Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 19:44

 

Alexandre Dumas nous racontait, dans son roman La Tulipe noire, comment le héros Cornélius, qui aurait dû lutter pour reconquérir le pouvoir perdu par sa famille, préférait, indifférent à la politique et victime de la « tulipomanie », consacrer toute son énergie à la fabrication d’une tulipe noire !

 

Catalogue-Meilland.jpgPhoto du catalogue horticole Meilland

 

Dans le langage des fleurs, la tulipe symbolise la déclaration d’amour ; blanche, il s’agit d’un amour platonique ; jaune, d’une question posée à la personne aimée ; rouge, d’un aveu d’amour fou. Et noire, me direz-vous ? Elle représente la souffrance !

C’est donc ce symbole que j’ai choisi pour exprimer mon chagrin du jour !

 

CENSURE

 

STP61438.JPGTulipes du Parc de Yıldız

 

 

Guirlande-5.jpgCouverture du livre La Guirlande de Julie, Robert Laffont


Je terminerai sur une note moins grave. Le duc de Montausier , très épris de Julie d'Angennes,  surnommée dans les Salons de la Préciosité « l’incomparable Julie », fit réaliser pour sa belle, à partir de 1638, La Guirlande de Julie, un livre de poèmes calligraphiés à la main et illustrés de belles planches sur vélin.

 

Guirlande1.jpg

Couverture du livre La Guirlande de Julie, réédition chez Robert Laffon en 1991

 

La particularité de cette merveille ? Chaque fleur vante une des qualités de Julie !

Voici donc deux madrigaux où la tulipe personnifiée fait l’éloge de Julie :

 

 

Guirlande-3-copie-2.jpg

 

 La Tulipe flamboyante 

 

Permettez-moi, belle Julie,

De mêler mes vives couleurs

À celles de ces rares fleurs

Dont votre tête est embellie :

Je porte le nom glorieux

Qu’on doit donner à vos beaux yeux

Guirlande-2.jpg

 La Tulipe, au soleil 

 

Bel Astre à qui je dois mon être et ma beauté,
            Ajoute l'immortalité
            A l'éclat non pareil dont je suis embellie,
            Empêche que le Temps n'efface mes couleurs :
            Pour trône donne-moi le beau front de Julie
            Et si cet heureux sort à ma gloire s'allie,
            Je serai la Reine des Fleurs.

 

 

Guirlande-4.jpgIllustration du livre La Guirlande de Julie, Robert Laffont

Repost 0
Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Articles, Essais, Commémorations
12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 23:00

Dans le langage des colonialistes du dix-neuvième siècle, le qualificatif « Bon pour l’Orient » désigna tout d’abord avec mépris les diplômes obtenus dans les pays de l’Empire ottoman ; avec le temps, l’étiquette s’appliqua à toute marchandise jugée défectueuse selon les normes européennes mais pouvant être venue avec profit en Orient. « Bon pour l’Orient » devint synonyme de « au rabais ».

A la fin du vingtième siècle, de nombreuses Françaises venues se marier en Turquie étaient jugées par leurs compatriotes, sans que cela ne soit jamais formulé, « Bonnes pour l’Orient ».  photo-Sebah.jpg

 

Citons une anecdote dont une de mes amies fut bien involontairement l’héroïne.

Elle avait une directrice française. Un jour, les toilettes étant bouchées, cette dame déboule comme une furie en salle de réunion où ne se trouvent par hasard que quatre femmes.

—  Les toilettes sont encore bouchées ! Hurle-t-elle. Un homme de service y a trouvé une culotte de femme ! Je vous avertis, si ça se reproduit, je fais verrouiller les cabinets et vous ne pourrez plus y aller !

Le fou rire prit mon amie.

— Vous croyez vraiment qu’une de nous quatre est allée jeter son slip dans les cabinets ?

— Vous dites cela, vous, Madame, crie-t-elle, mais je vous ai vu sortir des toilettes juste au moment où elles ont été bouchées !

Est-il besoin de commentaires ?

Pour la petite histoire, pendant au moins cinq années, chaque fois que les toilettes de son entreprise ne fonctionnaient plus, les collègues de travail de mon amie se gondolaient de rire : « Alors, c’est toi qui a encore sévi ? »

 

Souvenir-de-Constantinople--Editeur-R.---K.L-copie-1.jpg

Revenons à nos moutons. A l’exception des chanceuses qui sont arrivées dans le pays avec un diplôme « en béton », les Françaises à Istanbul ont dû manger de la vache enragée. Cherchaient-elles un travail ? Elles devaient se considérer chanceuses qu’on voulût bien leur en offrir. Aussi, de nombreuses d’entre elles ont-elles été employées à la portion congrue, c'est-à-dire avec un salaire au rabais et surtout sans sécurité sociale ni retraite. Non, me direz-vous, cela est impossible ! Eh bien si ! « Nous ne sommes pas en France, la loi française ne s’applique pas ! Vous n’êtes pas dans une firme turque, la loi turque ne s’applique pas ! » C’est dans ce vide juridique sévissant jusqu’aux années 2000 que de nombreuses d’entre elles ont survécu pendant des décennies. Avec un beau dilemme : accepter ou mourir de faim.

J’ai vu de mes yeux une Française dont les dents se déchaussaient et qui, n’ayant ni protection sociale ni subsides, n’a jamais pu se les faire soigner. Non, ce n’est pas du Victor Hugo, c’était en 2003 !

Je connais une femme qui a travaillé trente années à Istanbul mais dont seulement quinze années seront comptabilisées pour la retraite. Est-ce que cela se passait avant 1895, date à laquelle les employeurs français ont eu l’obligation de verser des cotisations pour l’assurance vieillesse de leurs employés ? Non, ces jours-ci !

 

beaute-orientale.jpg

 

Je ne parle pas ici des petites impertinentes qui s’avisent de peindre, composer de la musique, écrire, faire du théâtre ou s’adonner à toute autre forme de création. Cherchent-elles une salle pour exposer, une salle pour représenter leur création ? Ah bon ? Vous vivez ici ? Notre programme est plein. Nous n’accueillons que les artistes venus de France !

Aujourd’hui, je remarque que les jeunes Françaises débarquées à Istanbul ont pris le taureau par les cornes et n’hésitent pas à se lancer. Création d’entreprises, commerce, activités artistiques, nombreuses sont celles qui « réussissent » en Turquie et même de façon brillante. Elles changent les mots du dictionnaire.

« Bonnes pour l’Orient » ? Non ! Vous avez mal entendu, c’était « Bonnes, en Orient  » !

  

            Ce texte est constitué d'éléments empruntés au chapitre « Bonnes pour l’Orient » de mon récit autobiographique Trois décennies à Istanbul (Titre provisoire), dont la parution est prévue en 2013 pour le trentième anniversaire de mon installation en Turquie…

Repost 0
Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Articles, Essais, Commémorations
2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 13:26

Le quotidien turc Hürriyet du 1 janvier 2011 a publié un supplément auquel aucune femme ne peut rester insensible : un ensemble de photos et de textes destinés à attirer l’attention sur les discriminations ou les violences dont sont victimes certaines femmes en Turquie ou dans le reste du monde.

L’originalité de ce reportage a été, dans les photographies, d’échanger les rôles et de mettre des hommes là où on voit d’habitude des femmes. Au premier abord, on aurait envie de rire. Mais en réfléchissant, de pleurer...

Car beaucoup de ces photos sont tragiques. Je ne ferai aucun commentaire, elles sont assez parlantes, hélas !

Au nom de l'humanisme, au nom des femmes du monde entier et surtout au nom de celles qui n’ont pas eu l’opportunité de faire des études, de se marier selon leurs vœux, d’accéder à l’indépendance économique, de vivre dignement et librement, tout mon respect aux organisateurs, journalistes, photographes, modèles, qui ont réalisé ce supplément, en particulier Vuslat Doğan Sabancı, İskender Baydar, Şermin Terzi, Sebati Karakurt, Sedat Sungur…

photos Hürriyet 1 (2)

 

Tr Özet : 1 Ocak 2011, Hürriyet Gazetesi çok çarpıcı bir ek bize sundu: Zordur kadın olmak!

 Bu yazılardan ve fotoğraflardan çok etkilendim. Özelliği? Resimlerde, kadın yerine, erkek kullanıldı.

Yorum yazmayacağım, fotolar “konuşuyor” maalesef.

Ilk önce gülmek istedim, sonra, ağlamak...

Hümanizim adına, tüm kadınlar adına, bu ek yapanlara saygımı ve tebriklerimi iletmek istiyorum, özellikle Vuslat Doğan Sabancı, İskender Baydar, Şermin Terzi, Sebati Karakurt, Sedat Sungur…

 

photos-Hurriyet-2.jpg

 

photos-Hurriyet7.jpg


photos-Hurriyet8.jpg

 

photos Hürriyet 4

 

photos-Hurriyet-1.jpg

 

photos Hürriyet6 001

 

photos-Hurriyet-3.jpg

 

photos-Hurriyet10.jpg

 

photos-Hurriyet9-copie-1.jpg

Repost 0
Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Articles, Essais, Commémorations
31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 16:52

Que 2011 nous amène

La joie pour ceux qui sont dans la peine

Du pain pour ceux qui ont faim

De l’amour pour les orphelins

La fin de la misère

Et la paix sur la terre

 

Ange Noel (2)


Repost 0
Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Articles, Essais, Commémorations
22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 14:54

 

 

Pourquoi fête-t-on Noël le 25 décembre ?


Sol invictusAu IIIème siècle, l’empereur Aurélien décida de créer une fête qui permettrait d’harmoniser les coutumes de l’empire romain, très différentes selon les régions. Ce fut ainsi qu’il institua le 25 décembre, date du solstice d’hiver selon le calendrier Julien, la fête de Sol Invictus ou Soleil invaincu, jour de naissance du soleil ou Dies Natalis Solis. 

Après la christianisation de l’Empire romain, les Pères de l’Eglise, constatant que la majorité des populations continuaient Photo Internet                                        à commémorer le jour de Sol İnvictus prirent donc la décision  de fixer le 25 décembre le jour le la naissance du Christ. Dies Natalis devint “Natale” ou “Noël”…    
ange noel 2

 

Et qu’en-est-il du Jour de l’An  ?

Dans l’Antiquité, le calendrier romain fixait le Jour de l’An au mois de mars mais lorsque Jules César adopta le calendrier Julien, il déplaça la fête au 1er janvier, qui devint la fête de Janus, dieu à deux visages symbolisant le passé et l’avenir. Cependant, la date du Jour de l’An variait souvent en fonction des coutumes locales et il fallut attendre 1564 pour que Charles IX rende obligatoire le 1 janvier comme point de départ de la nouvelle année. Puis, en 1582, lorsque le pape Grégoire imposa le calendrier grégorien, la date du 1er janvier devint définitivement celle du Jour de l’An dans les pays occidentaux.  

     Ange Noel (2)

 

Le 31 décembre, 365ème jour du calendrier grégorien, porte aussi le nom de la Saint Sylvestre. Mais qui était donc Sylvestre ? Trente-troisième pape, il a vécu sous le règne de Constantin. La Légende dorée, de Jacques de Voragine, raconte que l’empereur Constantin, malade de la lèpre, fut miraculeusement guéri par le baptême que lui aurait administré Sylvestre en l’immergeant complètement dans un bassin, ce qui l’aurait convaincu de propager le christianisme dans l’Empire romain…

 

 061 001

 

Pourquoi s’embrasse-t-on en Europe sous le gui ?

     gui

 

Parce que, comme l’explique Pline le Jeune, les Celtes ramassaient sur les chênes avec une faucille d’or cette plante, qui, ne se fanant pas, symbolisait pour eux l’immortalité.

S’embrasser sous le gui équivaut donc à se souhaiter une longue vie…

En Provence, on considérait autrefois que les fêtes de Noel commençaient le 4 décembre, le jour de la Sainte Barbe pour se finir à l’Epiphanie, le 6 janvier.

 

cpa fait mainCarte postale de 1913 de fabrication artisanale

 

Je terminerai par ce dicton provençal :

« A l'an que ven ! Se sian pas mai, que siguen pas men ! »

« A l'an qui vient ! Si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins ! »

 

 noel1

Repost 0
Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Articles, Essais, Commémorations
20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 23:00

Tout en me prétendant peu superstitieuse, j’avais déjà été un peu incommodée par l’idée de prendre l’avion le samedi 13… Mon inquiétude redouble lorsque je lis le numéro du vol : 1813. Et c’est carrément la panique qui s’installe quand l‘hôtesse du comptoir m’annonce le numéro de la porte de ma salle d’embarquement : 213 ! Mais non, je suis un esprit fort, je ne me laisserai pas tourmenter par de stupides superstitions ! N’empêche… Une phrase résonne soudain dans ma tête :”Il ne faut pas négliger les signes.” C’est ce que me répète souvent une de mes amies, partisane du New Age. La partie rationnelle de mon cerveau  se moque de mes craintes :”Tu ne vas pas croire à ces idioties !” Mais la partie sensible n’arrête pas de lancer des signaux d’alerte. Et si c’était un signe ? Le signe que je dois renoncer, que je ne dois pas monter dans cet avion ? Mais enfin, nous sommes au début du XXIème siècle ! Il y a bien longtemps que les philosophes des Lumières nous ont convaincu de l’ineptie des croyances irrationnelles ! Oui, mais, la lutte continue dans mes pensées.

 

STP64571.JPG

L’avion a décollé, mon esprit en éveil guette tous les bruits pouvant être considérés comme anormaux. Le train d’atterrissage n’a-t-il pas eu des difficultés à se replier ? Le moteur n’est-il pas en train de forcer anormalement ? Je regarde les hôtesses. Elles paraissent souriantes et détendues. Elles qui connaissent tous les bruits de l’avion… Quand même… je ne peux m’empêcher de penser à des choses funèbres. Ai-je bien laissé mes affaires en ordre ? Embrassé suffisamment ceux que j’aime ? Je passe même en revue le détail de mes obsèques. Je me souviens tout à coup de l’histoire de quelqu’un qui n’avait pas cru aux signes, avait fait des pieds et des mains pour prendre un avion qui avait fini par s’écraser…

 

STP64575.JPG

Arrive le repas. Un gin tonic semble avoir eu raison de ma panique. Je regarde sereinement à travers le hublot la mer de nuages qui moutonnent. “Attention, me murmure la vilaine petite voix, l’avion n’a pas encore atterri à Nice.”

 

STP64572.JPG

L’avion finit par se poser. Quand il coupe ses moteurs, “ouf”, ce n’était pas pour cette fois... Quel voyage ! Et tout ça pour un petit chiffre !

Pourtant, je vous l’ai déjà dit, je ne suis pas superstitieuse ! Enfin, heureusement qu’on n’était pas un vendredi…

 

 

Site Gisèle Ecrivain français d’Istanbul link


Repost 0
Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Articles, Essais, Commémorations
21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 22:00

Famille saucisson

 

         La famille saucisson se situe, dans les méandres de la psychologie, entre la curiosité bienveillante et le préjugé tenace. Le jour où vous lui aviez annoncé que vous étiez tombée amoureuse d’un Turc, sa première réaction avait été de vous demander avec un regard affolé si vous aviez vu « Midnight Express.» Puis, lors du premier repas avec votre prétendant, elle lui avait généreusement garni l’assiette de saucisson et rempli le verre de Bordeaux pour espionner ses habitudes alimentaires. Ouf ! premier examen réussi, il avait mangé du cochon, on allait quand même pouvoir s’entendre ! De temps en temps quand même, Famille, qui avait dévoré « Jamais sans ma fille » et mélangeait un peu les pays, sombrait dans le doute : « Tu es sûre qu’il n’a pas déjà une ou deux femmes, tu es sûre qu’il ne va pas t’enfermer ? » Les années passant, Famille s’est muée en antenne de l’Agence France Presse. Elle suit avec passion le moindre fait divers de Turquie : « Oui, tu sais, cet homme qui a tué sa fille parce que... Comment, tu n’es pas au courant ? » Elle se pose aussi en spécialiste des Affaires d’Orient. Pas une réunion sans qu’elle ne vous explique par le menu les problèmes socio-économiques de la Turquie, la polémique du foulard et ne vous abreuve de conseils pour sortir le pays de l’ornière : « Vous devriez faire ceci, faire cela… » Car, oui, ce « Vous », c’est la Turquie toute entière, que vous représentez, désormais !

 

chromo.jpg

        Parfois, elle vient vous rendre visite à Istanbul. A l’aéroport, elle contemple avec suspicion votre manteau noir : « C’est l’influence du voile ? » Elle compte le nombre des filles à foulard dans la rue et vous lance des regards compatissants.

 

Ma-collection-alphabet-etiquette-VO-LE.jpg     

         Au restaurant, elle prend un air dégoûté devant votre verre de yoghourt battu dans de l’eau  et vous fait remarquer que si vous mangez des pâtisseries orientales,  vous allez devenir grasse comme une odalisque. Bref, son imaginaire est demeuré figé à « La Nuit du Sérail. »

 

Do-u-Guzeli--1906.-copie-1.jpg

        Lorsque la famille française arrive, vous invitez votre belle-famille turque. Vos nièces stambouliotes, brushées et manucurées de frais, vêtues de blouses à la dernière mode et juchées sur des talons de douze centimètres, arrivent tout en parlant sur Internet avec leur "Iphone". Ce qui vous vaudra, après leur départ, la question subsidiaire : « Elles sont toutes turques, ces jeunes filles ? » Le lendemain, vous proposez une promenade en ville. Destination inéluctable, le Grand Bazar : « Les choses modernes, ça ne nous intéresse pas, on veut du typique.» Le jour suivant, vous remontez le Bosphore en vapeur et mangez du poisson à Anadolu Kavak. Famille, qui, la veille, a sué dans d’âpres séances de marchandage pour acheter un bol en Küthaya, a désormais décidé d’en découdre et tente de faire baisser l’addition apportée par le garçon. Le soir, vous déambulez dans Istiklal Caddesi. Famille s’extasie sur les illuminations du Jour de l’An et la crèche de l’église Saint-Antoine. Elle s’en ira soulagée, pensant avoir enfin obtenu la réponse à la question qu’elle vous avait posée trois cent cinquante-deux fois : « Est-ce que les Turcs fêtent la Noël ? »

        Au moment du départ, Famille, épuisée, car elle n’a pas fermé l’œil à cause de l’appel à la prière, boit un dernier raki avec votre mari. Ce qui lui permettra, au retour, de dire fièrement à la voisine : « Notre gendre, il ne crache pas sur la bouteille ! » Et de pouvoir, d’un ton rassuré, prononcer la phrase magique :

        « Il est comme nous ! »

 

marins-constantinople.jpg

 

Famille loukoum

 

 

         La famille loukoum occupe une zone intermédiaire entre le dernier cercle de l’Enfer de Dante et le premier du Paradis. Elle vous aime, elle ne peut pas se passer de vous. Vous êtes son « sucre. » Déjà, à l’époque des fiançailles, lorsque vous débarquiez à minuit de votre charter pour venir passer un week-end en tête à tête avec votre beau Turc, vous la trouviez, fidèle au poste, qui vous avait attendu trois heures sans rechigner dans une voiture glacée et vous emmenait prestement pour vous asseoir jusqu’à l’aube sur son canapé de velours, un verre de thé à la main.

 

caleche

       

          Car une famille loukoum a l’art de vous accompagner. Elle vous téléphone la veille de votre départ en vacances, lorsque vous êtes en train de boucler les valises et que vous n’envisagiez pour la soirée qu’une douche bouillante et un paquet de cacahuètes, pour vous annoncer sa venue à 21 heures car elle va tellement languir de vous qu’il faut absolument qu’elle vous rende visite avant votre départ. A votre retour, elle a planté ses 20 membres dans le hall de l’aéroport pour vous accueillir et les entasse vaillamment dans trois voitures pour se presser de venir « faire médianoche » chez vous.

 

3-femmes.jpg

 

          Remarquons au passage qu’une famille loukoum ne dort pas. C’est du bon thé couleur « sang de lapin » qui coule dans ses veines. Personne n’a jamais sommeil. A deux heures, vous faites remarquer que les enfants vont à l’école le lendemain matin et qu’il n’est pas raisonnable de donner du thé au petit dernier mais Famille clame que les enfants ne sont pas fatigués puisqu’ils rentrent de vacances et que tous les rejetons du clan ont sans dommage « tété le thé » dans leur biberon.

        Famille n'a jamais renoncé à vous faire adopter les traditions locales. Elle vous appelle le samedi soir pour vous demander d’un ton réjoui : « Et si on prenait le petit déjeuner chez toi demain ? »

 

marchands-de-poisson.jpg

 

        Précisons que le vocable "petit déjeuner " n'a pas exactement le sens qu'on lui prête en France. Il faut comprendre " à partir du petit déjeuner".

        En arrivant, le lendemain, après avoir étalé ses 40 souliers dans votre corridor, elle vous questionne d’un ton inquiet : Vous ne seriez pas malade, vous avez l’air si fatiguée ? Puis, elle se précipite dans la cuisine pour soulever le couvercle des marmites et vous félicite chaleureusement d'avoir déjà prévu le repas du soir en vous demandant d’un air compatissant si vous avez confectionné tout cela toute seule. Comme il est mathématiquement impossible d’asseoir 20 personnes autour d’une table de douze, les jeunes prennent une assiette et s’installent sur les canapés devant un match. A table, les hommes parlent de football et les femmes de leurs belles-filles. Toujours fourbues, ces gelin, elles prennent leur travail comme prétexte pour ne rien faire à la maison ! Pas comme vous, vaillante de l’arrière-garde, qui avez su si bien vous mettre au fait des us et coutumes qu’on en oublie que vous êtes étrangère. Alors, on vous adresse le suprême des compliments :

         « Tu es comme nous. »

        Au moment de se séparer, à minuit, Famille vous invite pour une "journée", chez elle, cette fois. Car il ne faut jamais faillir à la devise qui orne le blason de la tribu :

         « Tous ensemble ! »

 


025444511693

 

Article publié dans le Journal La Passerelle sous le titre "Les deux familles de Giroflée Darouet"

 

Lien vers Amazon.fr link

Ataturquie.fr link

Editions GiTa  link

Ssite Gisèle, Ecrivain français d’Istanbul link

Repost 0
Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Articles, Essais, Commémorations
16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 22:00

  

DSC02001Photographie Aksel Koseoglu 

 

  Il pleuvait à verse ce jour d’août 1997, où, âgé seulement d'un mois et demi, j’étais tranquillement en train de téter ma mère. Soudain, un torrent d’eau furieuse envahit notre cachette et me fit partir à la dérive, m’arrachant définitivement à mon nid.

A demi noyé, j’échouai enfin sur le seuil d’un magasin où un homme sympathique me recueillit et me donna du lait à la petite cuillière. A vrai dire, il ne savait pas trop quoi faire de moi et demandait à chacun de ses clients s’ils ne voulaient pas m’adopter.

Sur ces entrefaites, ses neveux, deux garçonnets de six et neuf ans, vinrent par hasard lui rendre visite. Ce fut ainsi que je trouvai une famille. Et comme les enfants avaient appris à lire dans un manuel dont le héros se nommait “Pacha le chat”, ils me baptisèrent “Pacha”.

Il est vrai que ce prénom me convient parfaitement !

 

DSC00932

 

Photographie Aksel Koseoglu

 

Au fil des ans, mes petits maîtres avaient grandi et à force de les voir étudier, je m’avisai que je n’étais jamais allé à l’école ; pour combler ce vide culturel, je commençai à faire de leur bureau un de mes lieux favoris.

 

DSC01238Photographie Aksel Koseoglu 

 

Puis, d’année en année, les quatre humains de la maison passant leur temps à écrire ou composer de la musique, je fus saisi par leur maladie contagieuse. Il était temps pour moi de me lancer dans la création ! Je résolus donc de devenir chat écrivain.

  

STP63633-copie-1 

 

C'est pour cela qu'un jour, les rédacteurs du journal Nisantas-Tesvikiye me proposèrent d’écrire une rubrique appelée “Le balcon  de Pacha”.

    

paşa 001 

 

Ma réussite littéraire fit de moi le félin le plus célèbre du quartier de Nisantas. Je devins  même la mascotte de la maison d’édition.

 

DSC00528 

Photographie Aksel Koseoglu

 

Parfois, enivré par ma popularité, je vole de joie, prenant ma couverture pour un tapis volant.

 

DSC01264Photographie Aksel Koseoglu

 

Mes proches disent que le succès m’est monté à la tête. Il est vrai que mon titre de pacha ne me suffit plus et que je me verrais bien sultan. Pourquoi pas Pacha Premier de Nisantas ?

 

   DSC00425

 

 

  

 

Lien vers Amazon.fr link

Ataturquie.fr link

En Turquie, Editions GiTa  link

Lien vers le site Gisèle, Ecrivain français d’Istanbul link

Repost 0
Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Articles, Essais, Commémorations

Présentation

  • : Gisèle Durero-Koseoglu, écrivaine d’Istanbul
  • Gisèle Durero-Koseoglu, écrivaine d’Istanbul
  • : Bienvenue sur le blog de Gisèle, écrivaine vivant à Istanbul. Complément du site www.giseleistanbul.com, ce blog est destiné à faire partager, par des articles, reportages, extraits de romans ou autres types de textes, mon amour de la ville d’Istanbul, de la Turquie ou d'ailleurs...
  • Contact

Gisèle Durero-Koseoglu Blog 1

  • Gisèle Durero-Koseoglu Blog 2
  • La Trilogie d'Istanbul : Fenêtres d’Istanbul, Grimoire d’Istanbul, Secrets d’Istanbul. La Sultane Mahpéri, Mes Istamboulines, Janus Istanbul (avec Erol Köseoglu).
Contributions : Un roman turc de Claude Farrère, Le Jardin fermé, Un Drame à Constantinople...
  • La Trilogie d'Istanbul : Fenêtres d’Istanbul, Grimoire d’Istanbul, Secrets d’Istanbul. La Sultane Mahpéri, Mes Istamboulines, Janus Istanbul (avec Erol Köseoglu). Contributions : Un roman turc de Claude Farrère, Le Jardin fermé, Un Drame à Constantinople...

Livres de Gisèle Durero-Köseoglu

2003 : La Trilogie d’Istanbul I,  Fenêtres d’Istanbul.

2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

2012 : Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, livre et CD d’Erol Köseoglu.

2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

2015 : Parution février: Sultane Gurdju Soleil du Lion, Dynasties de Turquie médiévale II.

 

 

 

Recherche

Pages + Türkçe Sayfaları