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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 14:24

Comme tout le monde le sait, chaque semaine voit son lot de réfugiés noyés : la journée du 5 janvier fut un jour funeste : les corps sans vie de 31 migrants, pour la plupart des femmes et des enfants, sont venus s’échouer sur les plages d’Ayvalik, près d’Izmir, leur embarcation ayant coulé dans la tempête. Signalons que les gilets de sauvetage de ces pauvres victimes n’en étaient pas, des aigrefins privés de toute conscience morale (dont certains ont été arrêtés par la police) leur avaient vendu de soi-disant gilets mais… bourrés de coton !

Photo du Journal Hurriyet du 19 janvier 2016

Photo du Journal Hurriyet du 19 janvier 2016

Le jour de ce drame atroce, parmi les corps sans vie des migrants, les vagues ont apporté le journal intime d’une jeune fille, écrit en arabe. La traduction en turc des pages trempées d’eau de mer,  qui a été publiée hier dans la presse turque, a fait couler des larmes aux lecteurs. Car la jeune fille (dont on ne sait si elle fait partie des victimes ou si elle est encore en vie) y confie son espoir fou de parvenir à fuir la guerre avec son amoureux puis raconte ensuite comment il a réussi à s’échapper en Allemagne mais sans elle, en l’abandonnant !

Photo du Journal Hurriyet du 19 janvier 2016

Photo du Journal Hurriyet du 19 janvier 2016

Le journal, commencé en 2013, est le témoin de son grand amour pour celui qu’elle nomme « Besil », qui commence pendant la guerre civile de Syrie. La jeune fille parvient à le rejoindre à Damas et finalement, ils fuient tous les deux vers la Turquie. Mais là, son amoureux l’abandonne pour passer en Allemagne et c’est par les réseaux sociaux qu’elle apprend qu’il est arrivé à bon port :

La Méditerranée-tombeau 3 : Une larme de plus pour le journal du désespoir !

Je regarde ton Facebook. En constatant qu’il est actif, il me semble que je retourne à la vie, je deviens heureuse. Les jours où je suis loin de toi, je meurs mille fois.  Quand je suis loin de toi, je ne peux plus vivre comme un être normal, je suis comme morte… Tu m’as laissée pour partir en Allemagne.  Comme tu es cruel ! Est-ce que tu imagines combien j’ai souffert, quel a été mon chagrin ? Est-ce que tu t’es libéré de moi en partant ?  Tu vis dans mon cœur et dans ma vie. Je voudrais être près de toi à chaque minute. Je vis en pensée avec toi.  

Elle finit en espérant qu’il lise un jour son cahier : 

Un jour, en lisant ce journal, tu comprendras ce que j’ai vécu. Car viendra forcément le jour où tu le liras. Cet amour ne t’a pas fait autant souffrir que moi. Je sais que j’aurais dû essayer de t’oublier mais je ne t’oublie pas. Tu me manques, mon cœur veut te voir. Je voudrais entendre ta voix. Maintenant, tu es très loin de moi. Là où tu es, tu commences une nouvelle vie. Quant à moi, je ne t’ai pas oublié, un vide habite mon cœur, je ne veux personne d’autre que toi, je n’ai aimé personne d’autre que toi. 

Pauvre couple d’amoureux !

J’imagine le dilemme du jeune homme, qui a peut-être été confronté au choix le plus déchirant de sa vie, parvenir à s’échapper, mais seul, car les passeurs rechignent à embarquer des femmes ( la plupart des noyés sont des femmes et des enfants qui n’ont pas la force de nager dans les vagues en cas de naufrage…) !   

J’imagine le désespoir de la jeune fille, abandonnée sur une terre étrangère par celui avec lequel elle était parvenue à fuir l’horreur !

Pauvre couple d’amoureux, victimes de la barbarie des hommes qui ont érigé la guerre en banale habitude !

Il n’y a rien à ajouter, seulement une larme !

La Méditerranée-tombeau 3 : Une larme de plus pour le journal du désespoir !

Cet article a été écrit à partir des informations données par la presse turque, en particulier l’article de Taylan Yildirim dans le journal Hurriyet du 19 janvier 2016 et dont j’ai traduit les citations du cahier en français.

Mes autres articles sur le drame des réfugiés en Egée et en Méditerranée :

« Necromare », la Méditerranée-tombeau, notre honte à tous ! 3.09.2015 http://gisele.ecrivain.istanbul.over-blog.com/2015/09/necromare-la-mediterranee-tombeau-notre-honte-a-tous.html

La Méditerranée-tombeau 2 : Et pourtant, ne le savait-on pas déjà ? 4.09.2015

http://gisele.ecrivain.istanbul.over-blog.com/2015/09/la-mediterranee-tombeau-2-et-pourtant-ne-le-savait-on-pas-deja.html

 

 

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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 08:54
La Méditerranée-tombeau (2) : Et pourtant, ne le savait-on pas déjà ?

(Finalement, on peut se poser une question : cela fait des mois, voire des années, qu’on nous montre dans la presse et les réseaux sociaux des photos de migrants noyés en Méditerranée, bien souvent des enfants. Ces naufrages se sont multipliés, en particulier depuis avril, l’arrivée de la belle saison encourageant ces pauvres gens à tenter leur chance sur les flots. On ne parvient plus à compter les victimes, dont le chiffre s’est parfois élevé jusqu’à 400 personnes d’un coup.

(La terrible photo de cette réfugiée luttant contre la noyade, à bout de forces, a été publiée la semaine dernière, je l'ai copiée sur des journaux turcs, j'en ignore l'auteur...)

Et jusque là, rien n’a changé. L’horreur s’est banalisée à tel point qu’on tourne vite la page et on vaque à ses occupations.

Jusque là ? Jusqu’à ce que le cadavre d’Aylan, immortalisé par la photographe turque Nilufer Demir, ne fasse le tour du monde et ne suscite enfin un sentiment oublié :

la compassion !

la Une du Times

la Une du Times

La Une du journal Hurriyet

La Une du journal Hurriyet

Aussitôt, partout, des artistes ont réinterprété la photo, dont voici deux exemples réalisés en Turquie :

Dessin de Murat Sayin, 3 septembre 2015

Dessin de Murat Sayin, 3 septembre 2015

Dessin d'Omer Tosun, 3 septembre 2015

Dessin d'Omer Tosun, 3 septembre 2015

La Méditerranée-tombeau (2) : Et pourtant, ne le savait-on pas déjà ?

Pourquoi ce cliché plutôt qu’un autre ? La semaine dernière, n’avait-on pas déjà pu voir des dizaines de clichés de petits noyés ?

Peut-être parce que la vague avait placé ce petit bonhomme dans la position du sommeil, que l’on connaît bien chez les bambins, sur le ventre, le postérieur relevé ?

Ou qu’il paraissait si fragile qu’on s’imaginait en train de le prendre dans les bras ?

Ou parce sa petite tête ronde semblait appeler une main pour la caresser ?

Ou plus prosaïquement, parce que ses habits bien propres, et ses baskets à la mode l’assimilaient à un enfant « de chez nous » et que soudain, le monde occidental a pu se dire, « Ce pourrait être mon enfant » ?

Ou parce que l’agence de presse à laquelle appartient la photographe est assez puissante pour avoir pu diffuser la photo internationalement ?

La Méditerranée-tombeau (2) : Et pourtant, ne le savait-on pas déjà ?

Quoi qu’il en soit, on ne peut que remercier la photographe turque Nilufer Demir d’avoir réalisé ces clichés. Tout le monde sait qu’en 1972, la photo de Nick Hut montrant des enfants brûlés au napalm, dont une petite fille horrifiée, courant nue sur la route, avait contribué à faire changer l’opinion des Américains sur la Guerre du Vietnam.

Espérons que la photo de Taylan Kurdi, adorable bambin de trois ans mort à cause de la folie des hommes, inscrive une nouvelle date dans l’Histoire. On n’a pas beaucoup d’espoir… On sait bien qu’à partir du moment où les pays dits développés fabriquent des armes, il leur faut des champs de bataille pour les écouler ! On veut espérer quand même…

Sinon, nos descendants diront de nous : « A cette époque, des milliers de touristes se baignaient en Méditerranée et à quelques mètres d’eux, il y avait des enfants fuyant la guerre qui se noyaient mais ça n’émouvait personne ! »

Et ils nous citeront en exemple de la barbarie !

Magnifique dessin montrant les animaux marins versant des larmes, j'ignore le nom de l'auteur mais je l'ajouterai dès que je l'aurai trouvé....

Magnifique dessin montrant les animaux marins versant des larmes, j'ignore le nom de l'auteur mais je l'ajouterai dès que je l'aurai trouvé....

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 14:55
« Necromare », la Méditerranée-tombeau, notre honte à tous !

Le monde entier a pu voir sur les réseaux sociaux la photo d’Aylan, petit réfugié syrien de trois ans échoué comme un poisson mort sur une plage de Bodrum.

Nous en avons tous été bouleversés. Ce joli petit bonhomme, avec ses jolies petites chaussures, apporté par la vague dans la position d’un bébé qui dort ! Innocent !

Un petit ange noyé suite au naufrage du bateau gonflable qui devait conduire en Grèce un groupe de douze réfugiés syriens, dont huit enfants, sur une embarcation défectueuse, sans doute vendue à prix d’or par des trafiquants infâmes.

Dessin de l'égyptien Islam Gawish, publié sur les réseaux sociaux...

Dessin de l'égyptien Islam Gawish, publié sur les réseaux sociaux...

Certains se sont insurgés, au nom de leur âme sensible, contre le caractère atroce des photos. « Non, ne nous les montrez pas, nous ne voulons pas les voir ! »  D’autres les ont « signalées »  sur Facebook pour les faire effacer. D’autres les ont floutées !

Pourtant, ce ne sont pas les photos qui sont atroces, c’est la réalité !

La journaliste de groupe de presse turc Dogan (DHA), Nilufer Demir, a expliqué pourquoi, passé le choc émotionnel, elle avait décidé de photographier le cadavre d’Aylan : pour alerter le monde entier ! Et elle a eu raison, à mon avis. Plus personne ne peut dire : « Je ne savais pas » !

« Necromare », la Méditerranée-tombeau, notre honte à tous !

Ces clichés se multiplient depuis des mois : pour ne citer qu’un exemple, le 30 août, nous avions déjà eu le cœur broyé par des images semblables d’enfants jetés comme du bois flotté sur le sable du rivage.

Désolée de publier ces photos horribles mais il me semble que notre devoir est de ne pas nous taire, de parler, de hurler et surtout, de ne pas jouer à l’autruche. Car des Aylan, il y en a eu des dizaines, il y en a chaque jour !

23700 migrants se sont noyés en Méditerranée ces dernières années selon les chiffres de l’Onu.

« Nous ne sommes pas responsables » disent certains, disons-nous.

Certes, nous ne le sommes pas au niveau individuel, nous « ne pouvons rien faire », mais nous le sommes au niveau des états qui nous représentent !

Combien de temps encore la communauté internationale va-t-elle se « laver les mains » de ces drames ?

Les états, si vigilants quand leurs intérêts sont menacés, semblent s’accommoder de ces tragédies. L'horreur se banalise !

« Necromare », la Méditerranée-tombeau, notre honte à tous !

Ce jeune homme ne fait pas de tourisme ; sur une chambre à air, avec une paire de tongs comme rames, il tente de gagner l’île de Kos ; il a eu la chance d’être remorqué par un voilier de touristes ; mais d’autres n’auront pas cette opportunité…

Les pays limitrophes de la Syrie ont accueilli quatre millions de réfugiés : deux millions en Turquie, un million cent mille au Liban, sept cent mille en Jordanie (chiffres ONU août 2015). La Grèce a fait rentrer cette semaine à Athènes, venant de l’île de Midilli,  4200 personnes.

La minuscule île grecque de Kos, débordée par 6000 migrants,  s’est vue l’objet non pas de la compassion mais de la réprobation des touristes, qui disent que c’est « le bazar » et que c’est gênant, tous ces miséreux qui vous regardent quand vous mangez un bon repas au restaurant !

Quand les pays riches et dits « développés », si prompts à donner des leçons de droits de l’homme à leurs voisins, vont-ils entamer une action commune pour faire cesser cette ignominie et porter secours à ces malheureux avant que la mer ne les engloutisse encore  ? 

Notre belle Méditerranée, berceau de tant de civilisations, devra-t-elle désormais s’appeler « Necromare » ?

Ce n’est pas seulement le petit corps de Taylan qui s’est échoué sur la plage, c’est l’humanisme !

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Contributions : Un roman turc de Claude Farrère, Le Jardin fermé, Un Drame à Constantinople...
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Livres de Gisèle Durero-Köseoglu

2003 : La Trilogie d’Istanbul I,  Fenêtres d’Istanbul.

2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

2012 : Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, livre et CD d’Erol Köseoglu.

2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

2015 : Parution février: Sultane Gurdju Soleil du Lion, Dynasties de Turquie médiévale II.

 

 

 

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