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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 15:20

Si je peux dire que j’ai écrit « toute ma vie », c'est-à-dire à partir de l’âge de dix ans, c’est depuis 2003 que presque tous mes écrits ont été consacrés à la ville d’Istanbul et à l’histoire de la Turquie.

Au cas où vous ne connaîtriez pas encore mes 7 livres, voilà un petit rappel.

La Trilogie d’Istanbul (Editions GiTa Yayinlari, Istanbul)

 

La Trilogie d’Istanbul est une somme romanesque se déroulant à Istanbul entre 1985 et 2008.

 

Livres sur Istanbul de Gisèle Durero-Koseoglu

Le premier tome, Fenêtres d’Istanbul, (2006), est un roman sur la ville d’Istanbul, déchirée entre modernisme et traditions, avec son foisonnement baroque, ses paradoxes dans la condition des femmes…

Dans une rue enneigée, Brave, l’épicier observe les fenêtres d’en face dont il connaît tous les occupants : Perle, héritière d’un manoir sur les rives du Bosphore et dévorée par la passion de l’or ; Avédis, le vieil arménien et sa soi-disant gouvernante, la fille mère Séraphina ; Précieuse, la femme seule, qu’on surnomme “la féministe” ; Tante Hannah et Oncle Moshé, deux vieillards juifs prisonniers de leurs souvenirs ; l’étrangère, inépuisable sujet de commérages des voisins ; On-S’est-Arrêté-Là, paysanne qui vit dans la cave... Et enfin, Lune-de-Tulle, la fille du concierge, que son père a promise à Brave mais qui refuse désormais d’entrouvrir son rideau. Car celui qu’elle regarde en secret, c’est le Tambour du Ramadan, un va-nu-pieds aux allures de pacha. Le jour, il chante des romances sous les fenêtres, la nuit, il réveille le quartier, rappelant aux personnes qui jeûnent qu´il est l´heure de prendre la dernière collation avant le lever du soleil. Abandonné par sa mère,  mendiant,  enfant des rues, travailleur des collines d’ordures, le Tambour n’a connu que la détresse. Jusqu’à ce que son destin ne croise celui des habitants de l’immeuble…

 

Livres sur Istanbul de Gisèle Durero-Koseoglu

Le second tome, Grimoire d’Istanbul, (2006), est un roman psychologique sur la complexité des sentiments et du désir, sur les fantômes du passé ; une réflexion éthique sur la tentation ; un roman d’aventures entraînant le lecteur sur les sites de Turquie témoins des débuts du christianisme...

Tout en reprenant certains héros du premier volume, il présente un nouveau personnage,  Alice, franco-turque de 35 ans, qui, hantée par son passé, regagne Istanbul, sa ville natale, après de longues années à Paris. Sa mission: remplacer un archéologue assassiné dans d’étranges circonstances. Dès lors, s’élabore une intrigue dont les fils se dénoueront de façon inattendue. Car la route d’Alice va croiser celle de plusieurs personnages, tous en quête, pour des mobiles différents, d’un manuscrit ancien : Antonio, bouquiniste solitaire et passionné redécouvrant l’amour à la maturité ; sa fille Eda, adolescente romanesque et suicidaire ; Yahya, antiquaire peu scrupuleux, trafiquant d’objets d’art ; Violeta, son épouse trahie, animée par la soif de vengeance ; Dauphin, le chauffeur, ancien Tambour du Ramadan...

 

Livres sur Istanbul de Gisèle Durero-Koseoglu

Le troisième tome, Secrets d’Istanbul, (2009), met en scène des héros explorant les labyrinthes du passé pour débusquer les mensonges liés à leur identité.

Alice trouve un jour dans un sac de voyage un mystérieux carnet qui va bouleverser son existence. Cette découverte marque le début d’une enquête où secrets de famille et tabous voleront en éclats… Quatre chapitres se déroulant exactement en parallèle entre l’automne 2007 et le printemps 2008 conduisent les personnages de l’époque actuelle à une remontée dans le temps.

 La quête de leurs origines va les conduire à des trouvailles stupéfiantes sur les traces de personnages historiques célèbres pour avoir échafaudé des « châteaux en Turquie » : le soi-disant messie Sabattaï Tsevi, l’illustre poète français Lamartine, le bâtisseur de phares Michel Pacha et le peintre de la cour ottomane Pierre Désiré Guillemet.

Livres sur Istanbul de Gisèle Durero-Koseoglu

La Trilogie d’Istanbul, une épopée sur la cité millénaire, avec sa mosaïque de cultures, son étonnante diversité religieuse, ses inégalités sociales, ses paradoxes dans la condition des femmes et ses énigmes ensevelies.

Un univers réaliste et épique à la fois, dans l’envoûtante mégapole turque.

 

Mes Istamboulines, Editions GiTa Yayinlari, 2010.

 

Mes Istamboulines : Recueil d’essais, récits et nouvelles, entièrement illustré par d’anciennes cartes postales sur la ville d’Istanbul.

 

Un jour, j’ai découvert une ville qui m’émerveillait, me fascinait et parfois me chagrinait.

Il s’est établi une correspondance parfaite entre ma sensibilité profonde et cette mégapole baignant dans l’eau, pétrie de souvenirs de toutes les cultures, constituée d’une mosaïque de gens différents. C’est la ville qui m’inspire en tant qu’écrivain. Je la ressens comme « ma » ville.

Ce livre est le fruit de mes étonnements, de mes doutes et de mes bonheurs. Le miroir de l’Istanbul de Gisèle, stambouliote d’adoption.

 

Livres sur Istanbul de Gisèle Durero-Koseoglu

Théâtre musical Janus Istanbul ( Gisèle durero-Koseoglu et Erol Koseoglu) sur le mélange des cultures, editions GiTa Istanbul 2012

 

La scène se passe à Istanbul, dans une maison ancienne construite sur les ruines de ce qui fut jadis le temple de Janus, le dieu au double visage. Oublié par les humains, celui qui fut le dieu des portes, du changement, des passages mais aussi le symbole de l’ambivalence, s’ennuie et se chamaille avec Janus Bis, son autre lui-même.

Mais l’arrivée dans la maison d’un jeune couple mixte, va lui redonner de l’énergie. Comment aider Chloé et Hakan à fusionner harmonieusement cette nouvelle part d’eux-mêmes avec l’ancienne ? Sa mission ne s’arrêtera pas là. A la naissance de Petit Janus, l’enfant du couple, Janus ne sait plus où donner de la tête. Car si le mélange des cultures est facile à résoudre entre gens qui s’aiment, il n’en est pas de même lorsque ces derniers sortent de leur bulle protectrice et affrontent le regard de la société.

 

Janus Istanbul illustre donc pose donc le problème de l’identité dans le mélange des cultures et de l’acceptation des différences de l’autre.

Satirique lorsqu’elle aborde le problème du déracinement, des préjugés culturels et de l’intolérance, pathétique lorsque les personnages, confrontés à des difficultés qu’ils croient insolubles, sombrent dans le désespoir, la pièce est aussi un spectacle musical.

Le CD :   Le CD, enregistré et réalisé au Studio We Play d’Istanbul, est la création d’Erol Köseoglu, qui a joué tous les instruments et interprété les chansons de la pièce.

Les dix morceaux de musique et les huit chansons composés par Erol Köseoglu, épousent le dilemme des personnages, en mélangeant la plainte de l’accordéon aux accords de la guitare électrique, la guitare classique à la batterie. La Chanson de Janus, la Valse des amoureux,  la chanson C’est si simple l’amour, la chanson Bonnes pour l’Orient, la chanson Carpe Dieml’Accordéon Ghetto, pour ne citer que quelques exemples, font partie intégrante de l’intrigue, qu’ils approfondissent et soutiennent de façon essentielle.

 

Livres sur Istanbul de Gisèle Durero-Koseoglu

Dynasties de Turquie médiévale

La Sultane Mahpéri, Editions  GiTa Yayinlari, Istanbul, 2004 et 2011.

 

La Sultane Mahpéri est un roman historique se déroulant en Anatolie au XIIIe siècle...

Après huit ans de captivité, la mort de son frère donne le pouvoir au prince impérial Alaeddin Keykubad. Proclamé Sultan des Seldjoukides d´Asie mineure, il épouse la princesse Destina, qui devient Sultane Mahpéri. Pour défendre son empire menacé par les  attaques des princes voisins et des Mongols, Alaeddin ne cesse de partir à la guerre. Esseulée, la rebelle Mahpéri entame un combat implacable pour imposer sa présence, conserver l’amour de son époux et garantir l´avenir de son fils unique, compromis par la naissance des enfants de sa rivale... C´est alors qu´entre dans sa vie l´architecte en chef du Sultan, un ambitieux cynique, qui rêve secrètement de la conquérir...

Ce roman, fruit de longues années de travail, fait revivre quelques grands personnages historiques du Moyen Age turc : Alaeddin Keykubad, sultan prestigieux, infatigable bâtisseur, amoureux des arts et des lettres, la princesse de Candélore, plus connue sous le nom de Sultane Mahpéri, Saadeddin Köpek, architecte du palais de Kubad Abad, le « Sultan des Savants, » père du célèbre poète Mewlânâ…

Amour, haine, jalousie, ambition, intrigues, goût du pouvoir, les passions inassouvies conduisent à la violence et au crime...

 

 

Livres sur Istanbul de Gisèle Durero-Koseoglu

Sultane Gurdju Soleil du Lion, Editions GiTa Yayinlari d’Istanbul et Editions Ataturquie, Paris, 2015.

 

A la mort de son époux, la sultane Mahpéri engage une lutte sans merci contre le redoutable vizir Kopek, pour fortifier le pouvoir de son fils, Giyaseddin. Lorsque le jeune sultan épouse la princesse géorgienne Tamara, désormais appelée Sultane Gurdju, un calme précaire s’installe. Mais d’effroyables dangers surgissent et vont précipiter l’Empire de Roum dans  le chaos : la rébellion du derviche Baba Resul, les complots, l’attaque des Mongols…

Après La Sultane Mahpéri (2004), ce deuxième tome des « Dynasties de Turquie médiévale » présente une autre héroïne inoubliable du XIIIe siècle turc, Sultane Gurdju, disciple du grand mystique Mevlânâ…

Un roman historique palpitant sur les Seldjoukides d’Anatolie…

 

Livres sur Istanbul de Gisèle Durero-Koseoglu

Et maintenant, bonne lecture !

Livres sur Istanbul de Gisèle Durero-Koseoglu
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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 15:56

La Trilogie d’Istanbul (Editions GiTa Yayinlari, Istanbul), est une somme romanesque se déroulant à Istanbul entre 1985 et 2009. Il est composé de : Fenêtres d’Istanbul (2003, réédition 2006), Grimoire d’Istanbul (2006) et Secrets d’Istanbul (2009).

Une épopée sur la cité millénaire, avec sa mosaïque de cultures, son étonnante diversité religieuse et ses énigmes ensevelies. Un univers réaliste et épique à la fois, dans l’envoûtante mégapole turque.

La Trilogie d'Istanbul, de Gisèle Durero-Koseoglu

Fenêtres d’Istanbul

Fenêtres d’Istanbul (GiTa Yayınları, 2003) : Dans une rue enneigée d’Istanbul, Brave, l’épicier, observe les fenêtres de l’immeuble d’en face dont il connaît tous les occupants. C’est alors qu’apparaît le Tambour du Ramadan, un va-nu-pieds aux allures de Pacha… Une fiction sur l’Istanbul de la fin du XXe siècle, déchiré entre modernisme et traditions, avec son foisonnement baroque, ses paradoxes dans la condition des femmes, son incroyable diversité, sa mosaïque de croyances... Un conte moderne, à la fois réaliste et poétique, loin des stéréotypes sur la Turquie.

La Trilogie d'Istanbul, de Gisèle Durero-Koseoglu

 

Reportage sur Fenêtres d’Istanbul

 

D’où vous est venue l’idée d’écrire ce roman ?

 

A partir de mon installation à Istanbul, cette ville est devenue mon principal sujet d’inspiration. Istanbul est le berceau de plusieurs cultures, elle a été Byzance puis Constantinople, capitale de la chrétienté, puis, avec les Ottomans, la capitale du monde musulman. Elle a accueilli les Juifs chassés d’Espagne par Isabelle la Catholique. Cette superposition de cultures  et de religions différentes confère à la cité une richesse sans pareille qui ne cesse de me fasciner et m’apporte chaque jour de nouvelles sources d’inspiration.

Dans Fenêtres d’Istanbul, justement, je décris un immeuble où vivent dans l’harmonie des personnes de culture et de religions différentes.

Les personnages du roman sont-ils tirés de la réalité ?

 

Quand j’ai commencé à vivre à Istanbul, comme je ne parlais pas le turc, dans toutes les réunions ou soirées, je me taisais et écoutais les autres parler. Quand j’ai commencé à maîtriser la langue, j’ai posé beaucoup de questions à des personnes issues de milieux sociaux-culturels différents. C’est ainsi qu’à partir d’histoires réelles, j’ai peu à peu créé les personnages du roman. Mais je les ai tellement transformées avec mon imagination que des personnes dont la vie m’a inspiré ne reconnaissent pas leur propre histoire.

Le héros du roman, le Tambour du Ramadan ?

 

Pour un étranger, le Tambour du Ramadan est un personnage du réel extrêmement poétique voire surréaliste. Car toute la nuit, il parcourt les rues en jouant du tambour pour réveiller les gens qui jeûnent.

Je n’oublierai jamais la première fois où je l’ai entendu. C’était au début, je venais de m’installer à Istanbul et je ne connaissais pas bien  les coutumes turques. Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre dans le silence résonner les coups, puis de voir le Tambour lui-même! C’est de ce choc culturel qu’est issu mon personnage.

Dans Fenêtres d’Istanbul, le Tambour joue le rôle de fil conducteur, son destin croise celui des autres personnages, c’est souvent à la suite de ses apparitions dans la rue que nous apprenons les sentiments de chacun. De plus, il fait rêver les habitants de l’immeuble, en particulier les femmes. 

Nouvelle édition en turc

Nouvelle édition en turc

Grimoire d'Istanbul

Grimoire d’Istanbul (GiTa Yayınları, 2006) : Alice, franco-turque de 35 ans, prisonnière d’un passé qui la hante, regagne Istanbul, sa ville natale. Sa mission : remplacer un archéologue assassiné dans d’étranges circonstances. Dès lors, sa route va croiser celle de plusieurs personnages, tous en quête, pour des mobiles différents, d’un manuscrit ancien… Un roman d’aventures entraînant le lecteur sur les sites de Turquie témoins des débuts du christianisme ; un roman psychologique sur la complexité des sentiments et du désir, sur les fantômes du passé ; une réflexion éthique sur la tentation... 

Reportage sur Grimoire d'Istanbul

 Pourriez-vous définir le genre de votre roman? 

Ce roman peut être appelé roman d’aventures car il débute sur une énigme posée par la mort d’un archéologue. Le mystère n’est élucidé que vers la fin du livre, qui, je crois, se termine de façon inattendue pour le lecteur. En fait, les personnages sont tous en quête d’un vieux manuscrit qui a une valeur inestimable mais pour des raisons différentes. Le bouquiniste veut le posséder par amour des livres, l’antiquaire pour de l’argent, son épouse pour accomplir une vengeance. La recherche du manuscrit met en valeur les diverses  motivations des êtres.

C’est pour cela que mon roman peut aussi être défini comme un roman psychologique car il analyse les sentiments des êtres placés dans une situation de souffrance morale et sentimentale. L’héroïne, Alice, âgée de trente-cinq ans, est encore obsédée, vingt et un an après, par l’homme qui l’a subornée quand elle avait quatorze ans et la recherche du manuscrit va enfin lui permettre de se libérer de son passé. A travers ce personnage, j’ai voulu représenter les cicatrices indélébiles laissées par les traumatismes de l’adolescence. Le second personnage, Antonio le bouquiniste, ne vit qu’à travers sa passion des vieux livres. Paradoxalement, c’est grâce au Grimoire qu’il va redécouvrir des sentiments qu’il croyait ne plus jamais pouvoir éprouver. Sa fille Eda, exaltée et  romanesque, a une conception de l’amour extrémiste et idéaliste, elle rêve d’un amour comme dans les livres mais elle se heurte aux déceptions de la réalité. Yahya, l’antiquaire, qui est aussi un trafiquant d’objets d’art, découvre enfin que tout ne lui est pas permis. Violeta, son  épouse, apprenant qu’elle a été trompée, vit les affres de cette trahison et hésite entre vengeance et pardon. Dauphin, le chauffeur de Yayha, ancien enfant des rues (c’était le héros du premier volume de La Trilogie d’Istanbul, Fenêtres d’Istanbul) aime sans parvenir à aimer vraiment parce qu’on ne lui a pas donné d’amour dans son enfance. C’est pourquoi Grimoire d’Istanbul n’est pas un “roman d’amour” mais un “ roman sur l’amour.”

Le roman aborde aussi des questions d’éthique et parle de la tentation qui pousse parfois les êtres à commettre des actes que leur raison et leur éducation réprouvent.

Le mot “Grimoire” recouvre donc plusieurs sens. Il s’agit bien du manuscrit que tous recherchent mais aussi du grimoire de nos cœurs, de nos vies et de nos destins, tout aussi difficile à déchiffrer.

 

Un roman historique ?

J’ai voulu surtout mettre en évidence le rôle que la terre d’Anatolie a joué historiquement dans la diffusion du christianisme, en constituant son second centre d’implantation après Jérusalem. Sur les pas d’Alice, le lecteur découvre ou redécouvre des sites historiques d’une importance capitale. İl suffit de prendre l’exemple de Saint Paul. Il est né à Tarse, a prêché à Antioche et à Ephèse. Sur les traces d’Alice, le lecteur va découvrir certains des lieux célèbres du christianisme des premiers âges : Ephèse, Tarse, Silifke, Demre... et peut-être aura-t-il l’envie d’aller les visiter.

J’espère, par cet aspect de mon roman, rappeler aux Européens qu’une partie de leur culture est issue de cette terre et que par l’histoire des événements qui s’y sont déroulés, la Turquie fait partie intégrante de l’Europe.

N’y a-t-il pas pour vous, subjectivement, un aspect du roman plus important que les autres?

Oui, pour moi, c’est quand même avant tout un roman sur les affres des sentiments. Sur la difficulté de l’harmonie et de la sérénité dans les relations sentimentales. Sur la façon dont notre passé nous marque comme un fer rouge. Dans mon livre, tout le monde aime mais tout le monde souffre. En dépit de toutes les autres inégalités qui séparent les êtres, sociales, culturelles, il y a des sujets devant lesquels ils sont tous égaux. Celui de la vie et de la mort, par exemple. Mais aussi celui des sentiments. Il y a égalité des êtres dans la souffrance amoureuse. En écrivant la préface de la réédition de Fenêtres d’Istanbul,  le premier tome de La Trilogie d’Istanbul, un professeur de philosophie, Madame Essaïda Riahi, a écrit :

 «  Même les riches souffrent, pour des raisons autres que celles des pauvres, certes. Mais ils ont leur lot de misère morale qui vient tempérer celle des premiers… » Je pense que la peinture compatissante de cette misère morale est aussi une des caractéristiques de Grimoire d’Istanbul. J’insiste sur l’adjectif compatissant car j’ai une tendresse particulière pour mes personnages, qui sont si proches de nous tous.

La Trilogie d'Istanbul, de Gisèle Durero-Koseoglu

Secrets d'Istanbul

Secrets d’Istanbul (GiTa Yayınları, 2009) : Alice trouve un jour dans un sac de voyage un mystérieux carnet qui va bouleverser son existence. Cette découverte marque le début d’une enquête où secrets de famille et tabous voleront en éclats… Un roman  mettant en scène des héros torturés par un secret de famille… Leur quête de la vérité et de l’amour les contraindra à fouiller le passé pour élucider les mystères liés à leurs ancêtres, sur les traces de cinq personnages historiques connus pour avoir échafaudé des “châteaux en Turquie” : un soi-disant messie, un illustre poète français, un bâtisseur de phares, un peintre de la cour ottomane… 

La Trilogie d'Istanbul, de Gisèle Durero-Koseoglu

Reportage sur Secrets d'Istanbul

Quel est le sujet du livre ?

Secrets d’Istanbul met en scène des héros explorant le passé pour débusquer les mensonges liés à leur identité. La quête de leurs origines va les conduire à des trouvailles stupéfiantes sur les traces de personnages historiques célèbres pour avoir échafaudé des  châteaux en Turquie.

J’ai accordé beaucoup d’importance à la construction de ce roman qui n’est pas du tout traditionnelle. Le roman est composé de quatre chapitres qui commencent tous à l’automne 2007 et se finissent au temps des tulipes 2008. Les quatre chapitres ne se suivent donc pas dans l’ordre chronologique mais se déroulent donc exactement en parallèle et mettent en scène les mêmes personnages mais dans des situations différentes.

Au départ du roman, Alice, l’héroïne, trouve un jour dans un sac de voyage un mystérieux carnet qui va bouleverser son existence. Cette découverte marque le début d’une enquête où secrets de famille et tabous voleront en éclats… 

Qu’est-ce que vous avez voulu montrer dans ce livre ?

J’ai voulu travailler sur le sujet des secrets de famille mais aussi montrer que notre identité n’est pas unique.

Les héros de mon livre, après leur recherche, comprennent qu’ils ne sont pas seulement ce qu’ils croient être et que le passé de leur famille est beaucoup plus complexe qu’ils ne l’avaient imaginé. Mon but est aussi de montrer le mélange des cultures est un facteur d’enrichissement et que c’est la mosaïque culturelle d’Istanbul qui en a fait et en fait encore une ville exceptionnelle.

Dans le roman un personnage dit :

« Tu es comme la ville d’Istanbul. Si elle est si belle aujourd’hui, c’est parce qu’elle a été Byzance, la Nouvelle Rome, Constantinople, Islambol, Dersaadet, Asitane et j’en passe. Sinon, ce ne serait qu’une jolie cité au bord de l’eau, identique à mille autres… »

 

La Trilogie d'Istanbul s'est terminée en 2009.

Mon nouveau roman sur Istanbul sortira en ...

2016 !

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27 septembre 2014 6 27 /09 /septembre /2014 19:59

La-Trilogie-d-Istanbul-copie-1.jpg

La Trilogie d’Istanbul (Editions GiTa Yayinlari), est une somme romanesque se déroulant à Istanbul entre 1985 et 2008. Une épopée sur la cité millénaire, avec  sa mosaïque de cultures, son étonnante diversité religieuse, sa diversité des classes sociales, ses paradoxes dans la condition des femmes et ses énigmes ensevelies.

Un univers réaliste et épique à la fois, dans l’envoûtante mégapole turque. 

 

La Trilogie d’Istanbul I : Fenêtres  d'Istanbul, 2003 

 

 

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Le premier tome de « La Trilogie d’Istanbul » Fenêtres d’Istanbul (2003) est un roman sur la cité millénaire, déchirée entre modernisme et traditions, avec ses inégalités sociales, ses paradoxes dans la condition des femmes, son foisonnement baroque, son incroyable diversité, sa mosaïque de croyances...

Le héros, le Tambour du Ramadan, est un personnage du petit peuple. De jour, il chante des romances sous les fenêtres ; la nuit, il réveille le quartier, rappelant aux personnes qui jeûnent qu´il est l´heure de prendre la dernière collation avant le lever du soleil.

Quand le destin du Tambour croise celui des habitants de l’immeuble s’élabore une fiction sur l’Istanbul du XXe siècle, un univers à la fois réaliste et poétique, loin des stéréotypes sur la Turquie.

 

Dans une rue enneigée d’Istanbul, Brave, l’épicier observe les fenêtres de l’immeuble d’en face dont il connaît tous les occupants : Perle, héritière d’un manoir sur les rives du Bosphore et dévorée par la passion de l’or ; Avédis, le vieil arménien et sa soi-disant gouvernante, la fille-mère Séraphina ; Précieuse, la femme seule, qu’on surnomme “la féministe” ; Tante Hannah et Oncle Moshé, deux vieillards juifs prisonniers de leurs souvenirs ; l’étrangère, inépuisable sujet de commérages des voisins ; On-S’est-Arrêté-Là, paysanne qui vit dans la cave... Et enfin, Lune-de-Tulle, la fille du concierge, que son père  a promise à Brave mais qui refuse désormais d’entrouvrir son rideau. Car celui qu’elle regarde en secret, c’est le Tambour du Ramadan, un va-nu-pieds aux allures de Pacha… Abandonné par sa mère,  mendiant,  enfant des rues, travailleur des collines d’ordures, le Tambour n’a connu que la détresse. Jusqu’à ce que soudain...

 

La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul, 2006

 

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Le second tome, Grimoire d’Istanbul, (2006), est un roman psychologique sur la complexité des sentiments et du désir, sur les fantômes du passé ; une réflexion éthique sur la tentation ; un roman d’aventures entraînant le lecteur sur les sites de Turquie témoins des débuts du christianisme...

Tout en reprenant certains héros du premier volume, il présente un nouveau personnage,  Alice, franco-turque de 35 ans, qui, hantée par son passé, regagne Istanbul, sa ville natale, après de longues années à Paris. Sa mission: remplacer un archéologue assassiné dans d’étranges circonstances. Dès lors, s’élabore une intrigue dont les fils se dénoueront de façon inattendue. Car la route d’Alice va croiser celle de plusieurs personnages, tous en quête, pour des mobiles différents, d’un manuscrit ancien : Antonio, bouquiniste solitaire et passionné redécouvrant l’amour à la maturité ; sa fille Eda, adolescente romanesque et suicidaire ; Yahya, antiquaire peu scrupuleux, trafiquant d’objets d’art ; Violeta, son épouse trahie, animée par la soif de vengeance ; Dauphin, le chauffeur, ancien Tambour du Ramadan...

 

 

La Trilogie d’Istanbul III, Grimoire d’Istanbul, 2009

 

 

Secrets-d-Istanbul.jpg

 

 

Le troisième tome,  Secrets d’Istanbul, (2009), met en scène des héros explorant les labyrinthes du passé pour débusquer les mensonges liés à leur identité.

Alice trouve un jour dans un sac de voyage un mystérieux carnet qui va bouleverser son existence. Cette découverte marque le début d’une enquête où secrets de famille et tabous voleront en éclats… Quatre chapitres se déroulant exactement en parallèle entre l’automne 2007 et le printemps 2008 conduisent les personnages de l’époque actuelle à une remontée dans le temps.

 La quête de leurs origines va les conduire à des trouvailles stupéfiantes sur les traces de personnages historiques célèbres pour avoir échafaudé des « châteaux en Turquie » : le soi-disant messie Sabattaï Tsevi, l’illustre poète français Lamartine, le bâtisseur de phares Michel Pacha et le peintre de la cour ottomane Pierre Désiré Guillemet.

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 05:27

SGR 2784 

 

Gisèle (Durero-Koseoglu ), écrivaine française d’Istanbul, une des représentantes de la littérature francophone de Turquie

Site Internet :    http://giseleistanbul.com/

 

Française, je vis depuis 1983 à Istanbul, où j’exerce le métier de professeur de Lettres. La ville d’Istanbul et l’histoire turque constituent mes principaux sujets d’inspiration. Mes livres paraissent simultanément en français et en turc et depuis 2009, en grec.

Mes  livres :

 

La Sultane Mahpéri (Editions GiTa Yayinlari, 2004)

Sultane Gurdju Soleil du Lion (Editions GiTa et Ataturquie, 2015)

 

La Trilogie d’Istanbul (romans) :

Fenêtres d’Istanbul ( Editions GiTa Yayinlari, 2006)

Grimoire d’Istanbul (Editions GiTa Yayinlari, 2006)

Secrets d’Istanbul (Editions GiTa Yayinlari, 2009)

 

Mes Istamboulines, Essais, récits et nouvelles, (Editions GiTa Yayinlari, 2010)

 

Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, 2012

 

Gisèle Durero-Koseoglu présente un roman turc de Claude Farrère, L'Homme qui assassina, 2013, Editions GiTa

 

 

Où trouver mes livres ?

 

En français :

En France sur Amazon.fr link

Ataturquie.fr link

En Turquie, dans toutes les librairies vendant des livres en français, sur les sites de libraires Internet, aux Editions GiTa Yayinlari link

En turc :

Dans toutes les librairies de Turquie.

 

 

 

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3 septembre 2010 5 03 /09 /septembre /2010 17:18

 

Un de mes lieux de prédilection sur le Bosphore, à l’entrée de la Mer Noire, est le village de Rumeli Feneri, battu par les tempêtes et dont le phare gigantesque comporte la particularité d’être construit sur le tombeau d’un saint.

Cet endroit romantique et chargé d’histoire ne constitue-t-il pas un repaire idéal pour les écrivains ?

 STP61565

 

Je dédie cet article à Nathalie Ritzmann, une autre passionnée de Rumeli Feneri…

 

  La forteresse de Rumeli Feneri dans Fenêtres d’Istanbul (2003)

 

Ils arrivent au bout du Bosphore, au village de pêcheurs de Rumeli Feneri, le phare de Roumélie, à l’embouchure de la Mer Noire. Ils ne se disent rien. Précieuse savoure chaque instant, elle admire le monumental édifice blanc qui veille face aux vagues.

— Tu veux te promener dans l’ancienne forteresse ? demande Gerfaut.

Précieuse acquiesce d’un hochement de tête. Ils pénètrent dans l’immense terre-plein en forme de fer à cheval, s’engagent sous les arceaux des remparts et se retrouvent face à l’immensité de la mer, qui déferle depuis l’horizon en gigantesques vagues se fracassant sur les brisants en contrebas.

— Viens, l’invite-t-il, on va descendre.

Mais Précieuse a peur. D’énormes pierres plates et glissantes s’abaissent jusqu’aux flots dont la crête jaillit en tourbillons d’écume. Gerfaut la tire vers les eaux en furie, mais Précieuse reste paralysée sur un rocher, elle ne peut plus ni avancer, ni reculer. Elle imagine une secousse tellurique, un raz-de-marée.

— J’ai peur, murmure-t-elle en pivotant légèrement pour échapper au  fouettement du vent.

Une odeur d’algue et d’iode lui pique les narines, son visage se crispe sous le sel des rafales, il la prend par la main et la force à se jeter dans ses bras, les pieds en équilibre sur la roche.

— Je t’aime, dit-il. Je suis tombé amoureux de toi dès le premier jour. J’ai voulu te le dire l’autre soir mais je n’ai pas osé, parce que je ne voulais pas accepter qu’une chose si bête m’arrive, à mon âge ! Cette tempête est en accord avec mon cœur.

Précieuse est transportée de joie.

 

STP61564

 

— Est-il possible que tu sois sincère ? demande-t-elle, hésitante.

— Je prends le ciel à témoin ! Si je ne le suis pas, que ces eaux démontées m’engloutissent ! répond-il en riant.

Il la serre plus fort dans ses bras et lui embrasse les paupières.

— Dis-moi que tu m’aimes aussi, sinon, je t’entraîne et on sera tous deux emportés par les lames qui rebondissent sur les écueils, allez, dis-le, dis- le !

— Je t’aime, articule Précieuse, mais aide-moi à remonter, je glisse, je n’arrive plus à résister à la force du vent.

Il passe au-dessus d’elle et la hisse, les mouettes posées sur les remparts criaillent en les regardant, ils se mettent à l’abri sous la muraille byzantine.

 

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 — Viens, dit-il, on va sur le chemin de ronde.

— Tu es fou ! Pas là-haut ! Si ça tremble...

Il la tire et ils gravissent l’escalier d’une tour. Précieuse hésite sur le sentier surplombant le vide, il l’étreint à nouveau, le vent s’est épaissi de neige et bientôt, un rideau cotonneux obstrue la plaine de la mer. Il lui propose d’aller dîner. Le crépuscule installe un demi-jour…

 

 

Rumeli Feneri : Les Symplégades dans Mes Istamboulines, Début de l’Article « Iles Cyanées »,  (2010)

 

A l’endroit où le Bosphore se jette dans le Pont-Euxin, au site actuel de Rumeli Feneri, se dressaient jadis les fameuses Symplégades ou îles Cyanées, de monstrueuses roches flottantes se déplaçant dans l’isthme et broyant les navires dans leur étau de pierre.

La mythologie nous raconte les aventures de Jason et des Argonautes, qui, partis à la conquête de la Toison d’Or, durent  affronter ces monstres pour entrer en mer Noire…

 

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Rumeli Feneri : Les Symplégades dans Secrets d’Istanbul (2009)

 

— Mais au fait, ce n’est pas dangereux de sortir du Bosphore ? questionna Alice, contrariée par la colère de Violeta, pour changer le sujet de conversation. On entend toujours dire que les courants de la Mer Noire sont violents et imprévisibles.

— C’est exact mais je ne sors jamais sans m’informer de la météo. Et puis, j’ai des années d’expérience de ces eaux.

— Prenez garde quand même aux Symplégades, commenta Antonio en riant.

         — Oh, ne vous  inquiétez pas ! Ce qui reste des monstres a été emprisonné dans la digue de Rumeli Feneri, si je ne m’abuse ?

— Mais de quoi parlez-vous ? s’enquit Violeta avec étonnement.

— D’immenses roches bleues situées à l’embouchure de la Mer Noire. Les Anciens croyaient qu’elles flottaient et se déplaçaient sur l’eau pour broyer les bateaux dans leur étau de pierre.

— Oui, mais c’est de la mythologie, tout cela ! dit Violeta.

 

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— Certes, répondit Antonio, mais vous connaissez l’histoire de Jason. Lorsque la nef Argo est arrivée devant les Roches Cyanées, - c’est un des noms de ces écueils, les Argonautes, terrorisés par le vacarme des blocs frappant les uns contre les autres, ont eu l’idée d’envoyer une colombe en reconnaissance. L’oiseau a réussi à passer entre les deux murailles, il n’y a perdu que les plumes de sa queue. Alors, les falaises se sont à nouveau écartées dans un fracas épouvantable et le navire, après avoir affronté tourbillons et ressac, est enfin parvenu à franchir le détroit. Et vous savez comment ?

— J’avoue mon ignorance, dit Violeta.

—En charmant les Symplégades avec de la musique. En effet, Orphée a joué de la lyre et les roches sont demeurées à jamais écartées.

—  Vous êtes incorrigible, Antonio ! s’écria Violeta en riant. Est-ce qu’il vous arrive parfois de redescendre sur terre ou est-ce que vous vivez tout le temps à travers vos livres ?

 

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— Ne soyez pas injuste avec Monsieur Antonio, commenta Loup. Même si la mythologie a un peu exagéré les faits, les Roches Cyanées ont vraiment existé. La preuve en est que les Anciens avaient érigé la colonne de Pompée pour les signaler aux navigateurs. Ce devait être en réalité d’énormes récifs. Des séismes successifs les ont rabotés au fil des siècles, mais ils existaient encore au temps des Ottomans, puisqu’ils les ont surnommés les « Rochers Sanglants. » Enfin, ma proposition de vous emmener en bateau tient toujours, vous pouvez toutefois emporter une lyre, au cas où les monstres  se réveilleraient !

L’assemblée éclata de rire. Violeta, légèrement grise, s’approcha de la fenêtre.

— Oh ! s’écria-t-elle. Venez voir.

Tous coururent vers la baie. Sur le ciel bleu sombre se découpait une demi-lune parfaite¸ entourée d’une aura orangée. Un long reflet moiré argentait les eaux du Bosphore…

 

 

Le Phare de Rumelifeneri dans Secrets d’Istanbul (2009)

 

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 Tout à coup, la silhouette d’un nouveau phare, celui de Rumeli Feneri, dressé sur un promontoire, se découpe à l’horizon. Encore quelques encablures et Loup dirige son bateau à l’intérieur de la jetée. Des pêcheurs remaillant des filets sur le pont des chalutiers alignés en rang d’oignon, les regardent approcher. Comme la terre ferme est inaccessible à cause de la multitude des embarcations collées les unes contre les autres et séparées par des pneus de voiture utilisés en guise de bouées, le groupe saute de navire en navire pour gagner les quais encombrés de coques en équilibre sur des cales de bois.

 

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Ils gravissent la côte permettant d’atteindre le phare. 

– Nous arrivons, dit Loup, dans un des phares de Michel Pacha. Et maintenant, vous n’allez pas en croire vos yeux. Suivez-moi.

Ils tournent sur la gauche, franchissent une petite porte et chacun  de pousser un cri d’admiration.

– Le seul phare du monde à englober un mausolée dans sa tour, s’exclame Loup. Alors, Antonio, ajoute-t-il en plaisantant, ça, vous ne le saviez pas, n’est-ce pas ?

 

 

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Au centre d’une sorte de minuscule mosquée trône le cercueil du saint, drapé de feutrine verte rebrodée de versets du Coran, surmonté d’un bonnet conique de derviche ceint d’un turban blanc et recouvert d’une multitude de serviettes-éponge servant d’ex-votos. Au mur, une horloge naïve dessinant un minaret en verreries vertes et argent, une tapisserie représentant la Kabba de la Mecque, une multitude de calligraphies et de tableaux religieux sous un lustre de cristal, et, à côté du catafalque, une étonnante imitation de pierre tombale en polystyrène vert rehaussé d’écritures dorées. 

 – C’est le moment de faire un vœu, dit Alice en se glissant sous l’épaule d’Antonio...

 

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 Le Phare de Rumeli Feneri raconté par Michel Pacha dans Secrets d’Istanbul, (2009)

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Un de mes souvenirs les plus plaisants est celui de la restauration du phare de Rumeli Feneri, aux confins du Bosphore, à l‘embouchure de la Mer Noire. La première tour édifiée s’était effondrée. Les villageois, superstitieux, étaient venus me signifier que le phare ne tiendrait pas si je négligeais la tombe du saint enterré à cet endroit. J’ai alors demandé à un historien de compulser les archives. En réalité, l’emplacement avait accueilli dans l’Antiquité un autel de Zeus, puis, chez les Byzantins, une chapelle dédiée à Saint Georges et enfin, chez les Turcs, la tombe d’un saint nommé Sari Saltuk. J’ai donc résolu de restaurer la dernière demeure du saint et de l’inclure dans la construction. Le phare de Rumeli Feneri est ainsi le seul au monde à comporter un mausolée dans ses fondations. Les habitants du village étaient satisfaits et le phare a tenu. Les pêcheurs ne manquaient pas de venir prier sur le tombeau chaque matin avant de prendre la mer.  Quelle n’a pas été ma fierté  le jour où j’ai vu briller pour la première fois, au sommet du fût octogonal, la lumière blanche clignotante remplaçant le lumignon jadis entretenu à l’huile de dauphin !

 

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Et de contempler en même temps, brillant sur la rive asiatique du Bosphore, la tour jumelle surplombant la falaise d’Anadolu Feneri. Les deux phares éclairaient comme des cierges l’embouchure de la Mer Noire, là où la nef Argos avait échappé aux Roches Cyanées, là où tant de navires avaient fait naufrage depuis la nuit des temps…

 

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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 13:40

Le lendemain, elle le tuerait avec un revolver, une boîte pleine d’acide. Elle gommerait son sourire et quand elle effacerait la buée sur la vitre, il n’y aurait plus jamais ses yeux…

        Alice regarda à travers le hublot, aperçut des villas cernées de lampadaires allumés puis un cargo surmonté de lumignons, devina l´étendue sombre de la piste d´atterrissage et se demanda pourquoi, vingt et un ans après, son cerveau échafaudait encore des scénarios de vengeance.

        Elle cognerait. Il jaillirait sa sève sous ses doigts. Elle lui ferait cracher le suc de ses quatorze ans, celui qu’il avait bavé dans son ventre de fillette. Elle lui ferait vomir son enfance décapitée…

        Comment chasser les vieux fantômes de sa mémoire ?

        Un jour, elle serait adulte. Elle serait belle, élégante. Elle marcherait dans la rue, sûre d’elle. Lui, il avancerait, là, en face. Les tempes grises et des rides. Il lui dirait « Bonjour, Alice », elle le dévisagerait, étonnée, faisant semblant de ne pas le reconnaître.  « Mais enfin, c’est moi, Alice, c’est moi, Jean ! » « Je suis désolée, Monsieur, répondrait-elle, vous devez vous tromper, je ne vous connais pas. » Quand elle serait partie, il s’arrêterait devant la première vitrine et contemplerait son visage. « Ce n’est pas possible, j’ai donc tellement vieilli… »

        Pourquoi ruminait-elle encore ses vieux phantasmes de vendetta, des histoires vieilles de plusieurs décennies, alors que l’avion de la Turkish Airlines en provenance de Paris, s’apprêtait à atterrir à Istanbul ? Etait-ce parce qu´elle venait de rompre avec Gérard, après cinq ans d´attente et de larmes et que cette séparation, plaçant son cœur en jachère, le livrait de nouveau au chiendent du souvenir ? Mais tout cela était si loin ! Ne penser qu´à des choses positives ! Elle allait à nouveau revoir la Turquie, son pays natal, celui où elle avait vécu jusqu’à l’âge de quatorze ans, jusqu’au déménagement de ses parents, un couple mixte franco-turc, en France. Et arpenter le pays pour y revisiter certains sites antiques d’Anatolie dont elle avait fait le sujet de sa thèse de doctorat, dix ans auparavant. Elle avait presque abandonné l´espoir de pouvoir  retourner y travailler un jour.  Jusqu´à son rendez-vous avec le patron. 

        Elle n´avait disposé que de quarante-huit heures pour se préparer au départ, faire ses bagages, trouver une gardienne pour son chat, confier ses plantes vertes à des amis complaisants. Le Directeur du Comité International des monuments et des sites n´y  était pas allé de main morte.

        — L´année dernière, vous m´aviez demandé de vous envoyer en mission à l’étranger. A l´époque, je n´avais pas pu accéder à votre demande car je n´avais aucun poste vacant. Mais le responsable d’une de nos missions, en Turquie, vient de décéder et j´ai besoin d´une personne qualifiée pour le remplacer au pied levé ! J’ai pensé à vous tout de suite, je me suis dit que cela vous intéresserez, vous êtes quand même à moitié turque.

        Alice l´avait dévisagé avec stupeur. Enfin, son rêve se réalisait !

 

Lien sur le roman Grimoire d'Istanbul ( Editions GiTa, 006), sur Amazon.fr, link Ataturquie.fr link et Editions GiTa Istanbul link

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Contributions : Un roman turc de Claude Farrère, Le Jardin fermé, Un Drame à Constantinople...
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Livres de Gisèle Durero-Köseoglu

2003 : La Trilogie d’Istanbul I,  Fenêtres d’Istanbul.

2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

2012 : Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, livre et CD d’Erol Köseoglu.

2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

2015 : Parution février: Sultane Gurdju Soleil du Lion, Dynasties de Turquie médiévale II.

 

 

 

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