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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 21:23

Hier, premier jour de décembre, bonne surprise : la presse turque a commencé à parler de İstanbulin, version turque de Mes Istamboulines.

 

 

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istanbulin                                                                                                                                                                                                                                      En début d’après-midi, je devais rencontrer un journaliste ; j’avais donc choisi  pour le rendez-vous la maison de Pierre Loti, non pas celle de la Corne d’Or, où se trouve le célèbre café mais celle, moins connue, de Çemberlitaş.                                                            

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Il faisait si doux... Ne se serait-on pas cru encore dans l’été indien ?

Quand l’entretien fut terminé, je décidai de musarder un peu, en quête de l’inattendu, qui à Istanbul, ne manque jamais d’apparaître… La poésie naît au hasard de chaque coin de rue.

 

Assez de chapelets pour des milliers de prières…

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Une envolée de fleurs sur la tôle…

 

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Le jardinage des pauvres, des récipients de yaourt reconvertis en pots de fleurs…

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Dans les venelles de la vieille ville, le soleil a donné des idées de lessive…

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Et à la nuit tombée, la flûte venue du bout du monde ensorcelle la rue…

 

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle
26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 23:00

 

Tamaris, le petit Bosphore de Michel Pacha...(1)

 

 

Marius Michel, capitaine au long cours sur les paquebots-poste reliant Marseille au Proche-Orient, est nommé à trente-six ans Directeur des Phares et Balises de l’Empire ottoman. Sa mission : parsemer de phares les rives de la Mer Noire, de la Marmara, de la Méditerranée et de l’Egée puis construire plus tard le port de Galata. La fortune colossale qu’il édifie à Istanbul lui permettra dans sa vieillesse de réaliser son rêve : reconstituer un « Petit Bosphore » dans la baie de Tamaris, au sud de la France...

 

 

Marius Michel contemplait les eaux sombres, le gris et le bleu tournoyaient sous la crête blanche des vagues façonnées par le vent. Son yacht approchait de Tamaris et il allait enfin retrouver son château (…)

Marius Michel se souvint tout  coup de sa luxueuse demeure de Constantinople, dans le quartier européen de Çukurcuma. Parfois, il s’en allait à pied, incognito, aux Petits Champs, pour  prendre le tramway à chevaux.

 

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Il aimait à observer les dames turques, dans leurs manteaux de soie multicolores, la bouche dissimulée sous une voilette de mousseline transparente ou les Grecques aux extravagants chapeaux confectionnés par des modistes aux surnoms parisiens.

 

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Puis, il se rendait sur la place de Beyazid, chez le célèbre photographe Nicolas Andriomeno et se faisait photographier en costume ottoman.

 

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  Mais tout cela était si loin tout à coup, tant d’années avaient passé… Il se remémora soudain l’allumage des phares du Bosphore.

 

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Le premier contrat signé entre la France et la Sublime Porte prévoyait trente-six phares. Une année plus tard, une vingtaine avaient déjà été crées ou restaurés (…)

A cet instant, la nostalgie le saisit quand remonta le souvenir magique des nuits de Constantinople. Les Turcs aimaient organiser ce qu’ils nommaient les « Fêtes du clair de lune. » Les soirs d’été où la lune inondait de sa lumière les eaux du Bosphore, des centaines de caïques voguaient nonchalamment autour de barques où des orchestres rivalisaient de concerts de musique. Les échos des mélodies se mêlaient au froufroutement des bateaux sur les flots.

 

 michel pacha 004      Les Stambouliotes raffolaient des promenades en caïque, on n’y pratiquait pas la séparation des sexes, c’était l’occasion pour les hommes de tenter d’apercevoir un visage et pour les femmes de découvrir le leur en feignant une chute accidentelle de leur voile. Parfois s’offrait au regard des curieux le caïque impérial, long d’environ trente-cinq mètres, un aigle d’or posé sur la proue, actionné par une trentaine de rameurs ; tous les Stambouliotes espéraient apercevoir le Padichah, assis dans son kiosque doublé de soie et rebrodé de pierreries, ou les princes impériaux, reconnaissables au velours bleu de leur embarcation. D’autres soirs, les promeneurs se rendaient en calèche sur la colline de Mirhabad, au-dessus de la baie de Kanlica, réputée pour être le promontoire d’Istanbul offrant le plus beau spectacle lunaire sur les eaux.

 

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Quand on passait à l’obscur, les palais et les yalis des dignitaires étaient ornés de chandelles brûlant dans des coquilles de moules flottant sur les eaux et on tirait des feux d’artifice dans les anses du détroit. Avec le recul du temps, la féerie des jeux de lumière nocturnes de Constantinople émergeait comme un de ses plus enchanteurs souvenirs.

 

A suivre...

 

L'incroyable destin de Michel Pacha fait l'objet d'un des quatre chapitres du roman Secrets d'Istanbul, Editions GiTa Yayinlari, 2009, en vente en France sur Amazon.fr link Ataturquie.fr link, en Turquie dans toutes les librairies et sur gitayayinlari.com.link

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle Bosphore yalis Michel Pacha
26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 23:00

Tamaris, le petit Bosphore de Michel Pacha (2)

 

Marius Michel descendit à sa cabine, avisa les quatre coffrets qu’il gardait en permanence sur sa commode. Il souleva le couvercle du premier écrin, habillé de soie écarlate et effleura du bout des doigts le soleil aux rayons d’argent diamantés entourant le médaillon d’or cerclé d’émail rouge et gravé du monogramme du sultan. Une bouffée d’orgueil lui souleva le torse. Abdül Hamid II en personne ne lui avait-il pas épinglé ce grand cordon de l’Ordre de la Medjidiye en remerciement de l’avancée rapide des travaux  du nouveau port ? 

 

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Photo Internet

 

 

Et ne l’avait-il pas gratifié en 1879 du grade suprême, celui de Pacha de l’Empire Ottoman ? Un français Général chez les Turcs, cela avait fait couler de l’encre, à Paris comme à Constantinople, les échotiers des gazettes ne tarissaient pas d’éloges sur la fortune du mousse devenu Pacha.

 

 

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  Photo Internet

 

Dans la seconde boîte, son étoile de l’Ordre de L’Osmaniye, à l’émail rouge et vert, dont le Sultan l’avait honoré le jour de l’inauguration du port, huit ans auparavant. Dans le troisième, son insigne d’Officier de la Légion d’honneur française et dans le quatrième, le parchemin lui conférant le titre de Comte héréditaire de Pierredon dont le Pape Léon XIII l’avait récompensé pour ses bonnes œuvres.

Mais aucune de ces décorations n’avait de plus de valeur que son paradis, sa création, édifiée à l’image du Bosphore et de ses palais.  

 

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Marius regarda par le hublot et reconnut enfin le paysage qu’il attendait avec impatience, celui de la anse de Tamaris, si douce et à l’abri du mistral qu’on l’avait surnommée « Le Manteau », éden jadis vanté par George Sand et désormais métamorphosé, par les soins de milliers d’ouvriers, en Istanbul miniature. Cette rade qu’il surnommait désormais son « Petit Bosphore ».

 

 

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C’était au retour d’un de ses voyages dans l’Empire ottoman qu’il avait conçu le projet fou de reconstituer là un morceau de cette Constantinople qu’il aimait tant. La réalisation de cette folie de sa vieillesse, sur les quatre cents hectares qu’il avait achetés, avait duré une vingtaine d’années. Les collines avaient été creusées pour combler les marécages, construire une digue et aménager une corniche où serpentait la route côtière. A peine les travaux avaient-ils pris fin que les riches estivants européens déferlaient vers leur nouvelle villégiature. Car ce qu’ils venaient y rechercher, c’était un air de l’ailleurs, un dépaysement absolu que leur procuraient les casinos, l’un en forme de mosquée, l’autre en volutes Art Nouveau et les soixante-dix villas de rêve aux genres éclectiques, dont plusieurs chalets ou demeures orientales.

 

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Les artistes s’y pressaient pour y trouver l’inspiration, Camille Saint-Saëns venait y composer de la musique, Gabrielle d’Annunzio, ses romans, Auguste Renoir ses tableaux. Les frères Lumière eux-mêmes n’avaient-ils pas installé un laboratoire dans la villa  « L’Orientale », fameuse pour sa tour imitant un phare du Bosphore ?

 

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A suivre...

 

(L'incroyable destin de Michel Pacha fait l'objet de l'un des quatre chapitres du roman Secrets d'Istanbul, Editions GiTa Yayinlari, Istanbul, 2009, en vente en France sur Amazon.fr link Ataturquie.fr link, en Turquie dans toutes les librairies, les sites İnternet de libraires et gitayayinlari.com link)

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 23:00

Tamaris, le petit Bosphore de Michel Pacha (3)

 

 

  Marius Michel remonta vers le pont en s’agrippant à la rampe, s’arrêta un instant pour reprendre son souffle, ses quatre vingt-huit ans le rattrapaient, pourtant, son esprit fourmillait de projets encore et encore, il lui aurait fallu une seconde vie pour édifier tout ce qu’il concevait en cet instant. Un bateau à vapeur apparut à l’horizon. Le cœur de Marius se mit à battre plus fort, il se crut une seconde sur le Bosphore, mais non, ce n’était qu’un des navires, qu’à l’exemple des « vapeurs » effectuant l’aller-retour entre les deux rives de Constantinople, il avait achetés pour relier Tamaris à Toulon. Le premier, il s’en souvenait tout à coup, s’appelait «  L’Eclair » et était venu de Turquie.

 

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Le yacht approchait de la côte. Marius Michel aperçut d’abord la tour surmontée d’un bulbe de son grandiose château du Manteau. Les gigantesques verrières qu’il avait fait habiller de rideaux bleus reluisaient au soleil couchant.

 michel pacha


 Puis, il distingua la tour à pans de style turc flanquée au coin de sa demeure, son regard redescendit, il reconnut son kiosque à musique chapeauté d’un dôme oriental.

 

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La silhouette des immenses palmiers signalait l’entrée du parc où toutes les espèces de la flore méditerranéenne voisinaient avec les essences exotiques qu’il avait eu à cœur de faire ramener dans les cales de ses navires. Il avait hâte de mettre pied à terre, de gravir l’escalier à double volée entourant la rocaille imitant une barque de pêcheur posée sur une grotte, de parcourir ses labyrinthes de verdure plantés de fleurs venues du bout du monde  et enfin, d’aller inspecter ses serres chauffées où s’épanouissaient bananiers, orangers et ananas. Les quais se rapprochaient peu à peu.

 

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Il scruta du regard les hautes frondaisons de ses pins parasols, sa palmeraie, les branches tourmentées des cèdres du Liban et des araucarias, les pawlonias en efflorescences mauves, crut en percevoir l’odeur suave, identifia le contour piquant des deux palmiers du Chili et le dasylirion.

 

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Le moulin aux ailes de fer, la volière au chapiteau byzantin, la bambouseraie se rapprochaient maintenant, il redoubla d’impatience en pensant aux faucons blancs ramenés d’Anatolie.

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  Enfin, il s’imagina pénétrant dans son grand hall tapissé de bambous, foulant la soie de ses tapis turcs, assis dans sa véranda envahie d’orchidées ou sur son sofa d’ottomane pourpre, entre ses vases de Chine et ses aiguières de Turquie. Tout le rêve mirifique qu’il avait conçu fleurissait sur cette colline, concrétisé dans ce moulin à vent activant les sept puits et citernes souterraines destinés à l’arrosage du domaine, dans les berceaux de gardénias et de rhododendrons, dans les merveilles de son cabinet d’antiques, dans le somptueux décor digne d’un sérail de pacha ottoman.

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  Un grincement l’arracha à sa rêverie, le Capitaine venait de jeter l’ancre et déjà approchait le caïque gainé de velours et de soie ramené de Stamboul, typique du Bosphore, avec sa coque orange barrée d’une rayure violette, une embarcation qu’il préférait à toute autre pour gagner la terre ferme.

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Michel Pacha, sa canne à pommeau de turquoise à la main, chemina vers le portail monumental et passa entre ses deux lions de bronze. Un sombre pressentiment l’envahit tout à coup. Un jour viendrait peut-être où son éden oriental de Tamaris disparaîtrait dans les vicissitudes de l’histoire. Mais non, cela n’était pas concevable, pas imaginable, pas possible…

  

  Note : Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Nazis occupèrent le Château du Manteau dont ils pillèrent les richesses. Les arbres furent coupés, le Casino rasé. Puis, la plupart des édifices et des villas disparurent lors du bombardement de 1944. Le Château fut si endommagé qu’il fut plus tard complètement rasé. Il n’en subsiste aujourd’hui que le portail d’entrée, surmonté de ses deux lions de pierre.

 

 

   

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Le fabuleux destin de Michel Pacha fait l’objet d’un des quatre chapitres du roman Secrets d’Istanbul (Editions GiTa, 2009, vente en France sur Amazon.fr link et Ataturquie.fr link, en Turquie dans toutes les librairies , sur les sites Internet de libraires et sur gitayayinlari. com link)

 

 

Sources pour l’histoire de Michel Pacha :

— Le site Internet de Marius Autran, Images de la vie seynoise d’antan (1988)

Nathalie Bertrand, Tamaris entre Orient et Occident, Actes Sud, 2003.

Connaissance des Arts, Hors-série n.307, Tamaris, le rêve de Michel Pacha, 2007.

Jean-Pierre Renan, Marius Michel Pacha,1819-1907, Le Bâtisseur, L’Harmattan, 2006.

— Jacques Thobie,L’Administration des phares dans l’Empire ottoman et la société Collas et Michel (1860-1960, L’Harmattan, 2004.

— Celik Gülersoy, Kayıklar (Les Caïques), Türkiye Turing ve Otomobil Kurumu, 1983.

— Dr. Murat Koç, Boğaziçi ve Boğaziçi Medeniyeti, Eren Yayıncilik, Istanbul, 2005.

— Koçu Reşat Ekrem, Boğaziçi ve Mehtâb Âlemleri, Istanbul Ansiklopedisi. c. VI, Istanbul, 1971.

— Abdülhak Şinasi Hisar, Boğazici Mehtaplari, (Hilmi Kitabevi, 1942), réédition par Yapi Kredi Yayinlari (2006),

— Abdülhak Şinasi Hisar, Boğazici Yalilari, Varlık Yayınları, 1954, réédition par Yapi Kredi Yayinlari (2006)

   

 


 

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle Michel Pacha Bosphore yalis
11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 20:14

        La cérémonie de commémoration du 10 novembre,  au Cemiyet de Galatasaray, à Levent, a été marquée par une séance de dédicace de plusieurs écrivains.

        Quelle ne fut pas mon émotion en me trouvant assise à la même table que de nombreux auteurs turcs au nom prestigieux !

 

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       Mon cœur battait à se rompre. Sans parler de la “surprise”, le petit discours que j’ai dû improviser en turc!

      Une soirée pleine d’émotion, vraiment…

 

 

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Faruk Geç en train de commenter le tableau qu’il avait offert au Cemiyet...

 

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Ma précieuse photo avec Tahsin Yücel, un grand écrivain turc lauréat de nombreux prix, expert en littérature française et dont  l’œuvre  “colossale” ne peut que susciter une admiration sans borne…

 

 

 

 

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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 23:00

          Je m’étais bien jurée, pour des raisons éthiques, de ne pas y aller…

        J’avais, a priori, un jugement “contre”…

        Et puis, la France avait interdit cette manifestation…

        Mais à force d’entendre se déchaîner les polémiques ou résonner les cris d’admiration, ne voulant pas demeurer “en dehors de mon siècle”, je m’y suis résolue.

        A quoi ? me direz-vous.

        A aller voir à Istanbul l’exposition Body Worlds, du sulfureux docteur Von Hagens et de son associée Angelina Whalley. Evénement conspué en France, encensé dans d'autres pays.

    

       « Vérité au-deça des Pyrénées, erreur au-delà » disait déjà notre Blaise national.

      

hagens 001Prospectus de l'exposition

        

      Pour mémoire, je vous rappelle que le professeur Gunther Von Hagens a inventé en 1977 le procédé de la "plastination", consistant à  "remplacer les fluides et graisses de corps morts par des résines et élastomères", ce qui permet de conserver indéfiniment les cadavres et de leur faire adopter des postures inattendues.

 

      Si elle n'a pas eu longtemps droit de cité en France, l'exposition jouit à Istanbul d'un phénoménal succès : on y voit des groupes d’élèves de l’école primaire accompagnés de leur institutrice, des familles entières, des autobus d’enfants ayant effectué deux cents kilomètres le dimanche sous la houlette de leur professeur pour venir découvrir ce que dissimule notre peau ! ( en ce qui me concerne, je ne peux imaginer qu'un enfant voie cela...) Une façon différente de considérer la mort, peut-être.

 

        Dès l’entrée, la couleur est donnée. Vous découvrez, sur écran géant, le visage “vivant” de ceux et celles que vous allez retrouver écorchés. Vous voulez reculer et vous enfuir. Seriez-vous masochiste ? Ou un vilain voyeur ? Ou un personnage morbide animé par de basses pulsions ? Mais vous continuez parce que vous vouler voir. Ou plutôt, faire sauter le dernier tabou : découvrir ce que seuls les médecins et les chirurgiens avaient le droit de regarder et que l’on cachait soigneusement à nous autres, les  “néophytes” ou les “âmes sensibles : l’intérieur de notre corps !

hagens

        Ai-je été choquée, révoltée ? Pas vraiment. Horrifiée ? Oui, le lendemain.

        Perturbée ? Oui ! 

        A-t-on le droit de faire “ça” ?

       De prendre des cadavres, de les plonger dans la résine, de les transformer en écorchés auxquels on a voulu donner des poses artistiques et de les exposer ?

         On peut objecter que les Egyptiens fabriquaient déjà des momies.

        Alors, quelle différence ?

        Voyons, répondra-t-on, ils effectuaient ces pratiques pour des raisons religieuses !

        Certes, mais  Von Hagens agit au nom de la science.

        Si on n'est pas choqué de voir des momies dans un musée sous prétexte que ces corps ont 2000 ans, pourquoi condamner ceci et pas cela ...

        Oui mais le respect et la décence...

        J’avoue mon impuissance à trancher ce débat philosophique et éthique.

 

 

        Ce que j’ai retenu de cette exposition ?

        Pour la première fois de ma vie, j’ai pu découvrir ce qui se cache à l’intérieur de notre corps.

       En effet, on se doit de reconnaître que la présentation est extrêmement pédagogique, elle ne se contente pas de montrer, elle vous donne des conseils d’hygiène, de nutrition. Précisons que Von Hagens y fait l’éloge de la vieillesse. Il nous rappelle que Kant a donné naissance à ses œuvres majeures entre 60 et 80 ans, que Goethe a écrit la seconde partie de Faust à 82 ans. Il cherche à nous convaincre que nous pouvons vivre heureux longtemps à condition de suivre certains préceptes de santé, de continuer à créer et à se sentir utile. Mais aussi que la  mort fait partie de la vie.

 

        Vous pouvez y voir chacun de nos organes présenté en deux versions, en bonne santé ou malade, comprendre ce que cachent les mots “ulcère”, “cancer”, découvrir  un cerveau rongé par l’Alzheimer, suivre toute l’évolution du fœtus, depuis la conception jusqu’à la naissance, voir  “de visu” toutes les grandes opérations de os réalisées sur les humains, assister en direct, grâce à une vidéo “interne” à une crise cardiaque. J’imagine que pour les étudiants en médecine ou les médecins, cette exposition a une valeur irremplaçable.

        En ce qui me concerne, je n’y ai donc pas vu des « œuvres d’art » mais plutôt une incroyable leçon d’anatomie. Avouons cependant que j’ai eu du mal à dormir la nuit suivante et que ces images terribles ne se sont pas encore effacées de mon imagination…

 

 

        Que dire des corps que Von Hagens présente dans des poses "artistiques" ? Pour ne citer que quelques exemples frappants :

     -Un joueur de basket en train de rattraper sa balle en plein vol (étude des muscles).

     - Un peintre avec sa palette (étude des tendons).

     - Une femme agenouillée, en train de lâcher deux oiseaux (étude du système veineux).

     -Un cavalier coupé  longitudinalement en trois parties, portant à la main son cerveau et

chevauchant  un cheval cabré.

 

site mix.epicfu.comPhoto du site İnternet mix-epicfu.com

 

     -Un danseur sur les pointes, tous ses muscles s’envolant en éventail., reposant simplement sur le bout  des orteils ( on se demande quel calcul a du être fait pour qu’il demeure en équilibre.)

     -Une girafe !!!

    -Un homme brandissant au bout du bras toute sa peau comme une draperie ( la statue qui m’a personnellement, le plus choqué et que je trouve la plus révulsante...)

     

        Von Hagens précise que chaque corps a demandé 1500 heures de travail, le cheval trois ans…

        Selon lui, chaque intérieur est unique, il n’y en a pas deux semblables !

        A la fin, pour clôturer votre promenade, on vous propose un film de 6 minutes montrant visiblement de façon très “expurgée “ le procédé de la « plastination ». On en sort avec un sentiment d’urgence : le moment est venu de fuir à tout prix sinon, on va avoir la nausée !

         Mon avis : ce travail présente un intérêt pédagogique certain. Du jamais vu pour la plupart d’entre nous. Il est vrai que le choc visuel provoqué par ces écorchés de plastique vous fait oublier qu’il s’agit de vrais cadavres. Mais ils le sont, pourtant. Est-ce un film d'horreur ? Réflexion faite, je préfère ne pas imaginer ce qui se passe dans l’atelier du docteur Von Hagens. Bref, je n’aimerais pas l’avoir comme médecin de famille… 

 

 


 

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Articles Essais Commémorations Istanbul Body Worlds L'Istanbul de Gisèle
6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 20:23

La venue de Jean-Christophe Grangé à la Foire du Livre d’Istanbul a constitué l’événement majeur de cette avant-dernière journée.

 

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La salle où Grangé répondait aux questions de ses admirateurs a été littéralement prise d’assaut ; j’ai eu beau jouer des coudes, impossible de m’y frayer une place ou même d’apercevoir le grand écrivain, tant la foule était compacte. J’ai quand même eu la chance d’être présente juste au moment où Grangé, répondant à la question d’un lecteur lui demandant ce qu’il fallait pour être écrivain, lui répondait cette phrase édifiante : « Il faut beaucoup travailler… »

La séance de dédicace qui s’en est suivie était à donner le vertige : des centaines de personnes piétinant patiemment, un livre à la main, pour obtenir la signature de l’idole.

 

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En ce qui me concerne, je me suis rendue trois fois au stand où Jean-Christophe Grangé signait ses livres et trois fois, j’ai, hélas, dû renoncer, appelée par mes propres obligations. A défaut de dédicace, j’ai  quand même eu la satisfaction, grâce à mon badge d’écrivain de la Foire, que le garde me laisse approcher d’assez près pour pouvoir photographier le maître français du suspense … 

 

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 17:23

Ce matin, au Lycée Saint Joseph, des lycéens de plusieurs écoles francophones ont eu la chance de rencontrer Eric-Emmanuel Schmitt, venu à Istanbul à l’occasion de la Foire du livre. L’entretien fut d’ailleurs si passionnant que tous ont regretté qu’il ne puisse durer plus longtemps.

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C’est avec une grande affabilité que celui qui se dit « un écrivain heureux » a répondu à une multitude de questions. Bien modestement, je tenterai ici de présenter ce que je considère comme les temps forts de cette rencontre. Précisons qu’il ne s’agit pas aucunement d’un compte rendu exhaustif mais plutôt de ce que personnellement, j’ai retenu des paroles de ce grand créateur.

 Le but d’un livre

L’important n’est pas le livre en lui-même mais ce que le livre crée chez le lecteur. Eric-Emmanuel Schmitt refuse « l’art pour l’art. » Il pense, comme Diderot, que le livre est comme une graine. L’important est ce qui va germer après chez le lecteur, lorsque la graine a été semée.

« Le vrai sérieux n’a pas toujours l’apparence du sérieux. »

Eric-Emmanuel Schmitt précise qu’il écrit pour le plus large public possible. Au début, il y avait en lui ce qu’il nomme « une tension entre le populaire et l’intellectuel » car il désirait être lu par les intellectuels mais aussi par ceux qui n’avaient pas fait d’études.

Il ne voulait pas que ses amis cultivés le renient mais il souhaitait pouvoir être lu pas sa grand-mère. « Il ne fallait pas écrire pour des intellectuels mais il fallait que les intellectuels  apprécient mes livres. » En héritier du XVIIIe siècle, (« Je suis un écrivain du XVIIIe siècle égaré au XXe.»), il précise qu’on n’est pas forcé d’être ennuyeux pour dire des choses sérieuses. Il constate que dans le monde entier, lors des représentations de ses pièces de théâtre, c’est au même moment que les gens rient ou sont émus, « ce qui prouve que c’est l’humanisme qui est important. »

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Le choix de formes littéraires variées

« C’est l’envie qui règle ma vie… Ma vie est réglée par le désir… Quand je vais au théâtre, j’ai envie d’écrire une pièce de théâtre… »

La religion

Elevé dans une famille athée puis élève de Derrida, Eric-Emmanuel Schmitt a longtemps été athée. Mais avec le temps, partant du principe qu’une grande partie de l’humanité vit encore selon des préceptes religieux, que les religions constituent « un effort pour essayer de comprendre le réel », il  a donc porté sur elles, non pas un regard de religieux mais d’humaniste. « Aucune religion n’est vraie sauf pour celui qui la pratique », ajoute-t-il. « Puisque aucune religion n’est vraie mais qu’elles constituent toutes des aspirations à la vérité », il a décidé de s’y intéresser. C’est ce qui l’a poussé à écrire Le Cycle de l’Invisible, composé de cinq romans : Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la dame en rose, L'Enfant de Noé, Le Sumo qui ne voulait pas grossir.  Il ajoute que lorsqu’il  s’intéresse aux religions, ce n’est pas Dieu qu’il recherche mais l’homme.

Il pense de plus  que l’œuvre littéraire de fiction peut jouer un plus grand rôle dans la lutte en faveur de la tolérance religieuse que la philosophie ou la politique. Car le lecteur va s’attacher à un personnage d’une religion différente et  retrouver ainsi des valeurs qui ne sont pas celles d’une religion propre mais appartiennent à une sagesse universelle. Le but d’Eric-Emmanuel Schmitt est de « créer de la tolérance par la fiction ».

 A un élève qui lui demande de préciser la différence entre philosophie et religion, Eric-Emmanuel Schmitt répond qu’elles sont antithétiques, puisque la religion repose sur un corpus de croyances alors que le propre de la philosophie est de ne pas croire à la révélation mais à la raison. « La philosophie s’est construite contre la religion. » Mais le philosophe peut se rendre compte qu’il ne peut pas tout expliquer par la raison et porter alors un regard humaniste sur la religion. « Il faut aborder notre monde avec des idéaux élaborés au Siècle des Lumières. » 

Etre soi-même

Enfant, Eric-Emmanuel Schmitt dévorait tous les livres de la série des Arsène Lupin ; à l’âge de onze ans, quand il en eut fini tous les tomes, il décida d’écrire un volume de plus pour continuer à faire vivre son héros.

Plus tard, il a rêvé d’une carrière dans la musique mais a renoncé à ce projet en se rendant compte que c’était pour la littérature qu’il avait du talent.

Son conseil :  Nietzsche disait : « Deviens ce que tu es ». 

« Il faut accepter d’être celui que l’on est mais pas à cô.  Il ne faut pas rêver pour soi hors de soi.»

 Eric-Emmanuel Schmitt a expliqué que ses lecteurs avaient tendance à lui dire « Merci ! » plutôt que « Bravo ! »

Eh bien, nous, c’est en même temps « Merci ! » et « Bravo ! » que nous lui disons…

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29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 20:33

Feu d’artifice grandiose pour les 87 ans de la République turque…

           29 ekim 2010 097         

       Photographie Aksel Köseoglu


         J’aime tellement les feux d’artifice que lorsque j’avais vingt ans, étudiante en lettres, j’avais innocemment téléphoné au directeur de plus célèbre établissement français de pyrotechnie pour lui demander de me prendre comme stagaire. Ce qui m’avait valu une belle déception, la personne m’ayant ricané au nez, l’art des fusées n’étant pas, à son avis, une affaire de femmes et encore moins de littéraire…

 

         Je dois dire que je suis assez difficile en matière de feu d’artifice, ayant grandi à Cannes où, depuis mon plus jeune âge, j’ai chaque année pu admirer les merveilles du festival international de la pyrotechnie.

         Mais ce soir, ce fut un enchantement, une féerie en rouge et blanc.

 

foto site perizade.comPhotographie du site Perizade.com

    

        Le pont illuminé de blanc, avec tous ses cables parés de milliers d’ampoules rouges.

        Des milliers de gerbes se reflétant sur le miroir argenté du Bosphore.

        Des étoiles blanches émergeant de gigantesques gerbes rouges.

        Des arbres poussant à la surface des eaux.


          Une fenêtre ouverte sur un rêve de lumières...

 

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   Photographie Aksel Köseoglu 

         

 

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 Photographie Aksel Köseoglu

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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 17:58

L’accordéon est un des grands amours de ma vie.

 

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         Cet après-midi, alors que je me trouvais à la maison d’édition GiTa pour consulter la maquette de İstanbulin, version turque de Mes Istamboulines, qui sort dans quelques jours pour la foire du livre d’Istanbul, mon attention fut attirée par une belle voix d’homme chantant une mélodie des Balkans sur les notes d’un accordéon.

 

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        Si, l’espace d’un instant, j’ai pu croire que la musique venait d’une radio allumée quelque part, bien vite, le son se rapprochant, j’ai compris.  Un accordéoniste déambulait aux alentours. Et pas n’importe quel musicien, un maître du piano à bretelles.

        Me voilà donc sous la rue sous la pluie, en train de marcher vers la ruelle d’où vient le son. Et je découvre non pas un accordéoniste mais deux, accompagnés par un enfant au petit instrument .

 

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        D’où venaient ces musiciens aux accents si nostalgiques ? Je ne le saurai jamais car ils ne parlaient pas le turc. Mais leurs notes ont enchanté une rue délabrée noyée dans la grisaille.

 

 

L’accordéon dans Mes Istamboulines (Ed. GiTa, avril 2010)  :

 

La nostalgie de la musique m´étreignait parfois, me faisant regretter de n´avoir pas osé me lancer dans l´étude de l´accordéon. Les années s’écoulaient, si denses et remplies, que je ne les voyais pas passer. Parfois, j´allais rôder à Tünel, le quartier des vendeurs de musique, proche du lycée où je travaillais et je contemplais les accordéons à touches piano, venus de Russie ou de Bulgarie, étalés dans les vitrines, essayant de décrypter la raison mystérieuse pour laquelle je n´avais pas appris cet instrument alors que j´en avais éprouvé un si violent désir.  Mais je n´arrivais pas à sauter le pas.

Puis, un jour de la quarantaine où je dévorais des yeux un petit accordéon rouge trônant dans une devanture, il s’est produit comme une illumination : « Il est là. Il est là, pour moi ! » Le lendemain, l´accordéon rouge était devenu le mien.

C´était un très vieil accordéon en bakélite rouge marbré, venu de Bulgarie. Les bretelles de cuir en étaient si élimées qu´une amoureuse main les avait recouvertes d´une attendrissante housse de velours vert émeraude cousue à grands points malhabiles. J´aimais le son éraillé de ce vieil instrument, ses accents nostalgiques. Souvent je tentais, en le regardant, d’imaginer son histoire ; on l´avait vendu après la mort de son propriétaire, un pauvre gitan peut-être, au gilet de satin flamboyant et aux grosses moustaches, tout droit sorti d´un film de Kustarica. L´âme de ce musicien hantait la boîte magique et m´aidait à mes débuts quand je peinais sur les boutons des basses. L´accordéon était habité, c’était pour moi une évidence, je devinais la présence étrangère quand j’actionnais son soufflet…  

 

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Livres de Gisèle Durero-Köseoglu

2003 : La Trilogie d’Istanbul I,  Fenêtres d’Istanbul.

2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

2012 : Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, livre et CD d’Erol Köseoglu.

2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

2015 : Parution février: Sultane Gurdju Soleil du Lion, Dynasties de Turquie médiévale II.

 

 

 

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