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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 23:00

             Cet article est en ligne sur le Petit Journal d'Istanbul link

Je les adore.  Qui ? Me demanderez-vous. Les beaux messieurs et belles dames ottomanes, figés pour l’éternité sur les clichés de jadis !   

Car de célèbres photographes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle ont consacré des heures à les faire poser, à attendre patiemment que le cliché prenne, parfois, à les "coloriser", pour les rendre éternels... 

 8 - Copie 

Mais au fait, qui étaient donc ces artistes qui nous ont laissé de riches témoignages sur les dernières années de l’Empire ottoman ?

Dans la foulée des étrangers qui, comme James Robertson, ouvrirent les premiers studios de Beyoglu, les pionniers de la photographie ottomane furent généralement des minoritaires d’origine grecque ou arménienne, la représentation humaine étant prohibée dans l’Islam.

Le premier d’entre eux, Vasilaki, dit « Basile », Kargopoulo, s’installe en 1850, au numéro 311 de la Grande rue de Péra. Rapidement, il devient célèbre par ses vues d’Istanbul et ses portraits d’étrangers en costume turc. Devenu «  Photographe du sultan » Abdülhamid, il réalisera d’ailleurs une fameuse série de portraits de la famille impériale et des dignitaires de l’état.

 

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Portrait d’une belle jeune fille photographiée par Kargopoulo vers 1880

 

Ce fut ensuite Pascal Sebah qui ouvre, en 1857, dans la rue Postacilar, un studio nommé « El Chark ». Il démocratise la photo appelée « Carte de visite », collée sur un épais carton. En 1873, il participe à la réalisation du livre Les Costumes populaires de la Turquie, que Osman Hamdi Bey va présenter à l’Exposition de Vienne, puis, crée une succursale au Caire.

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         Tombe de Pascal Sebah à Şişli, Istanbul

 

  Lorsqu’après sa mort, son fils Jean s’associe avec le français Polycarpe Joaillier, le studio, qui a pris le nom de « Sebah & Joaillier », deviendra un des plus célèbres du monde oriental. Nommés « Photographes de la cour Royale de Prusse », Sebah & Joaillier  rachètent même, en 1899, l’atelier des Frères Abdullah. Ils travaillent pour plaire aux touristes, en réalisant des clichés illustrant souvent les fantasmes orientalistes de l’époque, en particulier des femmes en costume turc, qui serviront de base à une multitude de cartes postales ayant circulé en Europe à la fin du XIXe siècle.  

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Photographie de Sebah & Joaillier, en 1893

 

Quant aux frères Abdullah, Kevork, Vitchen et Hovsep, installés en 1858, la renommée de leurs photos, souvent considérées comme les plus vivantes de cette époque, ne cesse de croître, si bien qu’elles seront à l’honneur lors de la première Exposition Internationale turque, et aussi à Paris, pour l’Exposition de 1867, à laquelle se rend le sultan Abdülaziz.    abdullah-photo-2.jpg

  Photographie des Frères Abdullah vers 1880

 

Le titre glorieux de « Photographes du Sultan », orné du monogramme du souverain, est apposé à l’arrière de leurs « cartes de visite », qui représentent tous les personnages célèbres.

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    Dos d’une photo « Carte de visite » des frères Abdullah avant 1870, ils sont encore « Photographes du Sultan »

 

Mais en 1870, après la défaite des Ottomans contre les Russes, leur portrait du Grand Duc Nicolas suscite la colère du sultan, qui leur retire leur privilège, leur interdit d’utiliser sa « tugra » et ordonnera même de détruire dans l’atelier tous les portraits de la famille impériale. Ce châtiment va marquer la fin de la prospérité des Frères Abdullah qui, après une installation au Caire, se voient dans l’obligation, en 1899, de vendre leur studio à la firme Sebah & Joaillier.

C’est qu’un nouveau facteur est apparu, la concurrence. Par exemple, celle de Boğos Tarkulyan, connu sous le pseudonyme de « Phébus Efendi », qui, excellent peintre, est le premier à coloriser ses clichés, devient « Photographe du sultan » d’Abdülhamid II et immortalise les membres de la famille impériale. Il réalise aussi de nombreux portraits d’enfants avec des jouets, comme un cheval à bascule ou une bicyclette. Sa notoriété perdurera à l’époque de la République, lorsqu’il réalise de nombreux portraits d’Atatürk, en particulier celui figurant sur les premiers billets républicains.

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Photo d’enfant réalisée par Phébus vers 1890

 

 Ou de Nicolas Andriomenos, qui, après avoir été l’apprenti des Frères Abdullah, s’installe à Beyazit en 1860 et donne des cours au prince Vahdettin Efendi.

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Ou des trois Frères Gülmez, Artin, Yervant et Kirkor, qui s’établissent à côté du Théâtre Concordia, remportent la médaille de l’Exposition de Florence en 1887 et un prix à l’exposition de Chicago en 1893, avec leurs photos des petits métiers de la rue et leur album de vues panoramiques de la Corne d’Or, du Bosphore et de la Tour de Galata, avant que leur studio ne soit rebaptisé « Apollon ».

 

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    Photographie du studio Apollon vers 1905

 

Notons aussi qu’après 1860, les premiers musulmans à s’intéresser à la photographie sont les militaires, qui installent des ateliers dans certaines écoles de l’armée, par exemple dans celle de Harbiye.

Quant au plus grand collectionneur de la fin du XIXe siècle, il n’est autre que le sultan Abdülhamid II en personne, qui, passionné de photos, et voulant monter aux pays étrangers le modernisme des villes de l’Empire ottoman, fit réaliser entre 1880 et 1893, par tous les grands artistes de cette époque, environ 36000 clichés conservées dans les huit cents albums de la célèbre « Collection de Yildiz », dont certains, reliés en cuir rouge, furent envoyés en 1893 à la bibliothèque du Congrès, à Washington.

 

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Carte postale représentant les princes impériaux en 1900, d'après un cliché de Bogos Tarkulyan  

 

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Carte postale du Cheval du Sultan, réalisée d’après un cliché des Frères Abdullah

   

Tous les passionnés de vieilles photos, précieux documents aux appellations obsolètes comme « papier salé », « tirage albuminé », « photogravure », « cartes de visite », « photochrome », « photo cabinet », pourront consulter avec plaisir les merveilleux livres de Bahattin Öztuncay (en anglais), en particulier, Les Photographes de Dersaadet, ceux de Engin Özendes, consacrés aux Frères Abdullah ou à Sebah &Joaillier. Ou celui de Catherine Pinguet, Istanbul, photographes et sultans 1840-1900, qui vient de paraître en France, illustré par les photographies inédites de la collection de Pierre de Gigord. Sans oublier de se rendre au Musée de Péra, où se déroule jusqu’en avril une exposition appelée « De Constantinople à Istanbul ».

Car les anciennes photographies,  sésames pour voyager dans  une époque révolue, ne  nous ouvrent-elles pas aussi la porte du rêve ?

Cet article est aujourd'hui en lien sur le Petit Journal d'Istanbul : link

Merci au Petit Journal

 

Phebus 2

 

Lisez la pièce de théâtre musical JANUS ISTANBUL, de Gisèle Durero-Köseoglu,

 le livre que vous pouvez lire en écoutant la musique !

JANUS ISTANBUL, livre avec CD :  musique et interprétation des chansons, Erol Köseoglu.

Sortie de la version en turc en mai 2012

Janus Istanbul

 

 

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle Arméniens Histoire de la Turquie
15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 16:40

Oyez ! Oyez ! 

Le catalogue 2012 de l’Agence de voyages TurquieVision, spécialiste des voyages en Turquie, est paru.

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        Non seulement, vous pourrez y découvrir un nombre incalculable de voyages organisés ou séjours individuels en Turquie, mais vous pourrez aussi y lire une multitude d’articles destinés à faire découvrir ce beau pays à ceux qui ne le connaissaient pas… ou le connaissent si bien qu’ils n’ont qu’une hâte, y revenir le plus souvent possible !

Parmi ces articles, celui de votre humble servante :

Le voyage à Istanbul, un must d’hier et d’aujourd’hui !

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Image (9)Si vous souhaitez feuilleter le catalogue en ligne, et aussi lire mon article, p.62 et 63, cliquez sur ce lien :

http://asp.zone-secure.net/v2/index.jsp?id=1843%2F2355%2F19225&startPage=10

Sachez aussi que l’Agence Turquievision offre en cadeau à tous ceux et celles qui voyagent par ses services le livre de Marc Hélys, Le Jardin fermé, réédité par Aksel Köseoglu aux Editions Gita d’Istanbul en octobre 2011.

 Bonne lecture !!!  Et bon voyage !!!

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle Histoire de la Turquie
24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 23:00

         Je vous invite à un petit voyage dans le temps, à la découverte de l'Istanbul de la fin du XIXe et du début du XXe siècles. 

        Un voyageur de 1900, quant à lui, s'y retrouverait-il ?

 

 

  L'entrée du Bosphore

 

 La Pointe du Sérail photographiée par Monsieur Israelowitz il y a cent six ans...

 

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Le Pont de Galata

 

 

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Le Pont de Galata photographié par Fruchtermann 

 

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  La Corne d'Or

 

 

 

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  Le bâtiment de la Marine a peu changé mais le panorama...

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Les Eaux-Douces d'Europe

 

 

         Aux Eaux-Douces d'Europe, on allait se promener en caïque... C'était le lieu de rendez-vous des dames ottomanes, l'endroit à la mode pour voir et être vues des messieurs...

 

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         On pouvait y apercevoir le sultan venu prendre le frais dans son kiosque de repos impérial.

 

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         Plus de pont, l'île a des allures bien dépitées et le Kiosque impérial des Eaux-Douces d'Europe a été rasé dans les années 1970....   

 

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Les Eaux-Douces d'Asie

 

 

      michel pacha 003            Je sais que les Eaux Douces d’Asie sont une petite rivière où se donnent rendez-vous, les vendredis d’été, tous les caïques élégants du Bosphore. Je n’ai pas encore eu le loisir de voir ce défilé. .. Le caïque de Mehmed pacha est un superbe calque à trois paires de rames, long d’une douzaine de mètres, large juste assez pour qu’on puisse s’y asseoir à deux ; — une sorte de grande pirogue, merveilleusement effilée, toute en bois verni, avec sculptures et dorures, écrit Claude Farrère.

 

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L'entrée de la Mer Noire

 

 

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle Istanbul Histoire de la Turquie
23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 22:00

Un des lieux antiques que je préfère est le prestigieux sanctuaire d’Apollon à Didymes  car avec un peu d’imagination, on peut encore y ressentir les marques de la spiritualité dont il fut le gardien des siècles durant.

 

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Le mot « didymes » viendrait du grec « jumeau » car Apollon, dieu du soleil, était le jumeau d’Artémis, déesse de la lune ; une Voie sacrée partait du Delphinios de Milet,  pour arriver jusqu'à Didymes.

 

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Il ne subsiste aujourd’hui que les piédestaux de ses 120 colonnes ioniques...

 

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mais la forêt de ruines permet d’imaginer ce que fut la splendeur antique.

 

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  Ce temple est un des plus anciens lieux de culte consacrés à Apollon et un des  plus grands bâtiments antiques conservés jusqu’à nos jours ; élevé à partir du VIIe siècle Av. J-C et sans cesse remanié jusqu’au VIe siècle,  il faillit être classé parmi les Sept Merveilles du monde, mais jamais terminé faute de moyens, il ne put accéder à ce titre.

 

STP66060.JPGLe tunnel permettant de passer du pronaos au naos

   

Il constitua cependant dans l’Antiquité, avec celui de Delphes, un des plus importants sanctuaires oraculaires du dieu Apollon.


juin-2011-0205.JPG Le naos

 

On y venait de loin pour apporter les offrandes permettant de consulter l’oracle de la Pythie, si célèbre qu’Alexandre le Grand en personne vint s’y faire prédire l’avenir.

 

STP66066La fosse de la Pythie dans le naos

 

Une tête de Méduse.

 

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Méduse était une belle jeune fille dont Poséidon tomba amoureux. Il la séduisit dans le temple d’Athéna, si bien que, folle de jalousie, la déesse métamorphosa Méduse en Gorgone, la tête recouverte de serpents et le regard changeant en pierre tous ceux qui le croiseraient.

La colère d’Athéna ne connaissant aucun répit, elle aida le héros Persée à décapiter Méduse. Du sang de la jeune fille naquirent le cheval ailé Pégase et le géant Chrysaor.

 

 

Si certains ne voient dans ce temple que des vestiges de l’Antiquité, d’autres, rien que des « tas de cailloux », personnellement, je considère cette maison d’Apollon comme un haut lieu de mysticisme et il m’aurait bien plu de boire l’eau de la source sacrée tout en cueillant des bouquets de laurier…

Car Apollon n’est-il pas le dieu de la poésie et de la musique ?

 

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  Photographies de cet article : Taceddin Köseoğlu

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Lieux aimés Histoire de la Turquie Grèce
12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 23:41

Samedi 12 mars s’est tenu, au Café Cezayir, à Beyoğlu, un très intéressant café littéraire consacré à quelques écrivaines ottomanes francophones de la fin du XIXème et du XXème siècles.

Ce café, organisé par Kaan Yazıcıoğlu, en partenariat avec l’Université de Galatasaray, l’Institut français et le Café Cezayir, était animé par Seza Yılancıoğlu, Maître de conférences à l’Université de Galatasaray.

 Je ferai ici un bref compte-rendu de ce que Seza Yılancıoğlu nous a dit sur ces femmes dont plusieurs avaient choisi le français ou la culture française comme  vecteur de leur émancipation.

 

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  Café Cezayir, Beyoğlu, Galatasaray

 

Tout d’abord, Madame Yılancıoğlu a rappelé que la situation de la francophonie en Turquie n’est pas à confondre avec celle d’autres pays francophones dans la mesure où  le français n’est pas une langue imposée par une colonisation ; ce sont les Ottomans qui choisissent volontairement le modèle français symbolisant alors le monde moderne et la liberté.

 

STP65117.JPG  Monsieur Kaan Yazıcıoğlu et Madame Seza Yılancıoğlu

 

Si de nombreux échanges culturels avaient été réalisés à partir du Tanzimat entre la France et l’Empire ottoman, c’est dans la seconde partie du XIXème siècle, après la Guerre de Crimée (1853-1856)  que les relations s’intensifient, avec la création en 1868 du lycée impérial Mekteb-i Sultani ( qui deviendra, en 1924, Lycée de Galatasaray) , destiné à assurer à des jeunes de toutes origines une éducation de haut niveau, avec un programme de cours calqué sur les lycées français. De plus, à partir de 1888, de nombreuses écoles francophones tenues par des Frères et des Sœurs sont crées pour dispenser un enseignement en français. 

 

STP65115.JPG Madame Seza Yılancıoğlu

 

La diffusion de la culture et de la littérature française va donc entraîner l’apparition d’intellectuels francophones, férus de littérature française, dont plusieurs, d’ailleurs, vont écrire sur la condition des femmes ottomanes. Et aussi de femmes écrivaines, pionnières dans un univers où la gent féminine est encore cantonnée à la vie domestique ; elles vont revendiquer le droit à l’éducation, remettre en question le mariage polygame et tenter de concilier le modèle occidental avec leur culture orientale.

JOURNAL-OTTOMAN.jpgPhoto d'une revue féminine ottomane

 Fatma Aliye, (1862.1936), première romancière ottomane

 Fille d’Ahmet Cevdet Pacha, elle reçoit dès son plus jeune âge, grâce à son père, une éducation soignée.  Polyglotte, passionnée de littérature française, elle commence sa carrière littéraire en traduisant Les Sept Péchés Capitaux d’Eugène Sue, en 1897, et Volonté, de Georges Ohnet, en 1890.  Elle signe ses traductions du pseudonyme « Une femme ». En 1892, elle ose publier sous son propre nom le roman Muhadarat et en 1899, Udi, fortement influencé par l’œuvre de George Sand Indiana, où elle raconte le mariage malheureux d’une femme nommée Rabia.

fatmaaliye Fatma Aliye

 

         Fatma Aliye est aussi célèbre pour avoir fondé Le Journal des Femmes (Kadınlara Mahsus Gazete), qui s’est fait l’écho, entre 1895 et 1908, du désir d’émancipation et des revendications des femmes turques.

  Fatma Aliye 2

  Şair Nigar (1856.1918), poétesse ottomane

 Fille de Osman Pacha, pensionnaire chez Madame Garaud, où elle apprend le français, le grec et l’allemand (elle parle un peu aussi l’arménien, l’italien, le persan, l’arabe et le hongrois !), très cultivée, passionnée de littérature française, poétesse dès l’enfance, elle voit son univers s’effondrer le jour de sa treizième année où on la marie à un jeune homme inconnu, qui lui fera subir plus tard ses infidélités. Alors, pour se consoler, Nigar lit les poèmes des auteurs français exprimant leur « mal du siècle », -elle traduira en ottoman le fameux « Rappelle-toi », de Musset-, et surtout, écrit pour confier à la feuille blanche sa mélancolie. Elle publiera ainsi deux grands recueils des Plaintes (Efsus  et Efsus II), à forte teneur autobiographique, qu’elle ose d’abord signer de son propre nom puis qu'elle publiera ensuite sous le pseudonyme de « Cœur mis à nu ».

nigar    La poétesse Nigar         

 

            Son exceptionnel courage lui permettra de rompre son mariage malheureux et de s’installer seule. Elle tiendra salon tous les mardis à Nişantaşı et y recevra une partie des intellectuels de l’époque pour parler de littérature en français. Une de ses caractéristiques est d’avoir voulu s’inspirer de la culture française mais sans renoncer à son identité turque.

Nigar 2

Latife Hanım (1898.1975), épouse d’Atatürk de 1923 à 1925

Cultivée, polyglotte, ayant étudié le droit à la Sorbonne, elle incarne à son époque la femme turque moderne. Il est certain qu’elle a exercé, en tant que juriste et par ses idées féministes,  une forte influence sur le fondateur de la République turque, dont un des premiers actes politiques a été de donner des droits aux femmes turques.

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Halide Edip Adıvar (1884.1964), célèbre romancière turque. 

Elle se fait connaître en participant à la Guerre d’Indépendance aux côtés de Mustafa Kemal, futur Atatürk. Elle est l’auteur de vingt et un romans, de quatre recueils de nouvelles, de deux pièces de théâtre et de nombreux autres écrits publiés dans des journaux, qu’elle fait éditer sous son vrai nom.

 

Halide-Edip-Ad-var-2.jpg 

                

              Quand les Anglais occupent Istanbul en mars 1920, elle est avec Mustapha Kemal sur la liste des condamnés à mort par contumace. Elle racontera ses souvenirs de la Guerre d’Indépendance dans ses premiers romans, comme La chemise de feu (1922) ou Douleur au cœur  (1924).

Halide edip 1

Mais après la Guerre d’Indépendance, sa mésentente avec Atatürk la fera s’exiler quatre ans en Angleterre puis dix ans en France. En 1936, elle publie en anglais son plus célèbre roman, Rue de l’épicerie aux mouches. Après son retour en Turquie en 1939, elle travaillera dans le département d’anglais de l’Université d’Istanbul et racontera ses souvenirs dans le livre  La Maison aux glycines. Avocate des droits de la femme, Halide Edip Adivar est la plus célèbre des intellectuelles turques de cette période.

 Sıdıka Külür (1910.1986), romancière turque écrivant en français.

Sa biographie est peu connue mais elle a publié, en 1968, Les Amoureux du Bosphore, roman  autobiographique contenant de nombreuses de références à la littérature française et racontant une histoire d’amour contrarié. Son récit offre une intéressante vision des problèmes des femmes dans les années cinquante.

 

Certaines de ces écrivaines n’ont été redécouvertes que dans les années 1980, grâce à leurs descendant(e)s qui ont fait rééditer leurs livres.

Merci à Madame Seza Yılancıoğlu pour avoir redonné la parole à ces femmes parfois un peu oubliées dont les œuvres constituent un témoignage précieux sur l’évolution de la condition féminine en Turquie.

  STP65118.JPGVitraux du Café Cezayir

POUR İNFORMATİONS SUR MES LİVRES, VOİR MON SİTE : link

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle Histoire de la Turquie
26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 19:16

Pour informations sur mes livres, voir mon site : link

 

Lorsque j’étais enfant, une de mes distractions favorites, quand nous partions nous promener en voiture, était de  regarder les maisons.

A cette époque, la ville de Cannes comportait encore un nombre impressionnant de manoirs et châteaux entourés de jardins, que je détaillais avec passion car ils incarnaient les témoignages concrets des époques révolues dont l’histoire me passionnait déjà. Hélas, à partir des années 1970, à cause de l’avidité de certains, les maisons de légende ont disparu une à une, les arbres centenaires ont été coupés  pour édifier de hideux immeubles qui ne feront plus jamais rêver personne.

Il en fut de même à Istanbul où le vingtième siècle, au nom du profit,  a joué le funeste fossoyeur des merveilles du passé.

 

vue de Nişantas

Ancienne vue de Nişantaşı, 1900

 

Comment imaginer aujourd’hui que les collines de Nişantaşı et de Teşvikiye étaient couvertes de palais et de manoirs ?

 

 

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Carte réalisée en 1924 par Jacques Pervititch et représentant les demeures de Ferikoy et Nişantaşı

 

k_MeReK_sureyyapasa1.jpgKonak de Süreyya Pacha, Photo du site Wowturkey

 

Rappelons brièvement que lorsque le sultan Abdülmecit quitte Topkapı pour s’installer au palais de Dolmabahçe, les dignitaires du palais commencent à édifier des "konak" à Nişantaşı pour se rapprocher du sultan. De plus, en octroyant aux étrangers, à l’époque du Tanzimat, le droit de s’installer dans le quartier, le padischah donne naissance à Teşvikiye et en symbolise la création par la pose des deux pierres, que l’on peut encore voir aujourd’hui devant le poste de police et au carrefour de Teşvikiye Caddesi et de Valikonağı. La popularité des quartiers de Nişantaşı et de Teşvikiye augmentera encore avec l’installation d’Abdülhamid à Yıldız. C’est pour cela que jusqu’aux années trente, ils demeureront célèbres pour leurs luxueux “konak” de bois.

Comme un enquêteur, je me suis lancée sur la piste de ces demeures. Et j’ai eu la chance de trouver sur le site Wowturkey d’anciennes photographies de ces merveilles qui ont fait jadis la gloire de notre quartier.

 

Quels étaient donc les plus célèbres de ces "konak" ?

           Deux d’entre eux méritent une attention particulière car ce sont les seuls qui ont résisté aux ravages du temps et subsistent aujourd’hui.

 

  Le palais du ministre Sait Pacha ( Sadrazam Sait Paşa Konağı)

 

  Il fut édifié au XIXème siècle par Sait Pacha, qui fut durant de longues années un des plus importants ministres du sultan Abdülhamit II. Renommé pour son intelligence fine et son amour de l’intrigue, Sait Pacha est aussi célèbre pour avoir fait édifier sur la place d’Izmir la tour de l’horloge, dont l'horloge  a été offerte à Abdülhamit pour les 25 ans de son règne par l’empereur allemand Guillaume II et pour avoir soumis au sultan un projet de pont sur le Bosphore imaginé par un architecte italien.

 

 

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Le konak de Sait Paşa aujourd'hui ( Sait Paşa Konağı), devenu Académie de mode d'Istanbul

( Istanbul Moda Akademisi)

 

 

Ayşe Osmanoglu, une des filles d’Abdülhamid, précise dans ses souvenirs, Mon père le sultan Abdülhamid, que Sait Pacha était si cultivé que le sultan le surnommait « la bibliothèque ambulante ». Par contre, son avarice était telle, en dépit de la fabuleuse rente mensuelle versée par le sultan, qu’il n’hésitait pas à se présenter au palais dans des habits sales et élimés et emportait volontiers les vieux habits des petites sultanes pour vêtir ses propres filles. Son épouse ne put jamais porter la couronne de brillants offerte par Abdülhamid parce que Sait Pacha l’avait enfermée dans un coffre-fort !

Détruit par un incendie en 1988 puis somptueusement restauré, le konak de Sait Pacha abrite aujourd’hui l’Académie de mode d’Istanbul (Istanbul Moda Akademisi).

 

Le konak du Pacha Echref ( Eşref Paşa Konağı)

 

          Le konak du Pacha Echref (1820-1907), fut construit par Echref Pacha, célèbre pour avoir été maire d’Izmir jusqu’en 1907 et y avoir fait édifier l’hôpital de lutte contre la peste qui porte encore son nom. Restauré en 1995, le konak renferme aujourd’hui  la plus importante salle de vente aux enchères de la ville, Antik Palace.

 

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                   Le konak de Echref Pacha aujourd'hui, devenu Antik Palace. 

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Le Pacha Echref

 

Et puis il ya tous les autres, ceux qui ont disparu et dont ne subsistent que les photos décolorées et les fantômes…

 

 

 

Le palais de la Sultane Valide ( Valide Sarayı ou Maçka Sarayı)

 

 

Il fut édifié en 1850 pour la sultane Perestu, (son poétique prénom signifait en persan « l’hirondelle »), mère adoptive du sultan Abdülhamid II. Comme le jeune homme, qui avait perdu Tirimujgan, sa mère biologique, à dix ans, aimait beaucoup Perestu, elle devint Sultane Valide lors de l’accession au trône d’Abdülhamitd en 1876. D’après Ayşe Osmanoglu, Perestu était une Circassienne d’une exceptionnelle beauté, appréciée de tout le palais pour sa douceur et sa gentillesse. Elle aima d’autant plus Abdülhamid qu’elle n’avait pas pu avoir d’enfant. Ses tenues sont demeurées célèbres : elle portait souvent une robe constituée de quatre jupes superposées, une toque de dentelle blanche ornée de broches en émeraude et des souliers de daim blanc.

 

Valide Sarayı

 

Le palais de la Sultane Valide, photo du site Wowturkey

 

 

Elle aimait beaucoup son palais de Maçka, construit à l’origine par le sultan Abdülaziz mais ne pouvait s’y rendre autant qu’elle le souhaitait car Abdülhamid exigeait qu’elle reste tout le temps après de lui. Elle parvenait parfois à s’y rendre en cachette le vendredi après la cérémonie du Selamlık mais dès que le sultan se rendait compte de son absence, il envoyait une calèche pour la ramener. Le jour où elle sentait que la mort approchait, Perestu s’échappa car elle voulait mourir à Maçka. Ce palais qu’elle aimait tant fut détruit en 1920.

 

Le manoir du prince héritier Mehmet Selim Efendi ( Şehzade Mehmet Selim Efendi Konaği), fils ainé du sultan Abdülhamit II.

 

Il se trouvait au croisement de Teşvikiye Caddesi et Hüsrev Gerede, à l’emplacement où fut édifié ensuite Narmanlı Apartimanı. Je n’en ai pas trouvé de photo mais les témoignages de l’époque disent que c’était un somptueux palais.

 

Şehzade Mehmet Selim Efendi

 

    Mehmet Selim Efendi était le second enfant et le premier fils d’Abdülhamid. Né en 1870 à Dolmabahçe, il a donné au sultan Abdülhamid son premier petit-enfant en 1888, Nemika Sultan. Après la chute de l’empire, Mehmet Selim Efendi a vécu en exil à Bayrouth puis été enterré à Damas dans le jardin de la mosquée du Sultan Selim, où reposent de nombreux membres de la dynastie ottomane morts après 1923.

 

Le palais de la sultane Şadiye ou Palais de Nişantaşı (Nişantaşı Sarayı)

 

             Il a été construit en 1878 et donné plus tard en cadeau à Şadiye Sultan, neuvième enfant et cinquième fille d’Abdülhamid, née en 1886 de la sultane Emsalinur, au palais de Yıldiz. Partie en exil à Salonique avec son père, Şadiye obtient en 1910 l’autorisation de retourner à Istanbul pour se marier avec Ahmet Fahir Bey. Elle s’installe dans son palais de Nişantaşı qu’elle décore à son goût et y retrouve un train de vie princier. Elle y reçoit tous les lundis et passe son temps libre à jouer du piano. L’été, elle se rend dans son manoir de Erenkoy.

 

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Palais de la sultane Şadiye photo Wowturkey

 

Devenue veuve, elle se remarie avec un diplomate, Reşat Halis Bey et vit à l’étranger, en particulier à Paris. En 1963, la revue Hayat lui propose de réaliser un reportage sur son passé. Ce sera le matériau d’un livre intitulé La vie au harem sous le règne d’Abdülhamid. (II.Abdülhamid Devrnde Harem Hayatı) Quant au merveilleux palais de Nişantaşi, il fut détruit en 1920, deux ans après la mort d’Abdülhamid.

 

Sadiye-Sultan--2-.jpgLa sultane Şadiye

 

Le palais de Ahmed Reşid Pacha (Ahmed Reşid Bey Konagı)

 

Ce palais, édifié en 1869 et détruit en 1939, fut la demeure de Ahmet Reşit Rey (1870-1956), haut fonctionnaire ottoman, père du compositeur Cemal Reşit Rey. Ahmed Reşid Pacha fut pendant quatorze ans le secrétaire d’Abdülhamid II et a aussi occupé de hautes fonctions dans plusieurs pays étrangers, jusqu’à sa démission au Traité de Sèvres, date après laquelle il abandonne la politique et se consacre à la littérature en exerçant le métier de professeur au Lycée de Galatasaray. Ahmed Reşid Pacha est l’auteur de nombreuses études littéraires, en particulier sur la littérature française et il a publié plusieurs œuvres littéraires sous le pseudonyme de Nazım.

 

Ahmed-re-it-bey-konag-.jpgPalais de Ahmed Reşid Pacha, photo Wowturkey

 

Le palais du Pacha Reşid Mümtaz (Reşid Mümtaz Paşa Konağı)

 

Edifié en 1860, il fut construit pour le pacha Reşid Mümtaz, ministre des Affaires intérieures sous Abdülhamid II puis maire d’Istanbul entre 1906 et 1908. Ce fut un incendie qui, en 1940, fit disparaître ce somptueux édifice, qui avait abrité, dans les années 1930, le lycée de Şişli terakki.

 

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Palais du Pacha Reşid Mümtaz, photo Wowturkey

 

Le palais du Pacha Halil Rıfat Paşa (H alil Rıfat Paşa konağı)

 

             Le Pacha Halil Rıfat (1827-1901) est un haut fonctionnaire ottoman, qui après avoir occupé la fonction de préfet de Sivas et d’Izmir devint pendant six ans ministre du sultan Abdülhamid II. Il est connu pour avoir fait tracer des centaines de kilomètres de routes. Son merveilleux palais, édifié en 1895, abrita dans les années 1930 le lycée de Şişli Terakki,

avant d’être détruit en une seule nuit en 1944.

 

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Konak de Pacha Halil Rıfat, photo Wowturkey

 

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Pacha Halil Rıfat

 

 

Penser que toutes ces demeures de légende ont disparu procure une effroyable nostalgie.

Orhan Pamuk l’appelle, dans Istanbul, Souvenir et Ville, « la tristesse des palais de pachas qu’on détruit… »

 

 

 

 

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle Histoire de la Turquie nisantasi Orhan Pamuk
29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 22:00

 

Je dédie cet article à Nina de Couleurs d’Istanbul, née le même jour que Mevlânâ et à Nat du Bretzel au Simit, passionnée par les derviches tourneurs…

 

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Carte postale Keskin Color, 1980

      

      Je n’oublierai jamais la première fois où je me rendis à Konya, au début de mon installation en Turquie. A cette époque, je ne savais presque rien de Mevlânâ, sauf qu’il était le fondateur de l’ordre des Derviches Tourneurs. Mais lorsque je fus entrée dans le mausolée, j’ai été si impressionnée par l’atmosphère qui s’en dégageait que j’ai tout de suite éprouvé le besoin de mieux connaître ce poète et philosophe.

 

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      Je me suis alors plongée dans la lecture  du Mesnevi et du Divan-ı Kebir et depuis, je n’ai jamais cessé de les lire.

 

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  Carte postale Keskin Color, Istanbul, 1980

 

      Si on me demandait ce que la lecture de Mevlânâ a apporté à ma vie, la première réponse serait : il m’a émerveillé par sa tolérance. Au XIIIe siècle où, dans le reste du monde, on se battait souvent au nom de la religion, il n’hésite pas à prêcher l’amour et le respect de l’autre, quel qu’il soit. D’ailleurs, sa citation la plus célèbre, que l’on trouve reproduite dans une infinité de livres n’est-elle pas : « Viens, viens, viens ! Qui que tu sois, viens ! Que tu sois infidèle, idolâtre, païen, viens ! Notre confrérie n’est pas la confrérie du désespoir. Même si tu as renié cent fois ta parole, viens quand même… »

   

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    Photo de 1903

 

      Je pourrais aussi ajouter que c’est grâce à lui que j’ai écrit un roman historique sur les Seldjoukides d’Anatolie. Car lorsque j’eus découvert la personnalité de Mevlânâ, j’ai appris aussi que son père, le Sultan des Savants Behaeddin Veled, était arrivé à Konya sous le règne d’Alaeddin Keykubad, ce qui m’a conduite à m’intéresser aussi à ce souverain et à son épouse. Le sujet m’a tellement passionnée que je lui ai alors consacré huit ans de ma vie pour pouvoir écrire mon roman La Sultane Mahpéri, (Editions GiTa Yayinlari, 2004). Pendant toutes les années de l’écriture de ce livre, je peux dire que j’ai vécu nuit et jour mentalement en compagnie de Behaeddin Veled, de  Mevlânâ, d’Alaeddin Keykubad et de la sultane Mahpéri. Leur présence dans ma vie était si forte que je me souviens d’avoir fait un lapsus assez comique un jour en disant à mon époux : « Nous sommes invités à dîner demain soir chez Alaeddin Keykubad » !

 

 derviches

      Aujourd’hui, parmi les démonstrations qui me font le plus rêver se trouve toujours le « Sema », la cérémonie de danse sacrée des Derviches Tourneurs, à laquelle je suis souvent allée assister.  La magie des vastes robes blanches appelées « tennure », symbolisant la pureté et le linceul et tournant comme des ailes d’oiseaux, la plainte mélancolique du ney ne cessent de m’envoûter. 

 

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   Carte postale de 1903

 

       Je finirai en vous faisant partager un petit récit tiré de mon roman La Sultane Mahpéri ( Lien vers le roman sur Amazon.fr link  

  Alaeddin lui emboîta le pas, ils s´éloignèrent du palais et prirent dans l´obscurité la route du moulin à eau placé au bord de la rivière.

 La roue à aube dressait sa silhouette ronde dans la clarté de la pleine lune. Le Sultan crut discerner une forme dans le bassin. Avançant de quelques pas, quelle ne fut pas sa surprise de découvrir Mevlânâ, assis jusqu´aux épaules dans l´eau glaciale, la tête arrosée en cadence par l´eau que déversaient les palettes.

— Voilà deux jours que notre Maître se mortifie de la sorte. O mon Sultan, intervenez, la maigreur de notre Cheikh ne lui permettra pas de survivre longtemps à l´épreuve qu´il s´est imposé !

— Saint Pôle,  s’écria le Sultan, en cette saison, l´eau froide est dangereuse et votre corps est excessivement délicat et maigre.

— Tout cela est vrai pour les hommes froids, cria-t-il en surgissant hors de l´eau.

Secouant sa robe mouillée, il se mit à frapper du pied en cadence, puis, tendant sa main droite vers le ciel, il commença à tourner sur lui-même, effectuant une sorte de danse giratoire.

Stupéfait, le Sultan contemplait le Saint virevoltant, sa jupe blanche s´envolant peu à peu en décrivant de larges cercles. Il se sentait si proche de Mevlânâ qu´il sentait son coeur s´épanouir. Alors, le Cheikh  s´immobilisa.

— Sultan Alaeddin, « lorsque la lumière divine entre dans le cœur, celui-ci s´ouvre et s’élargit, et le signe en est qu´il s´éloigne du monde et penche vers la vie future. Il prépare ses bagages pour le voyage avant que la mort ne survienne, il divorce d´avec le monde avant que celui-ci ne divorce d´avec lui. »[1] Article paru en turc dans le Journal HT Hayat 

 La Sultane Mahpéri

 Ancienne édition du roman

 

 

 

 

 

Lien vers La Sultane Mahpéri sur Amazon.fr link

Ataturquie.fr link

En Turquie, Editions GiTa  link

Lien vers le site Gisèle, Ecrivain français d’Istanbul link
 

 

 

[1] D’ après Aflâkî

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Livres de Gisèle Durero-Köseoglu

2003 : La Trilogie d’Istanbul I,  Fenêtres d’Istanbul.

2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

2012 : Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, livre et CD d’Erol Köseoglu.

2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

2015 : Parution février: Sultane Gurdju Soleil du Lion, Dynasties de Turquie médiévale II.

 

 

 

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