arrivent tout en parlant sur Internet avec leur "Iphone". Ce qui vous vaudra, après leur départ, la question subsidiaire : « Elles sont toutes turques, ces jeunes filles ? » Le lendemain, vous proposez une promenade en ville. Destination inéluctable, le Grand Bazar : « Les choses modernes, ça ne nous intéresse pas, on veut du typique.» Le jour suivant, vous remontez le Bosphore en vapeur et mangez du poisson à Anadolu Kavak. Famille, qui, la veille, a sué dans d’âpres séances de marchandage pour acheter un bol en Küthaya, a désormais décidé d’en découdre et tente de faire baisser l’addition apportée par le garçon. Le soir, vous déambulez dans Istiklal Caddesi. Famille s’extasie sur les illuminations du Jour de l’An et la crèche de l’église Saint-Antoine. Elle s’en ira soulagée, pensant avoir enfin obtenu la réponse à la question qu’elle vous avait posée trois cent cinquante-deux fois : « Est-ce que les Turcs fêtent la Noël ? »

        Au moment du départ, Famille, épuisée, car elle n’a pas fermé l’œil à cause de l’appel à la prière, boit un dernier raki avec votre mari. Ce qui lui permettra, au retour, de dire fièrement à la voisine : « Notre gendre, il ne crache pas sur la bouteille ! » Et de pouvoir, d’un ton rassuré, prononcer la phrase magique :

        « Il est comme nous ! »

 

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Famille loukoum

 

 

         La famille loukoum occupe une zone intermédiaire entre le dernier cercle de l’Enfer de Dante et le premier du Paradis. Elle vous aime, elle ne peut pas se passer de vous. Vous êtes son « sucre. » Déjà, à l’époque des fiançailles, lorsque vous débarquiez à minuit de votre charter pour venir passer un week-end en tête à tête avec votre beau Turc, vous la trouviez, fidèle au poste, qui vous avait attendu trois heures sans rechigner dans une voiture glacée et vous emmenait prestement pour vous asseoir jusqu’à l’aube sur son canapé de velours, un verre de thé à la main.

 

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          Car une famille loukoum a l’art de vous accompagner. Elle vous téléphone la veille de votre départ en vacances, lorsque vous êtes en train de boucler les valises et que vous n’envisagiez pour la soirée qu’une douche bouillante et un paquet de cacahuètes, pour vous annoncer sa venue à 21 heures car elle va tellement languir de vous qu’il faut absolument qu’elle vous rende visite avant votre départ. A votre retour, elle a planté ses 20 membres dans le hall de l’aéroport pour vous accueillir et les entasse vaillamment dans trois voitures pour se presser de venir « faire médianoche » chez vous.

 

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          Remarquons au passage qu’une famille loukoum ne dort pas. C’est du bon thé couleur « sang de lapin » qui coule dans ses veines. Personne n’a jamais sommeil. A deux heures, vous faites remarquer que les enfants vont à l’école le lendemain matin et qu’il n’est pas raisonnable de donner du thé au petit dernier mais Famille clame que les enfants ne sont pas fatigués puisqu’ils rentrent de vacances et que tous les rejetons du clan ont sans dommage « tété le thé » dans leur biberon.

        Famille n'a jamais renoncé à vous faire adopter les traditions locales. Elle vous appelle le samedi soir pour vous demander d’un ton réjoui : « Et si on prenait le petit déjeuner chez toi demain ? »

 

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        Précisons que le vocable "petit déjeuner " n'a pas exactement le sens qu'on lui prête en France. Il faut comprendre " à partir du petit déjeuner".

        En arrivant, le lendemain, après avoir étalé ses 40 souliers dans votre corridor, elle vous questionne d’un ton inquiet : Vous ne seriez pas malade, vous avez l’air si fatiguée ? Puis, elle se précipite dans la cuisine pour soulever le couvercle des marmites et vous félicite chaleureusement d'avoir déjà prévu le repas du soir en vous demandant d’un air compatissant si vous avez confectionné tout cela toute seule. Comme il est mathématiquement impossible d’asseoir 20 personnes autour d’une table de douze, les jeunes prennent une assiette et s’installent sur les canapés devant un match. A table, les hommes parlent de football et les femmes de leurs belles-filles. Toujours fourbues, ces gelin, elles prennent leur travail comme prétexte pour ne rien faire à la maison ! Pas comme vous, vaillante de l’arrière-garde, qui avez su si bien vous mettre au fait des us et coutumes qu’on en oublie que vous êtes étrangère. Alors, on vous adresse le suprême des compliments :

         « Tu es comme nous. »

        Au moment de se séparer, à minuit, Famille vous invite pour une "journée", chez elle, cette fois. Car il ne faut jamais faillir à la devise qui orne le blason de la tribu :

         « Tous ensemble ! »

 


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Article publié dans le Journal La Passerelle sous le titre "Les deux familles de Giroflée Darouet"

 

Lien vers Amazon.fr link

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Editions GiTa  link

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  • : Gisèle Durero-Koseoglu, écrivaine d’Istanbul
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  • La Trilogie d'Istanbul : Fenêtres d’Istanbul, Grimoire d’Istanbul, Secrets d’Istanbul. La Sultane Mahpéri, Mes Istamboulines, Janus Istanbul (avec Erol Köseoglu).
Contributions : Un roman turc de Claude Farrère, Le Jardin fermé, Un Drame à Constantinople...
  • La Trilogie d'Istanbul : Fenêtres d’Istanbul, Grimoire d’Istanbul, Secrets d’Istanbul. La Sultane Mahpéri, Mes Istamboulines, Janus Istanbul (avec Erol Köseoglu). Contributions : Un roman turc de Claude Farrère, Le Jardin fermé, Un Drame à Constantinople...

Livres de Gisèle Durero-Köseoglu

2003 : La Trilogie d’Istanbul I,  Fenêtres d’Istanbul.

2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

2012 : Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, livre et CD d’Erol Köseoglu.

2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

2015 : Parution février: Sultane Gurdju Soleil du Lion, Dynasties de Turquie médiévale II.

 

 

 

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