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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 23:00

 

 Quand on parle de cet immense écrivain qu’était Gustave Flaubert, c’est le titre Madame Bovary qui s’impose, même aux néophytes en littérature. Pourtant, le Flaubert qui enchanta ma jeunesse et qui joua le plus grand rôle dans ma vocation d’écrivain, n’est pas celui de cette œuvre réaliste, qu’il se « força » à écrire pendant cinq ans dans les affres, comme en témoigne sa correspondance, mais bien plutôt celui de ses œuvres de cœur, comme L'Education sentimentale.

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Daguerréotype représentant Gustave Flaubert

 

L’an dernier, à la même date, je vous ai raconté la passion de Flaubert pour Elisa Schlésinger, rencontrée en 1836 (il a 15 ans) et inspiratrice de ce merveilleux roman, dans la lignée du Lys dans la vallée, de Balzac ou Volupté, de Sainte-Beuve.

 

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12 décembre : Anniversaire de la naissance de Gustave Flaubert

 

Louise et Gustave : la Muse et "l'homme plume"  

 

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Claude Monet, "Camille sur la plage à Trouville", 1870. Ce tableau pourrait illustrer la rencontre entre Flaubert et Elisa Schlésinger...

 

Cet amour, sa « chambre royale », sera en effet à l’origine des Mémoires d’un fou, qu’il écrivit à dix-sept ans, puis de Novembre, en 1842 (il a 21 ans) et enfin, des deux versions de L’Education sentimentale, en 1845 et 1869. Eh oui, Flaubert aura écrit quatre fois, sous des formes différentes, le récit de cette irrépressible passion qui bouleversa sa jeunesse et dont il garda la nostalgie sa vie durant.

 

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Maison de Flaubert, Croisset, aujourd'hui disparue, sauf pour un petit pavillon

 

Voilà, à mon avis, une des plus belles pages de la seconde version, lorsque Frédéric, accompagnant Madame Arnoux dans la rue, se promet de lui déclarer son amour mais n'y  parvient pas...  Certes, il ne s’y passe « rien », mais c’est si beau… 

 

On n’y voyait plus ; le temps était froid, et un lourd brouillard, estompant la façade des maisons, puait dans l’air. Frédéric le humait avec délices ; car il sentait à travers la ouate du vêtement la forme de son bras ; et sa main, prise dans un gant chamois à deux boutons, sa petite main qu’il aurait voulu couvrir de baisers, s’appuyait sur sa manche. À cause du pavé glissant, ils oscillaient un peu ; il lui semblait qu’ils étaient tous les deux comme bercés par le vent, au milieu d’un nuage.

L’éclat des lumières, sur le boulevard, le remit dans la réalité. L’occasion était bonne, le temps pressait. Il se donna jusqu’à la rue de Richelieu pour déclarer son amour. Mais, presque aussitôt, devant un magasin de porcelaines, elle s’arrêta net, en lui disant :

— « Nous y sommes, je vous remercie ! À jeudi, n’est-ce pas, comme d’habitude ? »

Les dîners recommencèrent ; et plus il fréquentait Mme Arnoux, plus ses langueurs augmentaient.

La contemplation de cette femme l’énervait, comme l’usage d’un parfum trop fort. Cela descendit dans les profondeurs de son tempérament, et devenait presque une manière générale de sentir, un mode nouveau d’exister.

 

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Tableau de Jean Berraud en 1877

 

Les prostituées qu’il rencontrait aux feux du gaz, les cantatrices poussant leurs roulades, les écuyères sur leurs chevaux au galop, les bourgeoises à pied, les grisettes à leur fenêtre, toutes les femmes lui rappelaient celle-là, par des similitudes ou par des contrastes violents. Il regardait, le long des boutiques, les cachemires, les dentelles et les pendeloques de pierreries, en les imaginant drapés autour de ses reins, cousues à son corsage, faisant des feux dans sa chevelure noire. À l’éventaire des marchandes, les fleurs s’épanouissaient pour qu’elle les choisît en passant ; dans la montre des cordonniers, les petites pantoufles de satin à bordure de cygne semblaient attendre son pied ; toutes les rues conduisaient vers sa maison : les voitures ne stationnaient sur les places que pour y mener plus vite ; Paris se rapportait à sa personne, et la grande ville avec toutes ses voix, bruissait, comme un immense orchestre, autour d’elle.

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« Ma vie a été fort plate - et sage - d'actions au moins. Quant au dedans, c'est autre chose ! Je me suis usé sur place, comme les chevaux qu'on dresse à l'écurie ; ce qui leur casse les reins » écrit-il à Elise Schlésinger en octobre 1856…

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Published by Gisèle, écrivain d’Istanbul - dans Littérature pour le lycée Littérature Flaubert

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2003 : La Trilogie d’Istanbul I,  Fenêtres d’Istanbul.

2006 : La Trilogie d’Istanbul II, Grimoire d’Istanbul.

2009 : La Trilogie d’Istanbul II, Secrets d’Istanbul.

2004 : La Sultane Mahpéri, Dynasties de Turquie médiévale I.

2010 : Mes Istamboulines, Récits, essais, nouvelles.

2012 : Janus Istanbul, pièce de théâtre musical, livre et CD d’Erol Köseoglu.

2013 : Gisèle Durero-Köseoglu présente un roman turc de Claude Farrère,  L’Homme qui assassina, roman de Farrère et analyse.

2015 : Parution février: Sultane Gurdju Soleil du Lion, Dynasties de Turquie médiévale II.

 

 

 

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