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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 06:38

C’est le 29 octobre 1783 que s’éteint Jean le Rond D’Alembert, un des phares du XVIII e siècle.

Mais qui était donc ce petit génie, trop souvent réduit à son « théorème » et sa « martingale », ou escamoté par les livres de littérature qui ne retiennent de lui que le Discours préliminaire de l’Encyclopédie ?

Le 29 octobre 1783 disparaissait Jean le Rond D'Alembert...
Le 29 octobre 1783 disparaissait Jean le Rond D'Alembert...

Un enfant trouvé

Fils adultérin que la belle et célèbre Claudine de Tencin a eu avec le chevalier Destouches, il est abandonné sur les marches de la chapelle Saint-Jean le Rond, d’où son nom…

Retrouvé par son père, qui assurera son éducation, il est confié à une mère adoptive, Madame Rousseau, chez laquelle il vivra presque toute sa vie.

La bosse des maths

Un de ses distractions consiste à rechercher les erreurs dans les livres de maths de son époque. C’est le sujet du premier travail qu’il présente à l’Académie des sciences l’année de ses 22 ans. Et il publie son Traité de Dynamique à 26 ans !

Le 29 octobre 1783 disparaissait Jean le Rond D'Alembert...
Le 29 octobre 1783 disparaissait Jean le Rond D'Alembert...

D’Alembert devient homme de lettres

Diderot le mobilise pour l’Encyclopédie, à laquelle il se consacre pendant cinq ans et dont il rédigera le Discours préliminaire. Mais en 1759, découragé par les persécutions, D’Alembert abandonne l’entreprise, au grand dam de Diderot.

Le 29 octobre 1783 disparaissait Jean le Rond D'Alembert...
Le 29 octobre 1783 disparaissait Jean le Rond D'Alembert...

Le grand amour avec Julie de Lespinasse

D’Alembert, qui fréquente les Salons, y rencontre en 1747, Julie de Lespinasse, célèbre salonnière, lectrice de Madame du Deffand et elle-même fille illégitime d’une grande dame. Le salon de Julie, crée en 1764 et immortalisé par le Rêve de d’Alembert, de Diderot, sera surnommé le « laboratoire de l’Encyclopédie ». Ce n’est cependant qu’en 1765 que D’Alembert a le courage de quitter Maman pour essayer de vivre avec Julie ! Mais l'égérie des philosophes va s’éprendre successivement de deux autres hommes, et, déçue, mourra à 43 ans en 1776.

Le 29 octobre 1783 disparaissait Jean le Rond D'Alembert...
Le 29 octobre 1783 disparaissait Jean le Rond D'Alembert...

Les œuvres littéraires de D’Alembert

Assez méconnues, la plupart des œuvres littéraires de D’Alembert sont tombées aux oubliettes et ne sont même pas rééditées ! Les amateurs pourront lire sur Internet son délicieux Dialogue entre Descartes et Christine de Suède aux Champs Élysées, écrit en 1787.

Ah ! Jean le Rond, aussi doué pour la littérature que pour les maths !

Le 29 octobre 1783 disparaissait Jean le Rond D'Alembert...
Le 29 octobre 1783 disparaissait Jean le Rond D'Alembert...
Le 29 octobre 1783 disparaissait Jean le Rond D'Alembert...
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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Littérature pour le lycée D'Alembert Littérature Rousseau Diderot
5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 23:00

On connaît la célèbre phrase  de Rousseau dans la lettre qu’il envoya à Madame de Francueil pour justifier l’abandon de ses cinq enfants :

Vous connaissez ma situation, je gagne au jour la journée mon pain avec assez de peine ; comment nourrirais-je encore une famille? Et si j'étais contraint de recourir au métier d'auteur, comment les soucis domestiques et les tracas des enfants me laisseraient-ils, dans mon grenier, la tranquillité d'esprit nécessaire pour faire un travail lucratif ? Les écrits que dicte la faim ne rapportent guère et cette ressource est bientôt épuisée.

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Que faut-il comprendre dans cette phrase ? Personnellement, ce que j’y devine dans l’implicite, c’est quelque chose comme : « Si j’avais dû écrire pour gagner ma vie, je devais renoncer à l’écriture ou du moins je n’aurais écrit que des œuvres banales »… Ah, mon cher Jean-Jacques, la vérité est là, travailler pour nourrir tes enfants aurait constitué un obstacle à ton œuvre !

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A moins d’avoir la chance, comme quelques privilégiés d‘autrefois, de posséder ce que l’on nommait une « fortune familiale » ou d’être marié à une personne « riche »,  un des principaux sujets de torture des écrivains est en effet la nécessité de gagner leur vie. Balzac boit des litres de café pour rester éveillé et avoir la force d’écrire la nuit, jusqu’à quatre heures du matin, les épisodes de romans feuilletons qui seront publiés au matin dans le journal et qui lui assurent un gagne-pain.

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Aujourd’hui en France, un écrivain gagne entre 1.50 et 2.50 euros par livre vendu. Quand le livre sort, 1’écrivain perçoit une avance ou « à-valoir », dont le montant dépend de sa notoriété. Un an plus tard, il touche ses droits d’auteur sur la vente du livre, de 8 à 12 % selon son succès.

Un article de Rue 89 Eco ( http://www.rue89.com/2008/11/09/comment-les-ecrivains-francais-gagnent-leur-vie), signé par Hubert Arthus et David Servenay, en 2008, analysait la situation : en France, environ 150 écrivains vivent aujourd’hui confortablement de leur plume, comme Anna Gavalda, Fred Vargas et Amélie Nothomb, Christian Jacq, Jean d’Ormesson, Marc Lévy, Michel Houellebecq, Bernard Weber et Jean-Christophe Grangé. Mais, d’après cet article, 98% des écrivains français se voient dans l’obligation d’exercer un autre métier, souvent lié à la littérature (édition, journalisme, professeur…).

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Le dilemme entre travailler ou s’enfermer pour écrire a-t-il une conséquence sur la carrière des écrivains ? Selon toute logique, il semble évident que l’écrivain devant exercer un gagne-pain autre que l’écriture écrit « moins » en quantité que celui ou celle qui se consacre entièrement à son œuvre. Mais Balzac n’a-t-il pas écrit 91 romans sans jamais cesser de travailler ? Il est vrai que notre cher Honoré possédait un don des dieux : le génie !

Alors, comment font les écrivains qui parviennent à écrire tout en exerçant une activité professionnelle ? Voilà quelques pistes pour ce véritable tour de force :

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Une motivation exceptionnelle : vouloir écrire coûte que coûte, avoir la certitude de réaliser sa vocation, soit préférer l’écriture à toute autre activité ! Un écrivain n’est jamais  « en vacances » au sens où les autres personnes comprennent ce mot. Les plus belles vacances, c’est écrire 18 heures sur 24 !

 

Le sens du sacrifice : éviter de se laisser aller à la facilité en préférant s’affaler devant la télévision pour évacuer sa fatigue plutôt que d’aller écrire.  

  

Une formidable organisation du temps : apprendre à utiliser chaque seconde de sa vie pour écrire, écrire dans le bruit, écrire en préparant le repas, écrire dans le métro, écrire dans les situations où personne ne pourrait imaginer que l’écrivain est en train de le faire !

Un entourage compréhensif : c'est-à-dire un conjoint possédant suffisamment d’intérêts personnels dans sa propre vie pour être capable d’assumer les heures d’isolement de l’écrivain.

« L’écriture, c’est donc une galère ! »  allez-vous dire. Vous aurez sans doute raison. Reste à savoir pourquoi certains d’entre nous la choisissent. Cela  amènera un autre sujet de réflexion dont la réponse est bien mystérieuse : pourquoi devient-on écrivain ?

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Littérature pour le lycée Littérature Rousseau Balzac
11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 20:10

Hier soir, à Notre Dame de Sion, a été joué pour la première fois en Turquie l’opéra de Rousseau Le Devin du village.  

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Commentaire d’un monsieur : « C’est bien parce que c’est du Rousseau que l’on  écoute une musique aussi monotone. Sinon… »

Commentaire personnel : «  Quel génie, ce Rousseau ! Non content d’être un des plus grands écrivains de la littérature mondiale, il était aussi capable de composer des opéras ! »

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Ah, Jean-Jacques ! A qui ou à quoi pensais-tu en composant cet air délicieux : "J'ai perdu tout mon bonheur"...

Un des musts d’Istanbul : un petit déjeuner à 7h15 au Café  Emek à Yeniköy, près de l’embarcadère où se déploie l’incessant ballet des bateaux de toutes sortes.  Et un petit ami, bien familier…

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Le patron est un Kémaliste convaincu, son Atatürk est très « kitsch » !

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Quelques pas pour admirer le romantique jardin de l’église orthodoxe Panayia Kumariotisa, avec son merveilleux clocher de bois à trois étages…

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La librairie ouvre et installe le nouveau livre d’Orhan Pamuk, sorti aujourd’hui ; je suis la première cliente. Le livre est consacré à “L'innocence des Choses”, c’est à dire à des photos, souvenirs  et objets  visibles dans le fameux “Musée de l’Innocence”…  petit feuilletage dans la voiture : tout cela me semble nostalgique à souhait… je sens que je vais adorer…

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Lors d’une heure de libre entre deux cours, promenade dans le merveilleux parc de Tarabya pour admirer les arbres en fleurs.

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 SAM 1168 Le Pawlonia  exhibe ses grappes bleues.

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Mais celui du jardin de l’ancienne résidence d’été de l’Ambassade d’Angleterre à Tarabya ( qui a brulé en 1913 en même temps que le yalı des Français, a timidement fleuri cette année ; une seule branche… Il semble que la majeure partie de ce majestueux arbre « historique » ait gelé durant l’hiver…

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 Et pour finir, une belle odalisque du peintre Kamil Aslanger…

 

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle Littérature Littérature pour le lycée Rousseau
3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 22:31

Cette semaine se tient au Lycée Notre Dame de Sion, à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Rousseau, le colloque littéraire “Rousseau et la Turquie”, organisé par Martin Stern et  Rémy Hildebrand.

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 L’exposition, inaugurée ce soir, est l’occasion pour les passionnés de Rousseau de découvrir des pièces inédites. Ce que j’ai personnellement le plus aimé ? Des manuscrits de Rousseau, en particulier celui du Contrat social et de La Profession de foi du Vicaire savoyard, qui permettent d'admirer la belle écriture de Jean-Jacques ; des gravures, des partitions mais surtout, un recueil de chansons composées par Rousseau et intitulé : Les Consolations des misères de ma vie ou recueil de romances !  

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Et un portrait d’Atatürk en train de lire Le Contrat social.

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Pour ceux qui l’ignorent encore, précisons que Le Devin du village, opéra de Jean-Jacques, sera joué à Notre-Dame de Sion le jeudi 10 mai et que  le jeudi 31 mai aura lieu un spectacle de récitation de textes  sur de  la musique de Rousseau.

Le Musée de l’Innocence, d'Orhan Pamuk, a ouvert ses portes à Çukurcuma. Je ne manquerai pas de vous en donner bientôt un compte-rendu…

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 Photo du quotidien Hürriyet

Mon coup de foudre du mois, les tableaux du peintre orientaliste Emile Eisman Semenovsky : 

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Une quatrième édition en turc pour La Sultane Mahpéri, et une nouvelle couverture :

Nouvelle édition d'octobre 2011 en français :

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Nouvelle édition mai 2012 en turc mais avec deux couvertures, en fonction des endroits de distribution : la couverture "seldjoukide" (identique à celle de l'édition en français) pour les amateurs d'authenticité et la couverture ci-dessous,  considérée "grand public" :

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 Les amateurs de “Turqueries” apprécieront le rococo  de ces meubles vus chez un brocanteur. “Vendus”. Qui donc a acheté cette colossale salle à manger aux fauteuils de sultan ? le propriéaire d’un yali ?

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Les éditions Everest n'ont pas lésiné sur la réclame du dernier livre d'Ahmet Ümit. Cette publicité flotte comme un immense drapeau au-dessus de Rumeli Caddesi, une des rues les plus fameuses du quartier de Nişantaşı :

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 Et pour finir, un supporter "pur et dur" de l’équipe de  Galatasaray, le gardien des lavabos d'un village de brocanteurs : “ Les toilettes = 50 centimes mais pour les partisans de Fenerbahçe, une lira !”

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans L'Istanbul de Gisèle Rousseau Littérature Littérature pour le lycée Orhan Pamuk
7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 22:04

“Mon père, après la naissance de mon frère unique, partit pour Constantinople, où il était appelé, et devint horloger du sérail” déclare Rousseau dans Les Confessions.

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Jean-Jacques naîtra des retrouvailles de ses parents après le séjour turc d’Isaac. Ce dernier a-t-il vraiment réglé les pendules du Palais de Topkapi ou n’était-il qu’un simple artisan parmi tant d’autres chargés d’entretenir en Orient les montres que les Suisses commençaient à exporter ? Il semble probable que si Isaac avait réellement occupé la fonction d’horloger du sérail, il n’aurait pas manqué de faire venir sa famille à Istanbul.      Isaac.jpg

Isaac Rousseau

Mais de ce père négligent, qui abandonna quasiment ses enfants, Jean-Jacques gardera toute sa vie l’image idéalisée de “l’horloger du sérail”, si bien que l’on retrouve dans son œuvre de nombreuses références à l’Empire ottoman.

STP63299.JPGLa plaque dédiée à Isaac Rousseau sur la place de Galata

De plus, au XVIIIe siècle, on raffole des Turqueries. Lorsque le peintre Van Mour, sur les instances de Monsieur de Ferriol, Ambassadeur du roi, réalise une centaine de tableaux représentant tous les costumes de l’Empire ottoman, son livre, Recueil de cent estampes représentant différentes nations du Levant, gravées sur les tableaux peints d’après nature  en 1707 et 1708, par les ordres de M de Ferriol, Ambassadeur du Roi à la Porte, obtient un tel succès que sa publication va marquer une étape importante dans l’histoire de l’Orientalisme : non seulement, ses gravures constitueront une inépuisable source d’inspiration pour de nombreux écrivains et artistes mais aussi, chacun se met en tête de revêtir un costume turc ou de se faire portraiturer avec.

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Le Comte de Vergennes en costume turc par Antoine de Favray, 1766

Rousseau n’échappe pas à la mode. Dès 1756, à Montmorency, il porte le kaftan, qu’il trouve très confortable :

Je pris l’habit arménien. Ce n'était pas une idée nouvelle ; elle m'était venue diverses fois dans le cours de ma vie, et elle me revint souvent à Montmorency, où le fréquent usage des sondes, me condamnant à rester souvent dans ma chambre, me fit mieux sentir tous les avantages de l'habit long… (Les Confessions, Livre XII)

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On peut donc supposer que c’est douillettement enveloppé dans son habit oriental que Jean-Jacques écrivit La Nouvelle Héloïse, Du Contrat social et Emile ou de l’Education.  

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Il envisage même une garde-robe complète : La commodité d'un tailleur arménien, qui venait souvent voir un parent qu'il avait à Montmorency, me tenta d'en profiter pour prendre ce nouvel équipage, au risque du qu'en dira-t-on, dont je me souciais très peu. Cependant, avant d'adopter cette nouvelle parure, je voulus avoir l'avis de madame de Luxembourg, qui me conseilla fort de la prendre. Je me fis donc une petite garde-robe arménienne.

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Il est aidé dans cette entreprise par une dame, Madame Boy de la Tour, qui prend plaisir à exaucer tous les vœux de son idole. Mais Voltaire ne se prive pas de railler les lubies orientales de Jean-Jacques : il lui trouve une allure de « saltimbanque » !

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Le scandale déclenché par ses livres et leur interdiction par le Parlement de Paris, qui condamne l’auteur à une « prise de corps »,  contraignent Rousseau à fuir à Môtiers, en Suisse, village administré par la Prusse.

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 La maison de Môtiers, éphémère refuge de Rousseau entre 1762 et 1765, jusqu’à ce que les murs n'en sont lapidés par une foule en colère contre le philosophe…

Jean-Jacques consulte le pasteur, qui l’autorise à se rendre au temple dans son costume oriental doublé de fourrure : 

Je pris donc la veste, le cafetan, le bonnet fourré, la ceinture ; et après avoir assisté dans cet équipage au service divin, je ne vis point d'inconvénient à le porter chez milord maréchal. Son excellence, me voyant ainsi vêtu, me dit pour tout compliment, Salamaleki ; après quoi tout fut fini, et je ne portai plus d'autre habit…  

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 Un ami de Jean-Jacques a raconté l’anecdote suivante ; son kaftan effrayait les vaches !

Un autre jour, nous revenions d'herboriser avec lui : un troupeau de vaches, engagé dans les sinuosités du sentier que nous suivions, marchait vers nous pour s'en retourner au hameau. M.Rousseau était affublé d'une houppelande rouge, assez semblable pour la forme, à la soutane ecclésiastique ; c'est pourquoi quelques écoliers, par plaisanterie, le nommaient entre eux le prêtre arménien. Un de ces animaux, effarouché à l'apparition du manteau, fit un bond, enfonça et franchit, à deux pas de M. Rousseau, la haie qui bordait son chemin…

 

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Pour finir, je me permettrai une remarque, très cher Jean-Jacques.

Toi qui passas ta vie à vilipender le luxe, n'étais-tu pas, toi aussi, comme Denis (cf. l’article sur la robe de chambre de Denis Diderot), un sacré coquet, tout de même ?

  

Sources : Toutes les photos de cet article sont prises sur Internet. Les citations de Rousseau sont extraites des Confessions. J'ai consulté aussi la très intéressante étude de Yolande Crowe (2007)  sur le manteau arménien de Rousseau. 

 

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Littérature pour le lycée Rousseau Littérature Manteau de Rousseau
18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 16:29

     J’inaugure aujourd’hui dans mon blog une nouvelle rubrique :

     Littérature pour le lycée

      Qu’on ne s’alarme pas ! Cette catégorie n’est pas consacrée à des exercices de méthode de l'Eaf mais plutôt à l’évocation de tous ces grands auteurs qui ont fait et feront encore, je l’espère, les délices de ma vie.  Je vais donc essayer de les faire revivre comme les hommes et les femmes qu’ils ont été, avec leurs chagrins, leurs passions et l'extraordinaire témoignage qu’ils en ont laissé dans leurs œuvres. Cette rubrique n’a pas d’ordre précis, elle suivra le rythme de mes cours du moment ou... de mon inspiration.

Aussi, pour commencer, en ce gris jour d’automne stambouliote, vais-je vous raconter...

  Le fol amour de Rousseau pour Madame de Warens

jj.jpg          Jean-Jacques n’a que seize ans lorsque, fuyant la dureté du graveur chez lequel il est en apprentissage à Genève, il fait une fugue. Et pas une fugue ordinaire : il part tout seul à pied et sans argent vers la Savoie, en France !

Un curé, Monsieur de Pontverre, qui ambitionne de convertir au catholicisme un jeune protestant, l’envoie chez une dame qui s’occupe des nouveaux convertis. Jean-Jacques s’imagine qu’il va rencontrer  « une vieille dévote bien rechignée ». Mais non ! Celle qui lui apparait, le jour des Rameaux de 1728, a vingt-neuf ans et « un visage pétri de grâces, de beaux yeux bleus pleins de douceur, un teint éblouissant… une gorge enchanteresse… »

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Madame de Warens était-elle aussi belle que le dit Rousseau ? Difficile d'en juger aujourd'hui, vu l'évolution des canons de beauté... (Illustration du site du Musée de Chambéry) 

C’est donc le coup de foudre pour Jean-Jacques !

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Illustration d'époque pour Les Confessions

Au bout d’un an, après bien des péripéties, Jean-Jacques s’installe chez Madame de Warens. Précisons quand même qu’à cette époque, Françoise a un autre homme dans sa vie, son intendant, Claude Anet. Il gère ses biens et l’aide à herboriser, car Madame de Warens fait le commerce des plantes aromatiques. Rousseau, lui aussi, se lance dans le jardinage.

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 Au début, la relation entre Jean-Jacques et Françoise est celle d’un fils à sa  mère.  Il l’appelle « Maman », elle le nomme « Petit ». Rousseau n’a pas connu sa mère biologique, décédée dans les jours suivants sa naissance ; affamé de tendresse, il se réfugie dans l'affection de Françoise et savoure la douceur de cet amour platonique. Et même s’il tente par trois fois de s’assumer seul en s’éloignant, il finit toujours par revenir. Elle est devenue son idole !

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En 1732, il a vingt ans et Françoise déménage pour s’installer dans une maison à Chambéry. Là, « Maman » parachève l’éducation de "Petit" en musique, littérature, arithmétique. Comme elle joue du clavecin et que Jean-Jacques est passionné de musique (n'oublions pas que, plus tard, il écrira les articles de musique de l'Encyclopédie, inventera un système de notation musicale et composera deux opéras) , ils se produisent tous deux dans de petits concerts.

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Puis, pour gagner quelques sous, Rousseau se met à donner des cours de musique aux filles des amies de Françoise.  

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 Seulement voilà ! Une des amies jette son dévolu sur Rousseau ! Et que fait Maman ? Elle est jalouse !  Elle se rend compte que son « Petit » a grandi et qu’une autre femme va le lui enlever. Aussi décide-t-elle, pour se l'attacher,  de le « traiter en homme » !

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En fin de compte, Rousseau regrettera cette évolution de leur relation.

Elle était pour moi plus qu'une sœur, plus qu'une mère, plus qu'une amie, plus même qu'une maîtresse ; et c'était pour cela qu'elle n'était pas une maîtresse. Enfin, je l'aimais trop pour la convoiter:  Voilà ce qu'il y a de plus clair dans mes idées... J'étais comme si j'avais commis un inceste. Deux ou trois fois, en la pressant avec transport dans mes bras, j'inondai son sein de larmes...

  Et Claude Anet dans tout cela ? Comme on peut l’imaginer, il ne fut pas très content lorsqu'il comprit que la relation entre « Maman » et « Petit » avait un peu changé de nature. Très affecté par cette révélation, en 1734, il tente de se mettre fin à ses jours en avalant du laudanum puis finir par mourir dans des conditions mystérieuses que l’on interpréta comme un suicide.

En 1737, comme elle a des ennuis financiers, Françoise loue une petite maison de campagne, Les Charmettes.

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Ce sera la maison du bonheur.

 Une maison isolée au penchant d'un vallon fut notre asile, et c'est là que dans l'espace de quatre ou cinq ans j'ai joui d'un siècle de vie.

Jean-Jacques a enfin « Maman » pour lui tout seul ! Dans les Confessions, (Livre VI) il écrira à propos de cette période bénie une des plus belles déclarations d’amour de la littérature française :

 Ici commence le court bonheur de ma vie… Je me levais avec le soleil, et j'étais heureux ; je me promenais, et j'étais heureux ; je voyais maman, et j'étais heureux ; je la quittais, et j'étais heureux ; je parcourais les bois, les coteaux, j'errais dans les vallons, je lisais, j'étais oisif, je travaillais au jardin, je cueillais les fruits, j'aidais au ménage, et le bonheur me suivait partout : il n'était dans aucune chose assignable, il était tout en moi-même, il ne pouvait me quitter un seul instant… 

Puis, dans « Le Verger de Madame de Warens » :

Verger cher à mon cœur, séjour de l'innocence,

Honneur des plus beaux jours que le ciel me dispense.

Solitude charmante, Asile de la paix ;

Puissé-je, heureux verger, ne vous quitter jamais...

           Pourtant, ce bonheur idyllique aura une fin.

          Françoise aurait-elle eu un faible pour les jeunes convertis ? Toujours est-il qu'au retour d’un voyage, Rousseau se rend compte qu’il a été supplanté dans le cœur de sa déesse par un autre jeune homme, un perruquier, Wintzenried.

        Ici, je voudrais poser une question à Françoise de Warens : Rousseau nous dit-il vrai ? Tu as vraiment préféré l'amour d'un perruquier à celui d'un des plus grands esprits du XVIIIe siècle ???  Comment obtenir une réponse ? Faire tourner les tables ?

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       Photo du site du Musée des Charmettes

         Jean-Jacques mettra quand même plusieurs années avant de parvenir à couper le cordon avec “Maman”. La relation s’effilochera progressivement jusqu’en 1742, date à laquelle il a le courage de partir, définitivement cette fois, à Paris, pour gagner sa vie.

En dépit des autres passions qu’il éprouvera au long de sa vie, Jean-Jacques n’a jamais oublié son grand amour ;  Françoise de Warens est immortalisée dans son œuvre. A tel point que, plus de trente cinq ans plus tard, dans Les Confessions, il aimerait faire « entourer d’un balustre d’or » le lieu où il l’a rencontrée !

Dans le livre VI des Confessions, il nous raconte comment un petit souvenir de l'époque où il partageait l'existence de son inspiratrice fait naître dans son cœur de singuliers transports. Lors d'une randonnée en montagne avec un ami, il aperçoit une fleur de pervenche.

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Son émotion est telle qu'il ne peut la camoufler ! Parce qu'il vient de se rappeler une promenade faite avec Françoise trente ans auparavant et lors de laquelle elle avait prononcé cette phrase fatidique: "Voilà de la pervenche encore en fleur" ! 

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A la fin de sa vie, dans la dixième rêverie des Rêveries du promeneur solitaire, il lui rend encore hommage, dans une suprême déclaration d’amour, où il regrette de ne pas lui avoir « suffi » :

Aujourd'hui, jour de Pâques fleuries, il y a précisément cinquante ans de ma première connaissance avec madame de Warens. Elle avait vingt-huit ans alors, étant née avec le siècle. Je n'en avais pas encore dix-sept et mon tempérament naissant, mais que j'ignorais encore, donnait une nouvelle chaleur à un cœur naturellement plein de vie. S'il n'était pas étonnant qu'elle conçût de la bienveillance pour un jeune homme vif, mais doux et modeste, d'une figure assez agréable, il l'était encore moins qu'une femme charmante, pleine d'esprit et de grâces, m'inspirât avec la reconnaissance des sentiments plus tendres que je n'en distinguais pas (…)        

Longtemps encore avant de la posséder je ne vivais plus qu'en elle et pour elle. Ah ! si j'avais suffi à son cœur, comme elle suffisait au mien ! Quels paisibles et délicieux jours nous eussions coulés ensemble !

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  • La Trilogie d'Istanbul : Fenêtres d’Istanbul, Grimoire d’Istanbul, Secrets d’Istanbul. La Sultane Mahpéri, Mes Istamboulines, Janus Istanbul (avec Erol Köseoglu).
Contributions : Un roman turc de Claude Farrère, Le Jardin fermé, Un Drame à Constantinople...
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Livres de Gisèle Durero-Köseoglu

2003 : La Trilogie d’Istanbul I,  Fenêtres d’Istanbul.

2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

2012 : Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, livre et CD d’Erol Köseoglu.

2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

2015 : Parution février: Sultane Gurdju Soleil du Lion, Dynasties de Turquie médiévale II.

 

 

 

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