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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 15:18
« Une impression étrange dans ma tête », le nouveau roman d’Orhan Pamuk

L’événement littéraire du mois de décembre en Turquie est la sortie du nouveau roman d’Orhan Pamuk, grand romancier turc, lauréat du  Prix Nobel de littérature en 2006.

L’événement littéraire du mois de décembre en Turquie est la sortie du nouveau roman d’Orhan Pamuk, grand romancier turc, lauréat du  Prix Nobel de littérature en 2006.

Le titre en turc est, Kafamda bir tuhaflık, ce que l’on peut traduire par :

 

Une impression étrange dans ma tête

Une impression bizarre dans ma tête

Quelque chose d’étrange dans ma tête

Une chose étrange dans ma tête

Une étrangeté dans ma tête

 

Il me semble que les quatre premiers sont les meilleurs pour rendre au plus juste ce que dit le turc, le dernier passant mal en français. On verra quel titre choisira la maison Gallimard, qui édite en français les œuvres d’Orhan Pamuk.

L’autre événement était la séance de  dédicace organisée dans la librairie Yapi Kredi, à Istiklal Caddesi, par l’éditeur de Pamuk, les Editions Yapi Kredi ; événement, car Orhan Pamuk ne fait presque jamais de dédicaces en Turquie.

Photo du Journal Hurriyet

Photo du Journal Hurriyet

La séance était prévue à 14H30 mais dès 13H, des files d’admirateurs s’étaient formées devant la librairie pour faire dédicacer le livre.

Photo copiée sur le site du Journal Hurriyet

Photo copiée sur le site du Journal Hurriyet

Combien de livres Orhan Pamuk a-t-il dédicacé en l’espace de deux ou trois heures ? Autant qu’il est possible d’en signer à la chaîne… Il y avait tellement de monde qu’il avait émis le souhait que ses lecteurs ne lui demandent pas d’écrire leur prénom…

En ce qui me concerne, j’aurais bien voulu le photographier en train de dédicacer le livre mais c’était impossible, vu la foule… C'est pour cela que j’ai pris les photos du journal Hurriyet…. 

 

Le roman raconte l’histoire de Mevlut, un vendeur de « boza », cette boisson turque confectionnée à base de céréales fermentées ; plus généralement, il met en scène les habitants d'Istanbul entre 1969 et aujourd'hui…

Je vous en dirai plus lorsque que je l’aurai lu...

Affiche d'annonce de la dédicace d'Orhan Pamuk

Affiche d'annonce de la dédicace d'Orhan Pamuk

« Une impression étrange dans ma tête », le nouveau roman d’Orhan Pamuk

Mine Sarikaya, des Editions GiTa, avec le livre dédicacé d'Orhan Pamuk...

« Une impression étrange dans ma tête », le nouveau roman d’Orhan Pamuk

J'emporte aussi mes deux livres dédicacés ; bon, dès ce soir, je commence ma lecture... en turc !

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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 13:18

Il est certain qu’Orhan Pamuk n’était pas venu donner des recettes mais plutôt faire part de es impressions sur le sujet et aussi de son expérience, puisqu’il a expliqué qu’après avoir passé toute la première partie de sa vie à écrire, il a commencé, il y a huit ans, à donner des cours de littérature à l’Université de Columbia.  

Photo copiée sur le site du Lycée Sainte-Pulchérie

Photo copiée sur le site du Lycée Sainte-Pulchérie

Je vous livre donc quelques unes des notes que j’ai pu prendre lors de son intervention en turc, il ne s’agit pas d’une traduction exhaustive mot à mot mais plutôt d’un résumé des idées qu’il a exposées.

Sur les professeurs

« Je vais parler du fond du cœur. Il y a des professeurs qui influencent une dizaine de classes, c’est ce que j’espère être lorsque  j’exerce le métier de professeur. »

Orhan Pamuk explique que, depuis huit ans, à Columbia, il fait ses cours avec les livres qu’il aime. Il fait beaucoup de préparations et tente de faire partager ce qu’il a éprouvé. Selon lui, le professeur doit parler d’un livre qu’il aime et a lu plusieurs fois.

La littérature ne doit jamais être employée comme un moyen de sélection pour séparer les bons des mauvais élèves.  C’est trop souvent le cas, on donne un livre à lire et celui qui ne l’a pas lu va échouer ou redoubler. De plus, on a souvent le tort de dérouler l’histoire de la littérature depuis le début et quand on arrive vers la fin de l’année scolaire, on n’a plus de temps de lire les modernes, le semestre est fini. On peut très bien commencer par Sait Faik Abasiyanik pour éveiller le plaisir de la littérature. Orhan Pamuk précise qu’aucun professeur ne lui a donné le goût de la littérature.

Orhan Pamuk ne croit pas que le goût de lire soit  vraiment en baisse. Il précise que lorsque la télévision est sortie, on a prophétisé la mort du livre ; pourtant, il y a encore des gens qui lisent. Selon lui, rien n’a vraiment changé ; il y a toujours eu des personnes qui aimaient lire et d’autres pas. Dans n’importe quelle classe, il y a toujours au moins trois élèves qui aiment les livres ; si le professeur arrive à faire passer son amour de la littérature, ce chiffre peut monter jusqu’à treize. Il ne faut pas se fâcher si un élève jette le livre ; il y aura toujours des lecteurs, n’y en ait-il que deux ou trois sur cinquante.

Pour faire lire, il faut susciter chez l’élève l’envie du livre (kitap ozlemi)

Ce qui fait lire

Ce qui nous motive au départ, c’est l’envie ; de même que vous pouvez très bien ne pas vous intéresser à une fille et soudain tomber amoureux d’elle parce qu’un autre homme l’admire. On lit par envie du livre.

Il raconte aussi que, lorsqu’il était enfant, son père, grand lecteur, l’appelait parfois pour lui lire une phrase qu’il avait aimée ; par la magie de ces phrases, il comprenait alors que la vie serait plus intéressante et plus profonde avec les livres ; cela lui apprenait que la vie vaudrait d’être vécue s’il y avait des symboles, des dessins, des phrases pour ne pas sombrer dans la monotonie.

Ce qui fait écrire

Grand lecteur de Flaubert, Orhan Pamuk définit la passion de l’écriture avec des mots rappelant ceux de « l’Ermite de Croisset » :

Etre là et en même temps, avoir l’impression qu’on n’est pas exactement à sa place. Sentir qu’on ne correspond pas exactement à l’endroit où l’on est. Dehors, il y a le monde mais il y a aussi une sorte de tourment (en turc : huzursuzluk) dans votre tête.

L’art et la littérature sont le signe d’une mésentente avec le monde dans lequel on vit.

C’est comme si on était assis sur une épine ; la littérature travaille sur cette épine.

Pour qui écrit-il ?

Il écrit pour  un lecteur idéal qui correspondrait au jeune qu’il a été, révolté, qui ne sait pas exactement ce qu’il veut faire mais qui a aussi faim de sens et d’art. Il précise que pour lui, il est important qu’un jeune d’aujourd’hui, avec ses interrogations et ses états d’âme, lise ses livres.

Qu’est-ce qu’un livre ?

Il existe des romanciers qui écrivent d’une traite, qui ne se posent pas trop de questions, et d’autres qui accomplissent de longs travaux. Il y a donc les « naïfs », les inspirés, comme Schiller et il y a aussi les « tourmentés » (ou calculateur, « hesapli » en turc), ceux qui sont dévorés par le doute et qui prennent du recul, repassent, réécrivent. Un romancier doit être en même temps naïf et calculateur.

Le livre doit-il correspondre à son époque ? Bien sûr, on peut se révolter contre une situation politique mais les colères politiques sont toujours les mêmes. Kafka est devenu célèbre uniquement en raison de la transcription de son monde intérieur.

Un roman, ce n’est pas seulement une anecdote, une histoire. C’est surtout une façon de raconter. Il y a des écrivains qu’on ne lit que pour leur style, quel que soit leur sujet.

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Published by Gisèle Durero-Koseoglu, écrivaine d’Istanbul - dans Littérature pour le lycée L'Istanbul de Gisèle Orhan Pamuk Littérature
22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 14:24

"Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?", demandait Lamartine.

C’est la réponse à cette question que l’on peut rechercher dans un des lieux les plus insolites du quartier des antiquaires et brocanteurs à Çukurcuma, le fameux Musée de l’Innocence, crée l’an dernier par l’écrivain Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature en 2006.

Orhan Pamuk dans son musée, crédit photo Internet

Orhan Pamuk dans son musée, crédit photo Internet

Dans cette ancienne maison typique de l'endroit, Orhan Pamuk a réuni une immense collection d’objets des années 1960 à 1980 environ.

Istanbul : le Musée de l’Innocence d’Orhan Pamuk

L’originalité de ce musée ? Il constitue la face matérielle du roman Le Musée de l’innocence, une histoire d’amour déjantée et géniale, où le narrateur collectionne tous les objets ayant appartenu à l’univers de la femme qu’il aime….

Jusqu’aux 4213 mégots des cigarettes qu’elle a fumées, illustrés chacun par une phrase du roman et exposés au rez-de-chaussée dans une monumentale vitrine.

Les 83 vitrines du musée portent le nom de chacun des 83 chapitres du livre et contiennent des objets dont on parle dans le passage concerné.

Couverture du roman en turc

Couverture du roman en turc

Istanbul : le Musée de l’Innocence d’Orhan Pamuk

"J'ai écrit le roman tout en collectionnant les objets que je décris dans le livre… Le musée n'est pas une illustration du roman, et le roman n'est pas une explication du musée, tous deux sont intimement liés". (Orhan Pamuk)

Quelles sont donc les vitrines qui m’ont le plus intéressé dans cet univers proustien ou plutôt « pamukien » ?

Vitrine 2 : « La boutique Şanzelize », contenant un sac de femme portant l’inscription « Jenny Colon » (on ne peut s’empêcher de penser à la Jenny Colon de Gérard de Nerval… ), une ceinture et une chaussure jaune d’or. Dans le roman, le narrateur entre dans la boutique et demande à acheter le « sac à main Jenny Colon couleur crème ». Puis, il découvre celle dont il va tomber amoureux, Füsun, qui porte une « chaussure jaune à talon »…

Vitrine 9 : « F », qui expose des objets disparates comme un vieux transistor, des réveils, une flûte, coincés par des boulons sous les ressorts de métal d’un lit en fer… Ces choses représenteraient-elles l’impossibilité de comprendre la femme aimée ou d’être compris par elle ?

Vitrine 16 : « Jalousie », qui explique en turc « Les emplacements du chagrin d’amour dans le corps humain » et qui montre un mannequin de femme aux entrailles ouvertes et au cœur brisé, de façon à établir un lien entre la souffrance amoureuse et certains endroits du corps.

Photo que j'ai scannée sur le livre

Photo que j'ai scannée sur le livre

Istanbul : le Musée de l’Innocence d’Orhan Pamuk

Vitrine 29 : « Il ne se passe plus une minute sans que je pense à elle », qui comporte une étrange machine que je n’ai pas pu identifier mais dont la forme mystérieuse s’accorde parfaitement aux affres du chagrin d’amour.

Vitrine 32 : « Ombres et fantômes de Füsun », qui réunit une multitude d’anciennes photos sur lesquelles on distingue une silhouette de femme qu’à chaque fois, le narrateur a pris de loin pour la femme aimée...

Vitrine 42 : « Mélancolie d’automne », qui présente, sur fond de promenade en barque sur le Bosphore, un yali, des verres de raki, un vieux radiateur électrique, des robinets anciens et évoque la nostalgie de l’ancien Istanbul…

Vitrine 53 : « La bouderie et la souffrance d’un cœur brisé ne sont d’aucune utilité à personne », qui présente un cœur coupé en deux dont le sang est symbolisé par un ruban rouge.

Vitrine 54 : « Le temps », qui nous explique que « le bonheur ne consiste qu’à être près de la personne qu’on aime »

Vitrine 64 : « Incendie sur le Bosphore », qui nous fait imaginer des gens attablés en train de manger au bord de l’eau et qui soudain, assistent, surpris, à l’incendie d’un yali qui brûle au loin…

A la fin, plusieurs vitrines contenant des rideaux rouges d’anciens théâtres et cinémas commémorent le souvenir de lieux disparus de Beyoğlu…

Istanbul : le Musée de l’Innocence d’Orhan Pamuk

"Le but de la littérature et de l’art est de rendre inhabituelles et étranges les choses les plus familières." (Orhan Pamuk)

Ps : J’ai utilisé pour les citations l’édition française du roman Le Musée de l’Innocence, Gallimard, traduction de Valérie Gay-Aksoy

Istanbul : le Musée de l’Innocence d’Orhan Pamuk

Pour moi, fanatique de maisons d’écrivains et autres lieux de littérature, ce musée, carte de Tendre des objets ou promenade dans la géographie du cœur d’un créateur, me touche par son “surréalisme raisonné”.

Il fait désormais partie des grandes étapes littéraires de la ville d’Istanbul…

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle Orhan Pamuk Littérature pour le lycée Littérature Lieux aimés
22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 14:49

Le célèbre romancier turc Orhan Pamuk s’est une fois de plus identifié à Gustave Flaubert en faisant cette très savoureuse déclaration au journal italien La Repubblica :

 

«  J’étais  l’idiot de la famille mais après, j’ai gagné le Nobel »

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Se référant à la fameuse biographie écrite par Jean-Paul Sartre sur Gustave Flaubert et intitulée L’Idiot de la famille, Orhan Pamuk a comparé sa situation familiale d’antan à celle de Flaubert ; en effet,  le frère aîné de Flaubert était un médecin connu alors que Gustave était un jeune homme maladif, pas très enclin à se faire une situation sociale. Orhan Pamuk a donc expliqué que dans une famille classique turque, on attend toujours que le fils aîné prenne des responsabilités, fasse de brillantes études et  accède à une carrière socialement reconnue, par exemple celle d’ingénieur. Mais on n’en demande pas tant au fils cadet.

 

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 Orhan Pamuk à Paris, en octobre 2012, recevant la Légion d'Honneur des mains de la Ministre de la Culture

 

«  Quand on allait quelque part, pendant que mon frère aîné cherchait le chemin, moi, je musardais, je faisais les vitrines, je rêvais. Il y a des désavantages à être le cadet mais aussi des avantages. Le second mûrit plus tard. »

 

« L’imagination vous fait agir mais elle ne vous aide pas à devenir une personne sociale. Parfois, on apprend certaines choses à six ans mais moi, j’ai soixante ans et je suis comme je suis. Mon  frère aîné est un être social et moi, je suis resté asocial. »

 

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 Orhan Pamuk dans son Musée de l'Innocence, à Istanbul, photo du journal Radikal

 

A la question lui demandant ce qu’il est en train de faire, Orhan Pamuk a répondu :

« Je suis en plein milieu d’un nouveau roman. … Le Prix Nobel n’a pas émoussé ma volonté d’écrire, au contraire, je continue à travailler assidûment. S’il me reste moins de temps à vivre,  il me reste néanmoins beaucoup de choses à écrire ».

 

Espérons que la fulgurante phrase d’Orhan Pamuk redonne espoir à tous ceux (et celles) que leur entourage considère comme l’idiot de la famille !

 

 

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle Littérature pour le lycée Orhan Pamuk Littérature
3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 22:31

Cette semaine se tient au Lycée Notre Dame de Sion, à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Rousseau, le colloque littéraire “Rousseau et la Turquie”, organisé par Martin Stern et  Rémy Hildebrand.

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 L’exposition, inaugurée ce soir, est l’occasion pour les passionnés de Rousseau de découvrir des pièces inédites. Ce que j’ai personnellement le plus aimé ? Des manuscrits de Rousseau, en particulier celui du Contrat social et de La Profession de foi du Vicaire savoyard, qui permettent d'admirer la belle écriture de Jean-Jacques ; des gravures, des partitions mais surtout, un recueil de chansons composées par Rousseau et intitulé : Les Consolations des misères de ma vie ou recueil de romances !  

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Et un portrait d’Atatürk en train de lire Le Contrat social.

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Pour ceux qui l’ignorent encore, précisons que Le Devin du village, opéra de Jean-Jacques, sera joué à Notre-Dame de Sion le jeudi 10 mai et que  le jeudi 31 mai aura lieu un spectacle de récitation de textes  sur de  la musique de Rousseau.

Le Musée de l’Innocence, d'Orhan Pamuk, a ouvert ses portes à Çukurcuma. Je ne manquerai pas de vous en donner bientôt un compte-rendu…

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 Photo du quotidien Hürriyet

Mon coup de foudre du mois, les tableaux du peintre orientaliste Emile Eisman Semenovsky : 

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Une quatrième édition en turc pour La Sultane Mahpéri, et une nouvelle couverture :

Nouvelle édition d'octobre 2011 en français :

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Nouvelle édition mai 2012 en turc mais avec deux couvertures, en fonction des endroits de distribution : la couverture "seldjoukide" (identique à celle de l'édition en français) pour les amateurs d'authenticité et la couverture ci-dessous,  considérée "grand public" :

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 Les amateurs de “Turqueries” apprécieront le rococo  de ces meubles vus chez un brocanteur. “Vendus”. Qui donc a acheté cette colossale salle à manger aux fauteuils de sultan ? le propriéaire d’un yali ?

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Les éditions Everest n'ont pas lésiné sur la réclame du dernier livre d'Ahmet Ümit. Cette publicité flotte comme un immense drapeau au-dessus de Rumeli Caddesi, une des rues les plus fameuses du quartier de Nişantaşı :

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 Et pour finir, un supporter "pur et dur" de l’équipe de  Galatasaray, le gardien des lavabos d'un village de brocanteurs : “ Les toilettes = 50 centimes mais pour les partisans de Fenerbahçe, une lira !”

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle Rousseau Littérature Littérature pour le lycée Orhan Pamuk
24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 23:00

      Mon rêve du jour : des chaises en attente

            Cette photo, je l’ai prise à Tarabya, le lendemain de la neige. Elle me fait rêver.  Chaque fois que je la regarde, j’ai envie d’écrire… Ah ! Quelle nouvelle on pourrait imaginer à partir de ces sièges enneigés !

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       Mon accordéon du jour

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Une séance de musique à trois accordéons avec mon cher professeur Hagop Setyan (à gauche) et mon fils Erol…. Deux « chefs » et au milieu, « le petit mitron » (moi)…

       Ma chronique littéraire du jour

Quand les muses des écrivains se prennent pour Némésis... Les actualités littéraires de cette semaine en Turquie sombrent dans les commérages de bas étage avec les révélations fracassantes d’une dame peintre, qui se dit ancienne « amie » du grand écrivain et prix Nobel de littérature (2006) Orhan Pamuk, et jette en pâture aux journalistes ses souvenirs intimes.
         Voilà qui m’agace : si le monsieur avait été le menuisier du coin, est-ce que la dame aurait ameuté l’opinion publique ? Ceux ou celles qui tentent de profiter de la gloire d’un écrivain pour se rendre célèbres me semblent bien pitoyables !
  

Nobel

  Orhan Pamuk recevant le Nobel, photo Internet

Bon, ce ne sera pas la première fois qu’un grand écrivain devient la cible d’une femme dépitée. Dans ce cas précis, je ne peux m’empêcher de comparer, une fois de plus, Orhan Pamuk à Flaubert (Rappelons au passage qu’Orhan Pamuk avait déclaré à Rouen, en 2009, « Monsieur Flaubert, c’est moi ! »).  

RouenOrhan Pamuk, Docteur Honoris causa de l'université de Rouen en 2009, photo Internet 

En effet, abandonnée par « l’homme-plume », Louise Colet se vengea de Flaubert en écrivant le roman Lui, où elle dressait son portrait-charge en le mettant en scène sous les traits de Léonce, un écrivain égoïste, avare, incapable d’aimer. Mais il y a une grande différence entre les deux anecdotes : Louise Colet avait du talent et sa vengeance avait un certain panache ! dag

Flaubert sur un daguerréotype, à 27 ans, document Internet

louise 4Louise Colet

Ceci dit, on se souvient de Flaubert et bien peu de Louise (que personnellement, j’adore, on le sait, mais pas sur ce sujet…) Morale de l’histoire : les œuvres des grands écrivains restent mais les turpitudes de leurs détracteurs s’envolent ! Gageons qu’Orhan Pamuk pourra plaisanter de cette histoire en disant comme Flaubert : « Voilà ce que c’est que d’avoir coïté avec des Muses ! » ( Lettre à Ernest Feydeau » du 12 novembre 1859).

 

             Mon éditeur préféré 

       Mon fils Aksel dans l'antre à livres des Editions GiTa. Aksel Köseoglu est l'éditeur de Tango Galata, Badem Şekeri, de la nouvelle édition de La Sultane Mahpéri et, en tant que responsable de la collection "Istanbul de Jadis", du beau livre de Marc Hélys, Le Jardin fermé. Il sera bientot celui de Janus Istanbul...  Ah, mis à part les professionnels, qui peut imaginer combien d'heures de travail sont nécessaires pour éditer un livre...  

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   Ma photo du jour

Elle fut réalisée par un des plus célèbres photographes d’Istanbul, Andriomenos, vers 1880.  Né en 1851, Nicolas Andriomenos apprit la photographie chez les Frères Abdullah. En 1879, il ouvre sur la place de Beyazit un studio dans lequel viendront se faire photographier les célébrités de l’époque. En 1909, il déménage au 162 de la Grande Rue de Péra où il exercera son art jusqu’à sa mort, en 1929.  Qui était donc ce joli petit garçon sur la photo « carte de visite » ? En quelles circonstances l’avait-on amené chez Andriomenos ? 

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle Tarabya Neige à Istanbul Littérature pour le lycée Orhan Pamuk
26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 19:16

Pour informations sur mes livres, voir mon site : link

 

Lorsque j’étais enfant, une de mes distractions favorites, quand nous partions nous promener en voiture, était de  regarder les maisons.

A cette époque, la ville de Cannes comportait encore un nombre impressionnant de manoirs et châteaux entourés de jardins, que je détaillais avec passion car ils incarnaient les témoignages concrets des époques révolues dont l’histoire me passionnait déjà. Hélas, à partir des années 1970, à cause de l’avidité de certains, les maisons de légende ont disparu une à une, les arbres centenaires ont été coupés  pour édifier de hideux immeubles qui ne feront plus jamais rêver personne.

Il en fut de même à Istanbul où le vingtième siècle, au nom du profit,  a joué le funeste fossoyeur des merveilles du passé.

 

vue de Nişantas

Ancienne vue de Nişantaşı, 1900

 

Comment imaginer aujourd’hui que les collines de Nişantaşı et de Teşvikiye étaient couvertes de palais et de manoirs ?

 

 

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Carte réalisée en 1924 par Jacques Pervititch et représentant les demeures de Ferikoy et Nişantaşı

 

k_MeReK_sureyyapasa1.jpgKonak de Süreyya Pacha, Photo du site Wowturkey

 

Rappelons brièvement que lorsque le sultan Abdülmecit quitte Topkapı pour s’installer au palais de Dolmabahçe, les dignitaires du palais commencent à édifier des "konak" à Nişantaşı pour se rapprocher du sultan. De plus, en octroyant aux étrangers, à l’époque du Tanzimat, le droit de s’installer dans le quartier, le padischah donne naissance à Teşvikiye et en symbolise la création par la pose des deux pierres, que l’on peut encore voir aujourd’hui devant le poste de police et au carrefour de Teşvikiye Caddesi et de Valikonağı. La popularité des quartiers de Nişantaşı et de Teşvikiye augmentera encore avec l’installation d’Abdülhamid à Yıldız. C’est pour cela que jusqu’aux années trente, ils demeureront célèbres pour leurs luxueux “konak” de bois.

Comme un enquêteur, je me suis lancée sur la piste de ces demeures. Et j’ai eu la chance de trouver sur le site Wowturkey d’anciennes photographies de ces merveilles qui ont fait jadis la gloire de notre quartier.

 

Quels étaient donc les plus célèbres de ces "konak" ?

           Deux d’entre eux méritent une attention particulière car ce sont les seuls qui ont résisté aux ravages du temps et subsistent aujourd’hui.

 

  Le palais du ministre Sait Pacha ( Sadrazam Sait Paşa Konağı)

 

  Il fut édifié au XIXème siècle par Sait Pacha, qui fut durant de longues années un des plus importants ministres du sultan Abdülhamit II. Renommé pour son intelligence fine et son amour de l’intrigue, Sait Pacha est aussi célèbre pour avoir fait édifier sur la place d’Izmir la tour de l’horloge, dont l'horloge  a été offerte à Abdülhamit pour les 25 ans de son règne par l’empereur allemand Guillaume II et pour avoir soumis au sultan un projet de pont sur le Bosphore imaginé par un architecte italien.

 

 

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Le konak de Sait Paşa aujourd'hui ( Sait Paşa Konağı), devenu Académie de mode d'Istanbul

( Istanbul Moda Akademisi)

 

 

Ayşe Osmanoglu, une des filles d’Abdülhamid, précise dans ses souvenirs, Mon père le sultan Abdülhamid, que Sait Pacha était si cultivé que le sultan le surnommait « la bibliothèque ambulante ». Par contre, son avarice était telle, en dépit de la fabuleuse rente mensuelle versée par le sultan, qu’il n’hésitait pas à se présenter au palais dans des habits sales et élimés et emportait volontiers les vieux habits des petites sultanes pour vêtir ses propres filles. Son épouse ne put jamais porter la couronne de brillants offerte par Abdülhamid parce que Sait Pacha l’avait enfermée dans un coffre-fort !

Détruit par un incendie en 1988 puis somptueusement restauré, le konak de Sait Pacha abrite aujourd’hui l’Académie de mode d’Istanbul (Istanbul Moda Akademisi).

 

Le konak du Pacha Echref ( Eşref Paşa Konağı)

 

          Le konak du Pacha Echref (1820-1907), fut construit par Echref Pacha, célèbre pour avoir été maire d’Izmir jusqu’en 1907 et y avoir fait édifier l’hôpital de lutte contre la peste qui porte encore son nom. Restauré en 1995, le konak renferme aujourd’hui  la plus importante salle de vente aux enchères de la ville, Antik Palace.

 

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                   Le konak de Echref Pacha aujourd'hui, devenu Antik Palace. 

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Le Pacha Echref

 

Et puis il ya tous les autres, ceux qui ont disparu et dont ne subsistent que les photos décolorées et les fantômes…

 

 

 

Le palais de la Sultane Valide ( Valide Sarayı ou Maçka Sarayı)

 

 

Il fut édifié en 1850 pour la sultane Perestu, (son poétique prénom signifait en persan « l’hirondelle »), mère adoptive du sultan Abdülhamid II. Comme le jeune homme, qui avait perdu Tirimujgan, sa mère biologique, à dix ans, aimait beaucoup Perestu, elle devint Sultane Valide lors de l’accession au trône d’Abdülhamitd en 1876. D’après Ayşe Osmanoglu, Perestu était une Circassienne d’une exceptionnelle beauté, appréciée de tout le palais pour sa douceur et sa gentillesse. Elle aima d’autant plus Abdülhamid qu’elle n’avait pas pu avoir d’enfant. Ses tenues sont demeurées célèbres : elle portait souvent une robe constituée de quatre jupes superposées, une toque de dentelle blanche ornée de broches en émeraude et des souliers de daim blanc.

 

Valide Sarayı

 

Le palais de la Sultane Valide, photo du site Wowturkey

 

 

Elle aimait beaucoup son palais de Maçka, construit à l’origine par le sultan Abdülaziz mais ne pouvait s’y rendre autant qu’elle le souhaitait car Abdülhamid exigeait qu’elle reste tout le temps après de lui. Elle parvenait parfois à s’y rendre en cachette le vendredi après la cérémonie du Selamlık mais dès que le sultan se rendait compte de son absence, il envoyait une calèche pour la ramener. Le jour où elle sentait que la mort approchait, Perestu s’échappa car elle voulait mourir à Maçka. Ce palais qu’elle aimait tant fut détruit en 1920.

 

Le manoir du prince héritier Mehmet Selim Efendi ( Şehzade Mehmet Selim Efendi Konaği), fils ainé du sultan Abdülhamit II.

 

Il se trouvait au croisement de Teşvikiye Caddesi et Hüsrev Gerede, à l’emplacement où fut édifié ensuite Narmanlı Apartimanı. Je n’en ai pas trouvé de photo mais les témoignages de l’époque disent que c’était un somptueux palais.

 

Şehzade Mehmet Selim Efendi

 

    Mehmet Selim Efendi était le second enfant et le premier fils d’Abdülhamid. Né en 1870 à Dolmabahçe, il a donné au sultan Abdülhamid son premier petit-enfant en 1888, Nemika Sultan. Après la chute de l’empire, Mehmet Selim Efendi a vécu en exil à Bayrouth puis été enterré à Damas dans le jardin de la mosquée du Sultan Selim, où reposent de nombreux membres de la dynastie ottomane morts après 1923.

 

Le palais de la sultane Şadiye ou Palais de Nişantaşı (Nişantaşı Sarayı)

 

             Il a été construit en 1878 et donné plus tard en cadeau à Şadiye Sultan, neuvième enfant et cinquième fille d’Abdülhamid, née en 1886 de la sultane Emsalinur, au palais de Yıldiz. Partie en exil à Salonique avec son père, Şadiye obtient en 1910 l’autorisation de retourner à Istanbul pour se marier avec Ahmet Fahir Bey. Elle s’installe dans son palais de Nişantaşı qu’elle décore à son goût et y retrouve un train de vie princier. Elle y reçoit tous les lundis et passe son temps libre à jouer du piano. L’été, elle se rend dans son manoir de Erenkoy.

 

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Palais de la sultane Şadiye photo Wowturkey

 

Devenue veuve, elle se remarie avec un diplomate, Reşat Halis Bey et vit à l’étranger, en particulier à Paris. En 1963, la revue Hayat lui propose de réaliser un reportage sur son passé. Ce sera le matériau d’un livre intitulé La vie au harem sous le règne d’Abdülhamid. (II.Abdülhamid Devrnde Harem Hayatı) Quant au merveilleux palais de Nişantaşi, il fut détruit en 1920, deux ans après la mort d’Abdülhamid.

 

Sadiye-Sultan--2-.jpgLa sultane Şadiye

 

Le palais de Ahmed Reşid Pacha (Ahmed Reşid Bey Konagı)

 

Ce palais, édifié en 1869 et détruit en 1939, fut la demeure de Ahmet Reşit Rey (1870-1956), haut fonctionnaire ottoman, père du compositeur Cemal Reşit Rey. Ahmed Reşid Pacha fut pendant quatorze ans le secrétaire d’Abdülhamid II et a aussi occupé de hautes fonctions dans plusieurs pays étrangers, jusqu’à sa démission au Traité de Sèvres, date après laquelle il abandonne la politique et se consacre à la littérature en exerçant le métier de professeur au Lycée de Galatasaray. Ahmed Reşid Pacha est l’auteur de nombreuses études littéraires, en particulier sur la littérature française et il a publié plusieurs œuvres littéraires sous le pseudonyme de Nazım.

 

Ahmed-re-it-bey-konag-.jpgPalais de Ahmed Reşid Pacha, photo Wowturkey

 

Le palais du Pacha Reşid Mümtaz (Reşid Mümtaz Paşa Konağı)

 

Edifié en 1860, il fut construit pour le pacha Reşid Mümtaz, ministre des Affaires intérieures sous Abdülhamid II puis maire d’Istanbul entre 1906 et 1908. Ce fut un incendie qui, en 1940, fit disparaître ce somptueux édifice, qui avait abrité, dans les années 1930, le lycée de Şişli terakki.

 

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Palais du Pacha Reşid Mümtaz, photo Wowturkey

 

Le palais du Pacha Halil Rıfat Paşa (H alil Rıfat Paşa konağı)

 

             Le Pacha Halil Rıfat (1827-1901) est un haut fonctionnaire ottoman, qui après avoir occupé la fonction de préfet de Sivas et d’Izmir devint pendant six ans ministre du sultan Abdülhamid II. Il est connu pour avoir fait tracer des centaines de kilomètres de routes. Son merveilleux palais, édifié en 1895, abrita dans les années 1930 le lycée de Şişli Terakki,

avant d’être détruit en une seule nuit en 1944.

 

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Konak de Pacha Halil Rıfat, photo Wowturkey

 

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Pacha Halil Rıfat

 

 

Penser que toutes ces demeures de légende ont disparu procure une effroyable nostalgie.

Orhan Pamuk l’appelle, dans Istanbul, Souvenir et Ville, « la tristesse des palais de pachas qu’on détruit… »

 

 

 

 

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle Histoire de la Turquie nisantasi Orhan Pamuk

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2003 : La Trilogie d’Istanbul I,  Fenêtres d’Istanbul.

2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

2012 : Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, livre et CD d’Erol Köseoglu.

2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

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